Le Tour d'Oman, où il a terminé deuxième de la première étape, est la dernière course que Cavendish a disputé jusqu'au bout - Photo ASO
27 mars 2018
Par  Robin Watt 
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Cavendish face au fléau du sprinteur

Abu Dhabi, Tirreno-Adriatico puis Milan-Sanremo, Mark Cavendish a connu trois chutes et autant d’abandons en moins d’un mois. Simple hasard ou conséquence de ses 32 ans ? Avec l’âge, les sprinteurs ont tendance à réfléchir davantage. Tout ce qu’il ne faut pas faire.

Tueur, voyou, cinglé : tout à la fois

« Enchaîner trois chutes comme l’a fait Cavendish, c’est purement psychologique, prévient tout de suite Jean-Patrick Nazon pour écarter la piste de la seule malchance. C’est qu’il y a un vrai manque de confiance, c’est dans la tronche. » Il y a pourtant un détail. Le Britannique est tombé, mais jamais dans les sprints. A Abu Dhabi, c’était avant même le départ réel. Sur Tirreno-Adriatico, lors d’un contre-la-montre. Et lors de Milan-Sanremo, au pied du Poggio. « Il a toujours pris des grosses gamelles, ce n’est pas nouveau, reprend Nazon. Mais il n’y a pas de fumée sans feu. Il faut qu’il laisse passer la tempête, il regagnera. » Alors, le Cav’ est-il réellement touché par le syndrome des sprinteurs vieillissants ? « Le sprint, c’est la guerre, et il faut être un tueur, résume Frédéric Moncassin. Cavendish l’était, mais il ne l’est plus. A ses débuts, c’était un gros voyou. Maintenant, il manque la folie, le moment où on débranche pour aller chercher la gagne. »

Les chiffres sont là pour confirmer. Même si le Britannique a dû faire avec les chutes et une mononucléose, depuis janvier 2017, il n’a levé les bras qu’à deux reprises. « Il a perdu sa confiance, et peut-être aussi un peu de sa détermination, soulève Moncassin. C’est la vie, c’est comme ça, on vit un peu sur les acquis. Mais un sprinteur a besoin de cette hargne. » Le Toulousain sait de quoi il parle. En 1996, il remportait deux étapes du Tour. Deux ans plus tard, il s’y pointait la trentaine passée et le dos douloureux après une chute au printemps. « J’étais bien placé à l’approche des sprints mais je laissais ma place quand c’était chaud, raconte-t-il. Je ne chutais pas mais je ne bataillais pas. J’ouvrais la porte. » Nazon acquiesce : « On est moins cinglés après la trentaine, on pense à la chute. Moi je me disais parfois ‘Merde, je n’ai pas envie de me gaufrer.’ On a son petit confort. » Et on ne gagne jamais confortablement dans un sprint.

Question de statut

Alors le parallèle est saisissant avec les jeunes années de Cavendish, lorsqu’il était une terreur du peloton pour ses victoires mais aussi à cause de ses décisions parfois insensées dans les derniers hectomètres. Mais même les plus fougueux finissent par rentrer dans le rang. Moncassin aussi, à son arrivée dans le peloton, avait endossé le costume de l’irresponsable. « J’étais un peu inconscient, je m’étais dit qu’aux 400 mètres, il fallait que je sois quatrième, se remémore-t-il. J’étais irrespectueux, si un mec se faisait emmener par son train je le dégageais pour prendre la place. Je faisais partie des voyous. » Avec les victoires viennent ainsi le respect des autres sprinteurs, et il devient moins compliqué de se faire sa place. Jusqu’à ce que les nouveaux jeunes arrivent, avec les dents qui rayent le bitume et les coudes prêts à donner des coups. Et l’on met toujours plus de temps à monter au sommet de la hiérarchie qu’à en redescendre.

« Quand tu commences à moins gagner, ton statut change, souligne Jean-Patrick Nazon. Avant, on se battait pour être dans ta roue, maintenant tu te bats pour être dans celle des autres. Et quand t’y es, on va vouloir de dégager. Ça, Cavendish ne connaissait pas avant. Pendant presque dix ans, tout le monde voulait être dans sa roue. » Sans les armadas qu’il pouvait avoir chez HTC ou Quick-Step, le Britannique se retrouve aussi à reculer dans la préparation de l’emballage final. L’équipe qui emmène mène la danse, et tout le monde veut être juste derrière. « Cavendish se retrouve où il n’est pas habitué à être, autour de la quinzième place, où c’est la foire », précise Moncassin. Alors une grande victoire peut relancer la machine, briser la spirale négative dans laquelle est engluée le Britannique. Mais reprendre confiance sur les plus grandes courses est ce qu’il y a de plus difficile. Le défi est donc immense. A la hauteur du plus grand sprinteur de l’histoire.

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3 Commentaires sur "Cavendish face au fléau du sprinteur"

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tranquillo
tranquillo

Pour nuancer un petit peu le phénomène de l’âge chez les sprinteurs, je rappellerai qu’à 32 ans (l’âge actuel de Cavendish), Greipel ne comptait que 12 de ses 22 victoires d’étapes en Grand Tour, McEwen que 10 de ses 24 victoires d’étapes, et qu’il restait encore (entre autres) une vingtaine d’étapes de Grand Tour, un Mondial, un Gand-Wevelgem et un Milan – San Remo à gagner pour Cipollini.

Alors tous les profils ne sont pas comparables, je suis d’accord (Cavendish s’est d’abord distingué par sa précocité, ce qui ne va pas forcément de pair avec la longévité), et au-delà du manque de résultats, on peut percevoir un certain abattement chez le Cav. Mais je me garderai bien d’en tirer des conclusions trop hâtives !

Lance Neilstrung
Lance Neilstrung

Tres bel article sur les coulisses du sprint. Dommage que les moldus ne connaissent pas ca et vois juste le velo comme une bande de dopés ou c’est celui qui pedale le plus qui gagne…