Créé en 1953 pour célébrer le 50e anniversaire de la création du Tour, le classement par points a été dominé par de nombreux champions tout au long de l’histoire. Le maillot dit des sprinteurs, vert depuis toujours, excepté en 1968 où il fut rouge, est depuis 2012 chasse gardée de Peter Sagan. Seul l’accrochage de Vittel l’a privé d’un sixième titre consécutif l’an passé, avant que la marche en avant reprenne cette année. Mais est-il pour autant le meilleur maillot vert de l’histoire ? Nous avons décidé de comparer les performances de tous les coureurs ayant ramené au moins trois fois la tunique à Paris. Ils sont huit dans ce cas : Erik Zabel (6), Peter Sagan (5), Sean Kelly (4), Robbie McEwen, Djamolidine Abdoujaparov, Freddy Maertens, Eddy Merckx et Jan Janssen (3).

Cinq sur six, bientôt six sur sept


Peter Sagan a pris, début juillet, le départ de sa septième Grande Boucle. Sur ses six précédentes participations, le Slovaque a ramené cinq maillots verts à Paris, soit 83 % de réussite. Et il semble juste de s’imaginer qu’un 100 % aurait pu se réaliser s’il n’avait pas été exclu dans le sprint de Vittel l’année dernière, tant il paraît intouchable. Ce n’est pourtant pas le meilleur ratio de victoires dans l’histoire du classement par points. Cet honneur revient à Freddy Maertens, trois fois vainqueur pour ses trois participations au Tour (1976, 1978, 1981). Le Belge, à la carrière sinusoïdale, aurait peut-être pu se trouver plus haut dans la hiérarchie verte s’il avait eu une régularité à la Sagan. Erik Zabel, le plus à même à être comparé au triple champion du monde avec ses six victoires, a participé 14 fois au Tour de France, et a dû attendre sa troisième participations, en 1996, pour ramener le vert à Paris. Alors que Sagan a mis dans le mille dès son premier Tour.

Un sprinteur pressé


Son premier Tour, Sagan l’a disputé en 2012 à l’âge de 22 ans. En ramenant le maillot vert à Paris cette année-là, le Slovaque a égalé le record de précocité détenu jusqu’alors par Willy Planckaert depuis 1966. Mais par rapport à ses concurrents « directs » pour le titre de meilleur maillot vert de l’histoire, tous sont devancés d’au moins deux ans. Zabel a de son côté attendu sa 26e année pour remporter son premier classement par points, autant dire que le porteur du maillot arc-en-ciel a normalement de la marge pour monter beaucoup plus haut. Robbie McEwen a quant à lui attendu 30 ans pour gagner le premier de ses trois maillots verts, et obtenu le dernier à 34 ans. Quant à l’âge de la première victoire d’étape sur le Tour, Sagan est égalé par Sean Kelly. On remarque d’ailleurs que sur les huit coureurs présentés, seuls l’Irlandais, Zabel et l’Australien McEwen n’ont pas remporté le maillot vert l’année de leur première victoire sur le Tour.

La barre des 100


Mardi sur l’étape entre Carcassonne et Bagnères-de-Luchon, Peter Sagan a atteint la barre des 100 jours en vert. Un record. Un seul autre coureur est parvenu à porter plus de cent fois un maillot distinctif : Eddy Merckx avec 111 maillots jaunes – mais 97 si l’on parle en “jours” et qu’on ne prend pas en compte les demi-étapes. Erik Zabel, du haut de ses six victoires, a lui porté 88 fois la tunique réservée, en théorie, au meilleur sprinteur. Ce graphique ne comptabilise que les étapes à partir de 1991 et montre que les deux derniers triples vainqueurs, Abdoujaparov et McEwen, l’ont porté une cinquantaine de jours tout au long de leur carrière. Peter Sagan, lui, a même passé 80 % de son temps sur le Tour de France à être leader du classement par points. En effet, il n’y a que 24 jours qu’ils l’ont vu arborer une autre place dans la course au vert.

Sur les talons de Zabel, encore


Qui a dit que Peter Sagan faisait tout le temps deuxième ? Certes, le champion slovaque a cumulé les places d’honneur sur la Grande Boucle, ce qui lui a permis par deux fois de ramener le maillot vert à Paris sans lever les bras, en 2014 et 2015. Mais le champion du monde en est tout de même à onze succès, à 28 ans. En comparaison avec les meilleurs maillots verts de l’histoire, il est certes très loin d’Eddy Merckx et ses 34 succès, mais il devance déjà Abdoujaparov, Kelly et Janssen, et n’est qu’à une victoire de Zabel et McEwen. Quand on sait que ces deux derniers ont gagné plusieurs fois après 30 ans, on peut aisément penser que Sagan dépassera un jour Freddy Maertens et ses 15 étapes.

Alors bien sûr, il est également à plusieurs Tours de France des 30 sprints gagnés par Mark Cavendish, ou des 22 étapes d’André Darrigade, autres sprinteurs de renom ayant marqué la Grande Boucle. Pourtant, ces deux champions n’ont remporté respectivement qu’une et deux fois le classement par points. Comme quoi il n’existe pas de corrélation entre le nombre d’étapes remportées et le classement du maillot vert, où la régularité prime. Le point fort de Peter Sagan, à l’aise sur tous les terrains, qui n’hésite pas à aller chercher de précieux points en moyenne montagne. De quoi en faire le plus grand maillot vert de l’histoire s’il parvient à égaler Erik Zabel dimanche. Une formalité si aucune embûche ne vient se mettre sur son chemin. Même sa chute, ce mercredi vers dans la descente de Val Louron d’Azet, n’a pas réussi à le stopper.

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