En tout début d'étape, à l'heure où personne d'autre ne roule encore, Tim Declercq doit garder la main sur l'échappée du jour - Photo Quick-Step
20 juillet 2018
Bourg d'Oisans
Par  Robin Watt 
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Tueurs d’échappées

Après trois jours loin des radars, ils pourraient être de retour ce vendredi vers Valence. Membres des équipes de sprinteurs – dont beaucoup ont quitté le Tour, justement –, ils doivent faire en sorte que les échappées n’aillent jamais au bout et que la victoire d’étape se joue au sprint. Ils sont les tueurs d’échappées.

De Clercq dans les pas de Vermote

Certains peuvent considérer ça comme le travail ingrat. Le costume que personne ne veut vraiment endosser. Pourtant, ces coureurs-là sont des maillons essentiels dans les équipes de sprinteurs. Depuis plusieurs années, c’est chez Quick-Step que l’on trouve les meilleurs éléments. Julien Vermote avait été le premier « tueur d’échappée » mis en évidence, l’an dernier, par la diffusion de toutes les étapes du Tour en intégralité. Il officiait alors pour Marcel Kittel. Durant l’hiver, il a rejoint Dimension Data, mais Quick-Step a immédiatement trouvé son successeur : Tim Declercq. Le garçon, flamand né en 1989, comme Vermote, dispute actuellement son premier Tour de France. Mais il a déjà tout compris de ce qu’on attendait de lui. Grâce à son acharnement, en première semaine, Fernando Gaviria a remporté deux étapes. Mais à l’heure où le Colombien sprintait, Declercq avait terminé son job depuis bien longtemps.

« Mon travail débute en fait au kilomètre zéro, parce qu’il faut toujours contrôler le nombre d’échappés, détaille-t-il. Il faut qu’ils ne soient pas trop nombreux, et qu’ils courent pour les bonnes équipes (sous-entendu pas les équipes de sprinteurs, susceptibles de rouler elles-aussi et donc d’aider Quick-Step, ndlr). » Peu importe quand part le bon coup, il faut donc toujours être vigilant pour parvenir à tuer dans l’œuf toute tentative dangereuse. Declercq, sous son casque, espère donc chaque jour que peu de coureurs voudront sortir, ce qui simplifiera sa tâche, et qu’il recevra un peu d’aide d’autres formations. « Je suis déjà heureux quand il y a un ou deux autres gars avec moi, sourit-il, parce que certains jours, je dois faire le travail tout seul. » Il faut dire que les « tueurs d’échappées » ne sont pas nombreux. Lukas Postlberger chez Bora et le duo Vermote-Thomson chez Dimension Data font partie des rares, en plus de Tim Declercq, à s’y coller.

Pas d’amitié qui compte

« Ce sont des mecs à part, dit Tom Steels, directeur sportif de Quick-Step, en parlant de ces équipiers un peu spéciaux. Ils savent souffrir. Tim par exemple, peut courir entre 100 et 120 kilomètres par jour en tête de peloton, avec un rythme élevé, et ce plusieurs jours de suite. » Pas de quoi être un rouleur redoutable dans les chronos, ou alors sur des distances qui ne se pratiquent plus en course depuis déjà quelques décennies. Mais de quoi s’offrir une place sur le Tour, où pouvoir compter sur un coureur du genre peut s’avérer décisif pour les équipes de sprinteurs. Et tant pis pour les éventuels copains qui pourraient être tentés de prendre l’échappée. « C’est le vélo. Vous faites partie d’une équipe, et vous pouvez avoir des amis ailleurs, reconnaît Julien Vermote. Mais pendant la course, vous devez être concentré sur le travail à faire pour votre équipe. »

Declercq ne dit pas autre chose : « Je suis parfois désolé pour les échappés, mais c’est Quick-Step qui me paie, glisse-t-il avec un sourire. Je ne pense pas que les autres mecs soient énervés contre moi, ils comprennent que je dois faire mon travail. » Certains de ces « tueurs d’échappées », pourtant, aimeraient parfois inverser les rôles et se retrouver devant. « En vérité, j’aime aussi aller à l’avant de temps en temps », reconnaît sans difficulté Lukas Postlberger. Lors de la septième étape vers Chartres, d’ailleurs, il s’est retrouvé dans un groupe de dix coureurs échappés. Avec lui ? Julien Vermote. Mais un homme s’était alors chargé de ramener tout le monde dans le rang : Tim Declercq. La boucle est bouclée. Un tueur d’échappée comme on en fait peu. « Oui c’est ce qu’il est, c’est un bon surnom », rigole Tom Steels. Le principal intéressé acquiesce lui aussi. Avec sang-froid, forcément.

Tour de France
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Everworl
Everworl

Super article !

Lance Neilstrung
Lance Neilstrung

Très bon article! on en redemande

chris83
chris83

Tueurs d’échappée, tueurs de suspense, tueurs de spectacle et au bout peut être tueurs du Tour.

Amaury
Amaury

Je suis le tour depuis 20 ans et les étapes de plaine ont presque toujours respecté ce schéma: une échappée pas trop nombreuse; les équipes de sprinters qui contrôlent et qui reviennent. Statistiquement, le nombre d’échappée allant au bout a toujours été très rare. Le seul changement par rapport à quelques années me semble la plus grande disparition des étapes de transition (entre les deux massifs montagneux) où un large groupe prenait 20 minutes et se jouait la gagne. Mais là aussi ces étapes n’étaient pas vraiment spectaculaires avant les 15-20 derniers kilomètres, où on commençait à s’attaquer. Donc, je ne pense pas que les étapes de plaine soient moins spectaculaires que par le passé. En tout cas, ce ne sont pas elles et les « tueurs d’échappée » qui créent une véritable disparition du spectacle. L’étape de plaine, par définition, n’est pas propre au « grand spectacle » (c’est aussi nécessaire pour permettre aux coureurs de se refaire un peu la cerise, d’économiser leur force). Souvent, il ne se passe rien de surprenant. Mais, parfois, notre horizon d’attente est bouleversé (le peloton a mal calculé, bordures, etc.)… Toutefois, pour assister à cette exception spectaculaire, il faut accepter de voir bien des étapes de… Lire la suite »