En remportant le Giro, ce dimanche, Chris Froome n’a réussi que la première partie de son défi. Dans moins de six semaines, il sera à Noirmoutier pour le départ du Tour de France. Peut-être (sans doute ?) imité par son dauphin à Rome, Tom Dumoulin. Finalement, c’est comme si le plus dur ne faisait donc que commencer.

Six semaines décisives

Procédure ou pas, Nicolas Portal était très confiant, hier, quant à la présence de Chris Froome au départ du Tour de France au mois de juillet. Le Britannique, lui, n’était pas plus inquiet. Mais Tom Dumoulin sera-t-il là pour prendre sa revanche ? « J’ai l’intention d’y être, disait Froome. En ce qui le concerne, demandez-lui. » Il se trouve que le Néerlandais est pour l’instant resté vague. Il a beaucoup parlé du doublé Giro-Tour cet hiver, mais après trois semaines de bataille, il veut se laisser le temps de la réflexion et assure qu’il rendra sa décision d’ici quinze jours. Mais si le moment où il le révèle à la presse peut attendre, celui du choix devra intervenir bien plus vite. En vérité, s’il envisage de faire le Tour, c’est dès aujourd’hui que ça se joue, puisqu’il va lui falloir utiliser parfaitement les six semaines qui le séparent du grand départ.

« Dans l’optique de doubler, il y a deux stratégies, nous confie Jean-Baptiste Quiclet, entraîneur chez AG2R La Mondiale. Soit vous entretenez la forme du Giro et vous pouvez être très bien en début de Tour, mais vous vous exposez à la fatigue en deuxième partie d’épreuve. Soit vous faîtes une coupure après le Giro mais il faudra un délais de remise en action qui peut être coûteux, surtout en début de Tour. » La logique veut que la deuxième option soit en vérité la seule envisageable, parce qu’aucun leader ne peut prétendre jouer le maillot jaune avec une forme volontairement descendante en troisième semaine. Après la dernière étape italienne, ce dimanche, c’est ainsi un processus méticuleux qui doit s’enclencher pour Froome, et éventuellement Dumoulin, donc. Sans ranger d’un coup le vélo au garage, ce qui rendrait la coupure bien trop brutale.

Un Tour trop compliqué ?

Pendant une semaine à dix jours, l’idée est de continuer à rouler en aménageant petit à petit de plus en plus de jours de repos, après quoi il est possible de s’arrêter complètement pendant environ une semaine. C’est à ce moment-là que certains pourraient bénir la tenue de la Coupe du monde de football cet été, qui a repoussé de facto le départ du Tour d’une semaine. « Mais cela va surtout avoir un impact pour les équipiers, ceux qui ne jouent pas le général, tempère Jean-Baptiste Quiclet. Pour les leaders, cela pèsera moins. L’inconstance sur le Tour, pour eux, est surtout due à la difficulté des étapes. » Pour le reste, il n’y a pas de règle. Certains peuvent avoir du mal à la reprise puis monter crescendo, d’autres observeront l’effet inverse. C’est à chacun ses sensations. Il n’est même pas impossible de courir en compétition avant le départ du Tour, sur la Route du Sud par exemple.

Pour autant, difficile de croire que le retour du doublé Giro-Tour soit pour cette année. Parce que l’homme qui a gagné en Italie, Chris Froome, est moins dominant que par le passé. Parce qu’il y a laissé une énergie folle, aussi. Et surtout parce que le parcours du mois de juillet est particulièrement corsé d’après Quiclet. « La tâche est rendue encore plus difficile que d’habitude, assure-t-il. Entre Annecy (10e étape) et Espelette (20e étape), s’il y a deux étapes de transition, c’est le bout du monde. Il n’y aura pas la place pour un jour sans, une journée où l’on ressent de la fatigue à cause du Giro. » Marco Pantani devrait donc rester le dernier coureur en date à avoir remporté la même année les maillots rose et jaune. A moins que Froomey ne nous gratifie d’un nouvel exploit. Après ce qu’on a vu la semaine dernière, ce ne serait pas la première surprise.

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