Plein de puissance et plus frais que ses adversaires, Alexander Kristoff s’est offert la plus belle victoire qu’un sprinteur puisse imaginer. Le Norvégien en profite également pour sauver son Tour de France.

La plus belle

Cette phrase revient sans cesse dans la bouche des suiveurs : gagner sur les Champs-Elysées reste le plus beau succès pour un habitué des débats de la dernière ligne droite. Au départ de Vendée il y a trois semaines, quatre hommes espéraient regoûter une nouvelle fois à cette saveur parisienne unique, où la victoire possède à la fois un goût de joie, pour la raison évoquée précédemment, mais aussi de soulagement. De soulagement car la vie d’un sprinteur sur le Tour n’est jamais simple dans les cols alpestres et pyrénéens traversés par le peloton, et qu’il y a bien souvent fallu batailler pendant de longues heures, au cœur du gruppetto ou quelques mètres derrière, pour accrocher les délais. Mais ni Cavendish, ni Kittel, ni Greipel, ni Groenewegen, qui se sont partagés les victoires depuis 2009, n’ont été en mesure de finir ce Tour, qui a vu les hommes de la dernière ligne droite tomber comme des mouches dans les Alpes. Si bien que ce matin, personne ne pouvait se targuer de viser une seconde victoire sur les Champs.

Raison de plus pour qu’Alexander Kristoff ne rate plus le coche sur cette Grande Boucle. Le Norvégien, qui n’avait plus levé les bras sur la plus grande course du monde depuis 2014, n’a pas eu la réussite – ou surtout les jambes – escomptées depuis le 7 juillet. Jamais dans les trois premiers lorsque Gaviria était encore en course, le champion d’Europe avait vu la victoire lui échapper de peu à Valence, barré par un Peter Sagan alors à 100 %. L’étape de Pau ne lui réussit guère plus, devancé par le duo français Démare-Laporte. Mais à l’heure qu’il est, le Norvégien doit largement se satisfaire d’avoir battu les adversaires qu’il lui restait lors de l’ultime journée de course, et n’échangerait certainement pour rien au monde ce succès avec celui de l’ex-champion de France ou l’un de ceux glanés par le champion du Monde.

Une victoire au rabais ?

Alors bien sûr, beaucoup expliqueront que Kristoff n’aurait jamais pu faire briller son maillot étoilé sur les Champs-Elysées si Gaviria, Greipel ou encore le vainqueur de l’an passé Groenewegen avaient été en course, ou si Peter Sagan n’avait pas dégusté le bitume pyrénéen il y a quelques jours. C’est peut-être vrai, mais l’ancien vainqueur de Milan-Sanremo n’a rien volé à personne. Moins rapide qu’en 2014 lors de ses deux précédents succès sur la Grande Boucle, le Scandinave, qui n’est finalement ni un pur sprinteur ni un homme incontournable sur les flandriennes, a vu aujourd’hui la chance lui sourire, mais aussi son instinct de sprinteur reprendre le dessus. En choisissant la roue de Degenkolb, replacé à la perfection par un coéquipier dans les cinq cents derniers mètres, alors que le peloton chassait encore Yves Lampaert, Kristoff a manœuvré de la meilleure manière possible. Bien mieux que les garçons restés trop longtemps dans la roue de leurs poissons pilotes. Et de toute façon, rabais ou pas, la victoire reste ce qu’il y a de plus important pour un sprinteur. Qui plus est sur les Champs-Elysées.

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