Peut-on faire chuter la Deceuninck-Quick Step ? A quelques jours du Tour des Flandres et de Paris-Roubaix, c’est la grande question qui hante le peloton. Le train bleu n’est pas infaillible, mais pas loin. Alors depuis ce week-end, les regards se tournent notamment vers l’équipe Jumbo-Visma et ses maillots jaunes, que l’on n’imaginait pas voir enfiler ce costume de potentiel bourreau.

Faire douter la bande à Lefevere

En suivant le fil des classiques, le nom d’une équipe revient inlassablement : Deceuninck-Quick Step. Depuis le début de la campagne, la formation de Patrick Lefevere n’a connu que deux “échecs” : sur Bruges-La Panne et sur Gand-Wevelgem, où à chaque fois, Elia Viviani n’est pas parvenu à terminer le boulot au sprint (3e puis 19e). Et à chaque fois que l’on n’a pas été ébloui par les maillots bleus, c’est comme si les jaunes de Jumbo-Visma avaient pris le relais. A La Panne, Dylan Groenewegen réglait le sprint en patron et dans l’approche de Wevelgem, Wout Van Aert et ses coéquipiers étaient partout, en surnombre, pour mettre la pagaille sans finalement parvenir à conclure.

Discrète, à l’image de ses coureurs une fois descendus du vélo, la formation néerlandaise possède un collectif qui peut faire bouger les lignes sur ces flandriennes. Une équipe “qui ne fait pas de bruit”, dixit Sébastien Chavanel, et qui mise sur un jeune leader qui a encore à prouver sur les pavés. Surtout, les hommes de Richad Plugge évoluent sans l’énorme pression qui pèse sur les épaules de Sagan, Van Avermaet ou de tous les Deceuninck-Quick Step. « Sur un Tour des Flandres, le collectif prime sur la première partie de course, pointe Sébastien Chavanel, ancien habitué des classiques. Ensuite, sur la deuxième partie, on constate les forces en présence et sur la troisième, les hommes forts décident du scénario et du final. La Deceuninck-Quick Step, ça reste des êtres humains et ils ne sont pas imbattables. »

A coup sûr, il faudra alors une course de mouvement, comme dimanche sur Gand-Wevelgem, où l’armada Deceuninck a été piégée, incapable de sentir le coup quand l’énorme échappée a pris la fuite. « Gand-Wevelgem doit aider certaines équipes à ouvrir les yeux parce que manifestement, la Deceuninck-Quick Step a été piégée, relève Cyril Saugrain, consultant pour la RTBF, diffuseur du Tour des Flandres en Belgique. Derrière on a dû faire une course de mouvement, sacrifier des hommes et ça a affaibli cette équipe. C’est un enseignement important. » Quelques jours plus tôt, sur le GP E3, c’est aussi la collaboration entre Van Aert et Van Avermaet, partenaires d’entraînement dans la vie, qui avait permis de revenir sur Bob Jungels, d’abord, puis de contenir – en vain – les offensives d’un Stybar qui faisait du derny depuis 60 bornes.

Un collectif encore en apprentissage

Wout Van Aert, d’ailleurs, est ce leader indispensable à tout bon collectif pour terminer le travail. Depuis le début des classiques, il a été un acteur majeur presque à chaque fois qu’il a pris le départ. « Sur les classiques c’est une équipe qui s’est bien construite, bien trouvée et qui en plus va prendre de plus en plus confiance, assure Cyril Saugrain. Ils ont pris conscience qu’il était important de courir en n’étant pas attentiste mais en se positionnant, quitte à mettre des hommes dans les échappées. » Chez Jumbo-Visma, on sait gérer les hommes : Roglic et Kruijswijk ne se marchent pas dessus sur les courses par étapes, le train de Dylan Groenewegen est aussi l’un des plus efficaces du peloton. Et on sait s’adapter, aussi : sur Gand-Wevelgem, après que l’échappée dans laquelle se trouvait Van Aert a été reprise, c’est le rapide Van Poppel qui est allé cherché une place d’honneur au sprint.

En revanche, les hommes en jaune doivent encore apprendre. Gagner des flandriennes n’est pas encore dans leur nature. Un seul trophée est pour le moment venu garnir la vitrine, à La Panne, par l’intermédiaire de Dylan Groenewegen. Franchir le cap entre les places d’honneur et la victoire sera l’enjeu pour ce collectif jeune, dont le leader, Van Aert, n’a que 24 ans, et la plupart de ses coéquipiers à peine plus. Seul Maarten Wynants, 37 ans et capitaine de route, fait un peu gonfler la moyenne d’âge. Mais jeunesse ne rime pas forcément avec faiblesse et jusqu’à maintenant, Van Aert, par exemple, n’a pas fait d’erreurs tactiques. « La génération au-delà de 1992-1993 arrive à s’exprimer assez rapidement. [Pour Jumbo-Visma], c’est le début d’une période faste si elle garde ses éléments », souligne Sébastien Chavanel. Une victoire, sur l’un des deux dimanches qui arrive, permettrait sans doute de garder tout le monde à la maison.

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