En cette fin d’année, il est l’heure de revivre les plus beaux moments de la saison. Ceux qui nous ont fait bondir de notre canapé, ému ou révolté. Ceux que l’on retiendra longtemps, malgré les années qui passeront. Au gré des articles marquants de 2018, nous vous proposons donc de vous replonger dans ces épisodes un peu à part. A chaud, comme si vous y étiez. Aujourd’hui, avant dernier épisode avec le sacre mondial d’Alejandro Valverde.

Quinze ans après son premier podium mondial, à Hamilton, quatre ans après le fiasco de Florence où il avait pris un nouvelle médaille mais fait perdre le titre à son équipe, Alejandro Valverde a enfin décroché le maillot arc-en-ciel. A 38 ans, l’Espagnol n’a pas manqué ce qui était sûrement sa dernière occasion.

Les larmes d’une consécration

Il y a eu beaucoup de larmes dans les minutes qui ont suivi le sprint final. Mais pas une seule n’a coulé sur les jours des battus Romain Bardet, Michael Woods et Tom Dumoulin. Eux tentaient de récupérer d’une course épuisante et de derniers kilomètres asphyxiants. A quelques mètres, porté par ses proches, Alejandro Valverde, lui, craquait. Une scène de joie commune ? Pas vraiment, parce que cette victoire, pour l’Espagnol, veut dire beaucoup plus que pour n’importe qui d’autre. Il n’a pas fait tomber de record et il n’a pas non plus réalisé un numéro surréaliste. Mais il a trop souvent touché du doigt ce maillot arc-en-ciel sans jamais le porter pour ne pas réaliser l’importance de cette victoire. Le garçon a presque tout gagné dans sa carrière, et avec cette nouvelle ligne à son palmarès, on peut dire que le peu qu’il a manqué reste anecdotique.

L’Amstel est la moins prestigieuse des trois classiques ardennaises, il ne s’est consacré au Tour de Lombardie que ces dernières saisons, et le Tour de France était hors de portée, même dans ses meilleures années. En revanche, il n’était pas concevable pour lui de terminer sa carrière sans être champion du monde. Cela n’aurait pas été logique, en vérité. Et il a réparé l’anomalie. Il est venu à bout des Français et des Italiens. Il a su gérer l’inattendu Woods et le gênant Dumoulin. Il a montré qu’il était encore le patron quand une course est aussi dure, que Julian Alaphilippe, son successeur désigné, doit encore progresser. Il a semblé hésitant aussi, par moments, quand il s’est rendu compte que ce titre mondial lui tendait les bras. Mais il n’y avait rien de plus logique. Valverde a sûrement repensé à tous ses échecs passés, dans la descente finale puis sur le replat qui menait jusqu’à l’arrivée. Mais il a aussi réussi à évacuer ces pensées pour conclure.

Revenu de tout

Hier, nous dressions le tableau de l’affrontement attendu entre Alejandro Valverde et Julian Alaphilippe, pour tenter de déceler les atouts de l’un et de l’autre. D’affrontement, il n’y a pas vraiment eu, au final, parce que le puncheur français n’avait pas les jambes espérées, dans la dernière bosse. Mais l’Espagnol a bâti son succès sur le seul critère que nous lui avions attribué : l’expérience. Un domaine, en fait, dans lequel personne ne peut rivaliser avec lui. Une histoire de maths, donc implacable. A 38 ans, le Murcian avait pris part onze fois aux Mondiaux, jusqu’à aujourd’hui. Il y avait décroché six podiums. Alors il avait largement de quoi se triturer l’esprit, avec tous ces souvenirs malheureux. Mais il avait aussi tout en main pour ne pas échouer une fois de plus. La gestion de sa montée du Höll a été un exemple, parce qu’il y était peut-être moins fort que Bardet, mais qu’il n’y a jamais lâché un seul mètre.

Au moment de lâcher ses premiers mots de champion du monde, Valverde parlait ainsi d’un « rêve » qu’il a poursuivi si longtemps et qu’il réalise sur le gong. Une soif de victoires qu’il l’a toujours fait revenir de tout. D’une terrible blessure au genou, survenue sur le Tour de France, il y a un peu plus d’un an, alors qu’il aurait pu dire stop. D’une suspension pour dopage, aussi, qu’il est impossible d’oublier et que certains rappellent même avec une pince de sadisme. La preuve qu’on ne se sépare jamais de son passé. Le garçon le sait, parce qu’on n’a jamais vraiment cessé de lui rappeler cet épisode, comme on évoquait chaque année, jusqu’à aujourd’hui, ses échecs successifs lors des Mondiaux. Ce dernier aspect, en revanche, devrait changer. Désormais, on parlera de Valverde comme du champion du monde 2018 et plus comme le maudit qui aurait dû porter ce maillot arc-en-ciel mais ne l’a jamais eu. C’est tout ce qui comptait pour lui.

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