Vainqueur d’un Giro et deux Tours de France, Laurent Fignon était également un redoutable coursier sur les classiques. Et s’il n’y a pas tout le temps été en réussite, « Il professore » a réussi à dompter par deux fois Milan-Sanremo, en 1988 et 1989. C’est à ce jour le seul français à avoir réussi pareil exploit.

Gallopin, surcompensation et Fondriest

Ses victoires dans la Primavera, Laurent Fignon les doit dans un premier temps à son kiné, ami et confident, Alain Gallopin. Le futur directeur sportif avait réussi, à l’hiver 1988, à persuader le double vainqueur du Tour que ce monument convenait à ses qualités. De l’endurance, que le « Grand Blond » avait à revendre, et de l’explosivité pour sortir dans le final, autre atout phare du parisien. Jamais Fignon n’aurait pensé être capable de briller dans les rues de Sanremo, mais Gallopin insista. « C’est pour toi, crois-moi. »« Il ne faut attaquer d’une fois et au bon endroit », confiait-il des années plus tard. Et comme la plupart des vainqueurs ces dernières années, c’était dans le Poggio que le Français avait planifié son offensive. Après une course d’attente, où la patience est de mise et la concentration de rigueur durant la longue traversée de la Lombardie, puis la remontée du bord de mer, Fignon sent que ses jambes sont bonnes. Dans le Poggio, l’équipe PDM embraye dès le pied. Mais sur les pentes les plus raides, le Français, comme prévu, porte l’estocade, écrasant les pédales avec une hargne folle.

Seulement, Fignon n’est pas seul. Maurizio Fondriest, jeune coureur de 23 ans, est revenu sur lui juste avant le sommet. L’ancien champion de France ne panique pas et joue avec l’Italien, en le faisant passer devant dans la descente pour qu’il fasse plus d’efforts dans les lignes droites. La victoire va alors se jouer dans un sprint à deux, exercice où Fignon excelle. En lançant de loin, il fait craquer Fondriest dans le dernier hectomètre pour triompher une première fois à Sanremo.

Rebelote, attaque surprise et Maassen

Sur le podium de sa première victoire, au lieu de profiter pleinement de son succès, Fignon pestait de ne pas avoir gagné en solitaire. Le caractère du champion qui, comme souvent, reprend le dessus. Il devient alors aisé de trouver une motivation durant l’hiver. Fignon veut son Milan-Sanremo en solo. Pour ça, il décide de miser sur la même préparation. Il abandonne sur Paris-Nice mais ne change quasi rien : de nouveau, il s’inflige une énorme sortie le mercredi précédant la Primavera, avec cinquante kilomètres de plus que douze mois plus tôt.

Se sachant attendu dans le Poggio, Fignon avait modifié ses plans d’attaque. Il sortirait entre la Cipressa et le Poggio, histoire de bénéficier de l’effet de surprise et de prendre un temps d’avance. La pancarte qu’il se trimballe dans le dos pourrait bien l’empêcher de claquer le doublé, alors il s’adapte. Encore fallait-il mettre en place à la perfection cette nouvelle tactique. Et en sentant toute la journée que ses jambes étaient, comme un an plus tôt, très bonnes, Fignon ne s’est pas affolé. « Je suis resté d’un calme extraordinaire », osa-t-il.

Au sommet de la Cipressa, trente à quarante coureurs sont présents à l’avant. Personne ne contrôle et les attaques fusent de tous les côtés. Puis, au bas de la descente, le Néerlandais Frans Maassen place une violente accélération. C’est le moment de vérité et Fignon sauta sur l’occasion de mettre son plan à exécution. « Je n’ai même pas pris le temps de réfléchir et de me demander s’il fallait que j’y aille, c’était fait avant d’y penser », racontait le Français quelques années plus tard. La collaboration entre les deux hommes leur offre quarante secondes d’avance au pied de la dernière difficulté. Une aubaine pour Fignon qui, après de longues accélérations, fit craquer son compagnon d’échappée. Cette fois, c’est seul qu’il arrive à la plus célèbre des cabines téléphoniques, au sommet du Poggio. Pour s’imposer en solitaire à Sanremo et pouvoir pleinement profiter sur la plus haute marche du podium.

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