L’ensemble de la rédaction de Chronique du Vélo a fait ses pronostics en vue du Tour. Nous avons chacun livré notre top 10, notre maillot vert et notre maillot à pois pour finalement établir notre propre classement. Jusqu’à la veille du départ, nous allons donc revenir sur chacun de ces protagonistes. A la troisième place aujourd’hui et malgré les évènements de ces derniers jours, Chris Froome.

Jamais dans l’histoire du Tour un homme de ce statut ne s’était pointé au départ dans une telle atmosphère. Contrôlé anormalement il y a presque dix mois, Chris Froome a vu la situation s’éclaircir en début de semaine, quelques jours seulement avant le Grand Départ. Autour de lui, l’air s’annonce irrespirable. Mais il est venu quand même, parce qu’il peut marquer l’histoire.

Historique, dans tous les sens

La question peut se poser. Si ce Tour de France 2018 n’était pas pour le Britannique l’occasion d’égaler Anquetil, Merckx, Hinault et Indurain au nombre de victoires en même temps que d’être le premier à réaliser le doublé Giro-Tour depuis vingt ans, aurait-il réellement tout mis en œuvre pour en être ? On se gardera bien de répondre pour lui, mais il est impensable que cet aspect historique, pour un garçon qui malgré ses victoires semble manquer de légitimité, ne soit pas entré dans sa réflexion. Pour prendre le temps de clarifier sa situation, pour ne pas trop détruire son image, aussi, Chris Froome aurait pu se mettre en retrait dès le début de saison, voire même après le Giro, son défi de remporter successivement les trois grands tours étant atteint. En ne le faisant pas, il a laissé vivre cette hypothèse qu’il y avait encore trop à aller chercher pour se permettre un coup d’arrêt. Jusqu’au bout, d’ailleurs, il a voulu résister à toutes les pressions. ASO ne voulait officiellement plus de lui, avait invoqué son règlement pour lui interdire le départ : la décision finale de l’UCI, qui a blanchi Froome, a finalement mis un terme à la procédure et le garçon sera bien là. Mais ça n’a rien arrangé niveau atmosphère.

Ce choix de continuer à courir coûte que coûte, parce qu’il est contestable quelles qu’en soient les raisons, Froome le payait malgré tout au prix fort depuis des mois, avant le verdict. Et il n’a encore rien vu. Jusque-là, il a surtout été confronté aux publics espagnols et italiens, moins regardants ou plus fair-play, c’est selon. Mais les Français – bien loin de se satisfaire de la flopée de communiqués publiés cette semaine -, pendant les trois prochaines semaines, lui feront beaucoup moins de cadeaux, et ce fut déjà le cas ce jeudi lors de la présentation des équipes, où Froome a été copieusement sifflé. S’il venait à rééditer son raid invraisemblable du dernier Tour d’Italie, vers Bardonecchia, sur le bord de la route, on n’ose imaginer les hués. Il y est préparé, on n’en doute pas une seconde. Parce qu’il a appris à connaître le public de la Grande Boucle, qui même à une époque où il n’était pas question de ce contrôle anormal, lui en voulait pour sa domination et sa manière de le faire. Aux jets de bière regrettables mais pas nouveaux s’étaient joints ceux d’urine, impardonnables. Le Britannique ne sait pas dans quelles proportions ce sera, mais il sait que ce sera pire cette fois. Sa tribune publiée dans Le Monde, ce vendredi, ne changera probablement rien.

Un faux cadeau

Même il y a quinze ans, en plein règne de Lance Armstrong, on n’avait pas connu pareille ambiance à la veille du départ. Parce que, il faut le dire, malgré les suspicions qui pesaient sur l’Américain, le monde du vélo ne se permettait pas les critiques ou les remarques qu’il adresse désormais sans gêne au Britannique. Les coureurs actuels, Bardet et Dumoulin en tête, n’ont rien caché ou presque de ce qu’ils pensaient de la situation, ces derniers mois. « Je me sentirais honteux de me retrouver dans une telle affaire », avait glissé le Français avant que le cas ne soit officiellement réglé, assurant que lui ne serait jamais venu au départ du Tour sans que tout soit mis au clair. Quelques semaines plus tôt, le Néerlandais avait adressé le même reproche à Chris Froome avant le Giro. Et chez les anciens, les critiques pleuvent encore plus durement. Bernard Hinault, il y a à peine deux semaines, s’est complètement lâché, qualifiant Froome de « tricheur » et appelant à une grève du peloton.

L’enfant de Nairobi, fin observateur, ne doit goûter que moyennement ce spectacle. Depuis quelques temps, le monde du vélo semblait attendre, comme si une décision pouvait tomber au dernier moment. Ce fut le cas, mais on a l’impression, depuis quelques jours, que ça n’a rien réglé. Pour beaucoup, la pilule a du mal à passer. Vingt-quatre heures seulement après que la procédure lancée par ASO pour interdire à Froome de prendre le départ a été révélée par la presse, Christian Prudhomme a donc été contraint de faire machine arrière. Il ne semblait pas le faire avec le sourire. Lui voulait préserver l’image du Tour de France et ne pas tomber dans une situation intenable. Malgré lui, il a aidé à rendre l’air un peu plus irrespirable. Parce que le monde du vélo sait, avec ce verdict, qu’il ne peut plus rien dire, et que c’est le public, désormais, qui décidera. Avec tous les risques que cela comporte pour l’image du cyclisme et pour l’intégrité du Britannique. L’AMA et l’UCI se sont inclinés. Froome n’a pas encore gagné, mais Sky oui. Une victoire qui pourrait pourtant s’avérer empoisonnée ces prochaines semaines.

Et vous, qui voyez-vous remporter ce Tour de France 2018 ?

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