C’est la dernière marche. L’ultime palier à franchir dans la progression de Romain Bardet pour pouvoir espérer gagner le Tour de France : le contre-la-montre. Premier élément de réponse sur sa progression dans le domaine avec le Critérium du Dauphiné Libéré, qui démarre ce dimanche et qui offrira un chrono par équipes potentiellement révélateur.

Test grandeur nature

Nibali, Porte, Froome…. Les têtes d’affiches ronflantes du prochain Tour de France allieront l’expérience des cadors à l’impertinence d’une jeunesse ambitieuse. Egan Bernal et vraisemblablement Marc Soler seront les juvéniles sans complexes du peloton de juillet. Entre ces deux générations, Romain Bardet fait le piston. Parce qu’à bientôt 28 ans, l’Auvergnat est dans la force d’un âge qui lui permet logiquement de crier victoire sur un grand tour. Acharné, obstiné et dévoué à la Grande Boucle depuis six ans maintenant, ses résultats confirment cette douce chimère de succéder à Bernard Hinault. Ses 2e et 3e places en 2016 et 2017 nuancent encore un peu plus cette seule marche du podium encore restée inaccessible. Un maillot jaune qui lui échappe aussi sur l’ultime épreuve de préparation qu’est le Dauphiné.

Si depuis 2014, ce rendez-vous n’a encore jamais souri à l’Auvergnat, malgré sa deuxième place en 2016, curieuse prémonition de son classement à Paris un mois plus tard, il a en revanche toujours été un test rassurant sur son état de forme du moment, ô combien clé en vue du Tour. Dimanche encore, pour la cinquième année consécutive, il se livrera au duel contre Nibali, Thomas, Adam Yates et consorts sur des routes peu évidentes, tantôt Auvergnates, tantôt Rhone-alpines, mais toujours révélatrices. La troisième étape notamment, entre Pont-de-Vaux et Louhans-Châteaurenaud, sera un véritable crash test pour lui, AG2R La Mondiale et ses chances de porter enfin le jaune. Car ce chrono par équipes de 35 kilomètres est le frère jumeau de celui qui effraie déjà les non-spécialistes et qui proposé le 9 juillet prochain à Cholet sur la Grande Boucle.

Un collectif renforcé

En préambule, Romain Bardet défiera donc à nouveau la montre. Celle qui a failli tourner en sa défaveur sur le chrono de Marseille l’an dernier. Car on le sait, le péché mignon de l’Auvergnat reste l’effort solitaire, tout autant que l’effort par équipes. Le dernier de ce genre, la première étape de Tirreno-Adriatico en mars dernier, avait été révélatrice des lacunes encore criantes de l’équipe dans ce domaine. Seulement 17e du contre-la-montre inaugural, AG2R La Mondiale et Romain Bardet, avaient perdu plus d’une minute en 21,5 kilomètres sur les spécialistes de la BMC. Transposé au Tour 2018, cet écart pourrait être plus grand encore à Cholet. Et malgré ses capacités de grimpeur, un handicap de plus d’une minute sur la pléthore de concurrents directs représenterait, après seulement trois étapes, un retard presque irréversible dans la quête du jaune.

Reste qu’avec les renforts de Tony Gallopin et Silvan Dillier à l’intersaison, l’équipe de Vincent Lavenu s’est solidifiée dans l’exercice et la formation du Dauphiné sera d’un tout autre calibre roulant que celle aperçue vu en Italie. Avec les solides rouleurs Pierre Latour et Oliver Naesen, elle devrait faire (beaucoup) mieux sur ce Dauphiné et par conséquent, sur le Tour. Tony Gallopin, nouveau lieutenant, avait d’ailleurs avoué en avril dernier au micro d’Eurosport : « L’équipe a beaucoup travaillé le chrono par équipes et sur le Tour, on peut faire très bien. »

Alors, fort de cette confiance nouvelle et d’une équipe presque type, Romain Bardet jouera ces prochains jours la montre en vue de Cholet. Car finalement, les autres joutes de cette traditionnelle épreuve de repérage et de mise en jambe risquent de confirmer une vérité désormais générale : Bardet grimpeur, piètre rouleur. Tout l’intérêt de ce Dauphiné réside donc, pour lui, à se libérer de ces a priori tenaces, et de performer sur ces chronos forcés. Là ou tout ou grande partie de son Tour risque de basculer en juillet.

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