Le garçon ne perd pas de temps. A 21 ans et après seulement quatre mois passés sous le maillot Sky, Egan Bernal a déjà marqué les esprits, d’abord en Catalogne au mois de mars, puis en Romandie cette semaine, où il a terminé deuxième du général. Alors, doit-il déjà être considéré l’alternative numéro une derrière Chris Froome ?

Oui par Robin Watt

Pourquoi vouloir à tout prix protéger un garçon qui ne demande qu’à assumer des responsabilités ? En Catalogne comme en Romandie, Egan Bernal était dans la bataille pour remporter l’épreuve. Gianni Savio, l’homme qui l’a fait passer professionnel chez Androni, assure qu’il sera rapidement sur le podium d’un grand tour. Alors pourquoi vouloir retarder les choses ? Dave Brailsford, qui ne s’attendait apparemment pas à ce que le prodige explose aussi rapidement, se retrouve face à un sacré dilemme : profiter aussi vite que possible de sa pépite ou la protéger et l’accompagner progressivement sur les plus grandes courses, sans brûler les étapes mais sans avoir la certitude que cela soit en réalité nécessaire. Il y a quelques années, quand la Sky regorgeait de spécialistes des courses par étapes, il n’y aurait eu aucune raison d’opter pour la première solution. Aujourd’hui, tout est différent.

Chris Froome, même empêtré dans son histoire de salbutamol, reste le leader incontesté. Mais il a bientôt 33 ans, et derrière, la relève paraît moins certaine que ce que l’on pouvait imaginer il y a quelques années. Geraint Thomas, 32 ans dans un mois, est encore vierge de tout top 10 sur un grand tour, et Sergio Henao, 30 ans, a déjà sacrément montré ses limites. Qui reste-t-il ? Wout Poels, lui aussi la trentaine, n’est pas un leader sérieux pour une armada comme Sky, alors que faire de Michal Kwiatkowski un coureur de grands tours est aussi risqué qu’incertain. Voilà pourquoi Egan Bernal, malgré son inexpérience et son manque d’ancienneté au sein de la formation britannique, est une alternative plus que crédible. La plus logique, même, derrière Chris Froome.

Non par Alexis Midol-Monnet

Impressionnant cette semaine, Egan Bernal a apporté de solides garanties à sa formation qui cherchait depuis un moment des motifs de satisfaction. À l’approche du Tour d’Italie, dont la couverture médiatique s’annonce d’avance plus que pesante pour l’écurie de Christopher Froome, Bernal apporte incontestablement un vent de fraîcheur. Mais on aurait décidément tort de s’emballer à son sujet. D’abord en raison de la concurrence somme toute moyenne du cru 2018 de l’épreuve helvétique. Martin en méforme, Porte encore en reprise de sensations, Bernal a dû lutter contre un Primoz Roglic en pleine ascension, sans pour autant réussir à le décrocher dans les sommets valaisans. La hiérarchie interne ne devrait guère être bousculée pour autant.

Si Geraint Thomas a énormément déçu cette semaine, difficile de lui jeter la pierre après ses excellent résultats en Algarve et sur Tirreno-Adriatico, où il aurait pu l’emporter sans un saut de chaîne sous la flamme rouge de l’étape reine. Quant à Wout Poels, il semblait lui aussi étincelant sur Paris-Nice avant de subir une sévère chute. Dans l’état d’incertitude des hommes de Dave Brailsford à propos de la gestion du prochain été, propulser Bernal en dauphin de Froome reviendrait à flanquer un coup au moral de la garde rapprochée traditionnelle, déjà vorace sur les courses inférieures. Le Colombien n’en est qu’à sa première saison chez les professionnels : aucun grand tour n’est à l’ordre du jour pour l’instant, et il serait sans doute prématuré de vouloir l’exposer au gratin mondial, qui plus est dans un contexte de dernière minute. Dans l’intérêt général, il est préférable de le voir prendre du galon sur les épreuves du World Tour, quitte à surprendre de nouveau là où on ne l’attend pas.

Selon vous, Egan Bernal doit-il être le n°2 chez Sky ?

Buy me a coffeeOffrir un café
Vous avez aimé cet article de Robin Watt ? Participez à l'élaboration du prochain en contribuant aux frais d’hébergement du site.