Il y avait eu Bergen, il y a eu Innsbruck. Deux scénarios différents. Deux éditions où Julian Alaphilippe a payé pour apprendre, avant le Yorkshire et cette édition qu’on a longtemps promis au Français. Le leader des Bleus aura la pancarte, parce que s’il n’est plus le numéro un mondial, il est l’épouvantail du peloton depuis dix-huit mois. Ça ne fait rien. Il est prêt.

Revanchard ou pas loin

On se pose la question, depuis quelques semaines, de savoir si Julian Alaphilippe est le favori n°1 de ces Mondiaux dans le Yorkshire. Mais on débattrait bien moins s’il n’y avait pas Mathieu Van der Poel au départ. Si le Français n’est pas celui qui a la plus grosse pancarte, alors il est juste derrière le Néerlandais et ça ne change pas grand-chose. Il sera attendu, surveillé par tous, « VDP », Sagan, Matthews ou l’armada belge. Mais il le sait et il s’est préparé pour ça. Il a vu le titre lui passer sous le nez, dans la dernière ascension du parcours, il y a un an. L’heure est à la revanche, même s’il ne le dit pas aussi clairement et même si Alejandro Valverde, qui a terminé avec le maillot irisé il y a douze mois, sera un peu moins dangereux sur le parcours de cette année. Alaphilippe est un cador qui veut tout rafler et qui se sait dans l’année de sa vie.

Milan-Sanremo, Strade Bianche, Flèche Wallonne, maillot jaune du Tour de France pendant deux semaines, il n’y a pas grand-chose qui résiste au fantasque tricolore cette année. Une dynamique ultra positive qui en a fait le numéro un mondial pendant une bonne partie de l’exercice. « Alaf » est insaisissable, surprenant sur les routes blanches début mars, si fort ensuite sur la Primavera, juste là où on l’attendait dans le Mur de Huy, plein de panache sur les routes du Tour. Il a déjà gagné de dix façons différentes rien qu’en 2019 et la course mondiale viendrait sublimer une saison déjà parfaite. « Ce n’est que du bonus », répète le Français au sujet des Mondiaux et du Tour de Lombardie qui suivra. Sur le papier, oui. Personne ne lui reprochera de passer à côté de ces deux ultimes rendez-vous. Mais lui sait très bien que c’est un peu plus que ça. Surtout en ce qui concerne le maillot arc-en-ciel, on ne sait pas quand une telle opportunité se représente.

L’arc-en-ciel en tête

C’est bien pour ça que Julian Alaphilippe est reparti au boulot, après le mois de juillet. Il aurait pu baisser pavillon, profiter de ce qu’il venait de faire pendant l’été. Mais il avait déjà l’automne en tête. Il a fallu tout calculer, prendre de vraies décisions. Celle de ne pas s’éterniser sur les critériums d’après Tour, ou d’abandonner rapidement la Clasica San Sebastian. Celle de revenir en douceur, aussi, sans faire d’étincelles sur le Tour d’Allemagne ou lors des classiques canadiennes, ou pourtant, il était déjà davantage dans l’allure. Il y a un an, il avait accumulé les petites erreurs, celles qui l’ont fait arriver un peu trop émoussé en Autriche. Il a payé pour apprendre et il a rectifié le tir cette année, avec son cousin et entraîneur Franck. Chez les Alaphilippe, on ne fait jamais deux fois la même erreur. La neuvième place de l’an dernier, sur la ligne à Innsbruck, avait un goût trop amer pour ne pas tout faire pour l’effacer.

Mais il faudra s’accommoder des changements, nombreux entre l’Autriche et la Grande-Bretagne. Thibaut Pinot et Romain Bardet ne sont plus là, les Bleus sont menés uniquement par Julian Alaphilippe. Moins de tergiversations, mais plus de pression, si tant est que le bonhomme y soit sensible. Le patron de l’équipe de France n’est pas le même, non plus, Cyrille Guimard ayant laissé sa place à Thomas Voeckler. Il y avait des avantages à pouvoir compter sur l’expérience du plus ancien des deux, mais il y en a d’autres à avoir comme sélectionneur un tout jeune retraité. Reste que les Mondiaux sont une course sans oreillettes, où les coureurs sont face à leurs responsabilités. C’est sans doute là que Julian Alaphilippe est le plus fort. Alors il lui reste à concrétiser. Il ne faudra pas se faire reprendre dans le dernier kilomètre. Il ne faudra pas craquer dans la dernière bosse. Mais tout ça, maintenant, il le sait.

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