Au mois d’avril, on ne parle que d’eux. Mais au cœur de l’été, une partie des flandriens passent dans l’ombre. Si Peter Sagan ou Greg Van Avermaet restent capables de gagner des étapes ou de porter le maillot jaune, d’autres n’ont pas les qualités pour et viennent surtout sur le Tour comme des équipiers de luxe.

Gregarios à part

Ils ne sont jamais dans la lumière très longtemps. On commence à parler d’eux lors du week-end d’ouverture, fin février, mais c’est davantage après Milan-Sanremo, lors des deux semaines et demi qui vont d’A Travers la Flandre à Paris-Roubaix, qu’ils sont l’épicentre du petit monde du vélo. La parenthèse se referme cependant aussi vite qu’elle s’est ouverte. Le vélodrome roubaisien déserté, les flandriens basculent. Les pavés sont derrière eux, il faudra attendre un an avant d’y revenir, et leur rôle pour le reste de la saison s’apprête à changer. « C’est toujours comme ça, après les classiques, les choses changent, sourit Sep Vanmarcke. Vous devez accepter que certaines courses vous correspondent et que sur les autres, vous devez travailler pour l’équipe. » Le Flamand le dit lui-même : il n’a ni le punch de Van Avermaet, ni la pointe de vitesse de Sagan. Alors il travaille pour les autres.

L’étape des pavés, cette année, sonnait alors comme une opportunité rare pour Vanmarcke. Mais il n’y a pas joué sa carte, occupé à protéger son leader pour le général Rigoberto Uran. Oliver Naesen ou Niki Terpstra sont dans la même situation. Cadors du printemps, ange-gardiens de l’été. « Niki sait que s’il doit aider, c’est comme ça, dit Patrick Lefevere, le grand patron de Quick-Step. Mais c’est un très bon mec, qui met une très bonne ambiance, qui aide les gars mentalement. » Un nouveau rôle, qui implique moins de pression et moins de responsabilités. Mais quand on est habitué à jouer la gagne sur chaque course durant près d’un mois, est-il facile de devenir un gregario tout au long des trois semaines ? « Si vous ne courez pas le Tour, qu’est-ce que vous faites ?, ironise Lefevere. Je pense que Niki voulait absolument passer son mois de juillet sur le Tour. »

Chasseurs d’étapes, toujours

D’une certaine façon, c’est aussi pour les flandriens une façon de renvoyer l’ascenseur. « Sur les classiques, certains coureurs travaillent pour moi, et ici c’est moi qui travaille pour d’autres », souligne Vanmarcke. Au détail près qu’au printemps, ce n’est pas Uran qui lui filait un coup de main sur les pavés. « Sep sait depuis longtemps quel est son rôle sur le Tour, il est très à l’aise avec ça, complète Charles Wegelius, directeur sportif d’EF Education First. On a eu une discussion très claire il y a un moment déjà. Pour lui, c’est clairement une façon de penser et de courir différente. » Mais le garçon et ses homologues s’en accommodent. L’an dernier à Romans-sur-Isère, et cette année sur les pavés, Oliver Naesen a été crucial pour éviter à Romain Bardet des pertes de temps importantes. Ces étapes, à elles seules, justifient la présence des flandriens auprès des leaders pour le général.

Reste ensuite, parfois, l’opportunité de jouer sa carte personnelle. Depuis l’abandon d’Uran, Vanmarcke a le droit d’y penser. Mais il n’est pas très optimiste, jugeant qu’à chaque fois que les étapes ne se joueront pas au sprint, il y aura de toute façon trop de montagne pour lui. D’autres y croient davantage. Vers Mende, Jasper Stuyven, discret depuis le départ de Vendée, est passé pas loin de la victoire, repris de justesse par Fraile et Alaphilippe. La fenêtre de tir existe, donc. « Les coureurs de classiques doivent viser une étape comme une classique », dit simplement Alain Gallopin, dicteur sportif de Trek. L’étape de Carcassonne, ce dimanche, pourrait s’y prêter, même s’il y a un col de première catégorie et pas de pavés au programme. Mais les flandriens sont voués à s’adapter. Surtout au mois de juillet.

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