Le rêve ultime de Louis Meintjes ? Devenir le premier coureur africain à remporter le Tour de France - Photo ASO
22 juillet 2017
Marseille

Franchir le cap

Demain, Louis Meintjes terminera huitième du Tour de France. À la même place que l’an passé. Le Sud-Africain n’a pas réussi de coup d’éclat, comme l’an passé. Il finira deuxième du classement pour le maillot blanc, derrière un des frères Yates, comme l’an passé. La Grande Boucle du gamin de Pretoria laisse un peu perplexe et le constat est cinglant, il n’a pas franchi de cap. De quoi alimenter les rumeurs de transfert.

Sur la défensive

À l’instar de Rigoberto Uran, Louis Meintjes n’a pas attaqué sur ce Tour. Le Sud-Africain s’est, comme toujours, contenté de suivre les principaux favoris le plus longtemps possible. On a pourtant tendance à pardonner à Meintjes ses excès de prudence. Ses épaules fragiles ne donnent pas envie d’y lester le poids d’une pression trop lourde. Sa bouille enfantine détourne les reproches. Sentiments mis à part, il demeure pourtant difficile de louer ses trois dernières semaines. La faute à un manque flagrant de progrès. Massimiliano Napolitano, membre du staff du Team UAE Emirates, se satisfait néanmoins du Tour de son protégé : « Je suis très content, il a été très régulier. Au vue de ses caractéristiques, c’est un bon Tour. » Le Sud-Africain confirme l’excuse du parcours pour nuancer son manque de progrès : « Je ne pense pas que le parcours m’allait aussi bien que celui de l’an passé, du coup être capable de faire le même résultat, c’est plutôt satisfaisant. » Si l’explication est valable, quelque part, cet esprit gagne petit ne le grandit pas.

À l’image de sa Vuelta 2015 et de son Tour 2016, sa régularité sur trois semaines a laissé songeur les observateurs et ses adversaires. Sa capacité à récupérer aussi. Simon Yates, son principal rival pour le maillot blanc était d’ailleurs bluffé de voir comment Meintjes avait fini le Tour. « Il est très fort en troisième semaine, il a été très fort dans les Alpes, notamment dans le Galibier où il a su rester avec les meilleurs alors que je perdais du temps. » Pourtant, Meintjes n’arrive pas à devenir un candidat sérieux au podium. Le leader de l’équipe des émirats n’a tout simplement pas eu cet éclair de génie qui fait la réputation des plus grands et qui signifie qu’aujourd’hui, Warren Barguil est un prétendant légitime à l’estrade l’été prochain, alors que Louis Meintjes passe à nouveau sous le radar.

« Il est très fort en troisième semaine, il a été très fort dans les Alpes, notamment dans le Galibier où il a su rester avec les meilleurs alors que je perdais du temps. »

Simon Yates

Hier matin, beaucoup de Sud-Africains étaient venus voir le héros national, dont la réputation gagne peu à peu la contrée arc-en-ciel. « Le soutien du pays a été incroyable cette année, je reçois beaucoup de messages, c’est assez sympa », sourit Meintjes. Ça n’a néanmoins pas suffi pour prendre le maillot blanc. À 25 ans, c’était la dernière occasion du grimpeur de poche. « Nous espérions qu’il le prenne. Cette année il finit encore deuxième derrière un Yates… Mais Simon Yates était très fort, c’était difficile » regrettait Massimiliano Napolitano. Pas de blanc de consolation donc.

Un retour aux sources bénéfiques ?

Alors qu’UAE Emirates va fortement se renforcer dans les deux prochaines années, avec un budget réévalué autour des trente millions d’euros, les questions entourent l’avenir de Meintjes, en fin de contrat cette année. Mais loin de ces considérations, le blondinet se projette déjà sur le prochain Tour de France. « J’espère entrer dans le top 5 du prochain Tour. Si tout va bien, ça devrait être mon objectif pour l’an prochain », nous assure-t-il. Sous quelles couleurs ? « Je ne sais pas si Louis va rester, il pourrait changer d’équipe la saison prochaine », confirme Massimiliano Napolitano. Il sera en tout cas courtisé. Mais il n’y a pas beaucoup d’équipes dans lesquelles il serait assurément le leader pour le général. Son ancienne formation, MTN-Qhubeka, qu’il a quitté en 2015 pour rejoindre Lampre-Merida, fait partie de ces rares écuries en manque d’un leader pour les grand tours. Désormais Dimension Data, son ex, verrait d’un bonne œil le retour de l’enfant prodigue.

« J’espère entrer dans le top 5 du prochain Tour. Si tout va bien, ça devrait être mon objectif pour l’an prochain »

Louis Meintjes

Le jeune sud-africain est la cible parfaite. Depuis son départ vers l’Europe – puis l’Asie -, il a démontré qu’il pouvait s’installer durablement dans le top 10 du Tour de France. L’équipe africaine mise aujourd’hui de plus en plus sur de jeunes coureurs. La parenthèse des recrues stars d’expérience comme Mark Cavendish ou Boasson Hagen semble refermée, les résultats n’ayant pas toujours été à la hauteur de l’investissement (Farrar, Ciolek, Anton…). Louis Meintjes conviendrait parfaitement au projet. Même si l’hypothèse de le voir se muer en équipier de luxe demeure vivace dans l’esprit de plusieurs managers. Néanmoins, Meintjes est un leader né, il n’a connu que ce rôle. « Louis est quelqu’un de très gentil avant la course, après la course, pendant le massage, il ne crée jamais de polémique. Il est adorable. En course, il sait positionner son équipe. Tout ses partenaires l’aiment car il est toujours reconnaissant », explique Napolitano. Pas forcement l’image d’un lieutenant.

Le Sud-Africain est encore très jeune, et son talent demeure rare dans le peloton actuel. Son modèle dans le vélo, Chris Froome (« il était un exemple pour moi, voir qu’il réussissait si bien m’a inspiré »), n’est arrivé sur le devant de la scène que tardivement. Le talent au passeport britannique, formé en Afrique du Sud, n’a éclos qu’à 26 ans sur la Vuelta 2011. Louis Meintjes a encore le temps et l’impression qu’il laisse de n’être qu’à un rien des meilleurs est aussi frustrante qu’encourageante. À son âge, les coureurs progressent chaque saison, au niveau de la résistance notamment. Pour ce garçon si sympathique, qui a commencé le vélo à seize ans, les perspectives sont donc intéressantes et l’avenir semble brillant. Il doit travailler son contre-la-montre, mais la marche à gravir semble avant tout mentale. Alors, revenir au bercail, dans l’équipe de son pays, chez qui il a fait ses premiers pas professionnels peut être une bonne idée. Premier africain à être entré dans le top 10 du Tour l’an dernier, il a tous les atouts pour rentrer dans l’histoire en devenant le premier sur un podium. Il ne lui reste qu’à franchir un cap.

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5 Commentaires sur "Franchir le cap"

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R60
R60

Il devrait partir pour Barhain : avoir un rôle de leader parfois et apprendre de Nibali… Coureur que j’aime mais je suis d’accord, un poil décevant.

Gosta
Gosta

Une équipe un peu juste aussi autour de lui aussi bien chez Lampre que maintenant chez UAE qui ne lui permet pas de stratégie réellement offensive et qui ne l’aide pas dans les étapes où il faut être placé à l’arrivée (genre Rodez cette année) ou à bordures (genre Romans). C’est dans ces étapes et avec celle de Chambéry où il me semble qu’il a coincé qu’il perd le maillot blanc. Dans une vrais bonne équipe je pense qu’il peut faire un top 5.
Moi j’aime ce genre de coureur discret, modeste, respectueux et surtout crédible. Un grimpeur de grande qualité, à l’usure qui je pense a besoin d’étapes avec plusieurs cols longs et réguliers et qui doit apprendre à limiter la casse en contre la montre Moi. les attaquants permanents ça me questionne toujours, je pense que la stratégie défensive qu’on reproche à Louis Meintjes est pourtant de loin la plus crédible pour un jeune coureur comme lui. Je lui souhaite un belle carrière dont il pourra être fier. Allez Louis!

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