Depuis une semaine, la Chronique du Vélo décerne ses récompenses de l’année. Dans chaque catégorie, dix de nos rédacteurs ont livré leurs podiums, attribuant ainsi trois points au premier, deux au deuxième et un au troisième. De quoi vous livrer notre podium final, en attendant de savoir, via le sondage en fin d’article, si vous aussi, vous auriez récompensé le même coureur. Dernier épisode aujourd’hui, avec le coureur de l’année.

On n’avait rarement vu un coureur, ces dernières années, faire un tel bond dans la hiérarchie. De bon coureur sur une voire trois semaines, Simon Yates est passé à véritable machine sur les courses par étapes. Le troisième britannique vainqueur d’un grand tour en 2018, après Froome et Thomas, est entré dans la cour des grands en fracassant les murs.

Très pressé

Certains se cassent les dents pendant toute une carrière, s’acharnent à remporter un grand tour mais restent bloqués sur les petites marches du podium. Pas Simon Yates. Il y a encore un an, il avait un palmarès assez léger, sur trois semaines : une sixième place sur la Vuelta, une septième sur le Tour, de quoi en faire un grimpeur prometteur, tout au plus. Mais il a bouleversé la hiérarchie à une vitesse folle. Alors qu’il ne boxait même pas, en début de saison, dans la catégorie de Bardet ou Pinot, le voilà désormais dans celle de Quintana, Dumoulin ou Thomas. En attendant d’aller chercher Froome et Nibali. On n’avait pas vu ça depuis un moment, parce que tous les vainqueurs du Giro, du Tour ou de la Vuelta, ces dernières années, avaient davantage le profil de laborieux, passés par de plus ou moins nombreux échecs, les saisons précédentes, avant d’accéder au Graal.

Yates, lui, a tout connu en accéléré. Parce qu’il s’est planté avant de réussir, mais qu’il a tout condensé dans une seule saison. Au mois de mai, on ne l’attendait pas vraiment, sur le Giro. Froome, Dumoulin et Pinot s’accaparaient les pancartes de favoris quand le frangin d’Adam la jouait discret. Chez Mitchelton-Scott, on parlait même davantage d’Esteban Chaves et au moment d’aborder la course rose, dans nos présentations, on n’avait pas du tout évoqué Simon Yates. Parce qu’il était quasiment impossible de le voir venir. Certes, le garçon avait terminé deuxième de Paris-Nice, mais entre une et trois semaines, la marche paraissait bien trop élevée. Il a montré que ce n’était pas le cas pour lui. Virevoltant dès l’Etna et jusqu’à Prato Nevoso, où il a montré ses premiers signes de faiblesse, le Britannique prenait plaisir à assommer la course au point d’asphyxier tous ses adversaires à la moindre arrivée au sommet.

Ecrire une nouvelle histoire

Avant le grand retournement de situation orchestré par Froome à deux jours de l’arrivée, on n’avait vu personne lâcher ses adversaires avec autant de facilité que Yates. Et on n’a sûrement rien vu de tel, non plus, après. Le Giro du puncheur-grimpeur était en fait un modèle du genre jusqu’à son craquage complet, un jour où l’histoire s’est écrite à ses dépends. A l’agonie deux jours de suite, c’est comme si Yates avait été soudainement débranché. Presque impossible à expliquer. Mais il avait terminé, pour l’honneur, pour « valider » ses trois victoires d’étapes, en quelque sorte. Pour montrer qu’il était capable, malgré tout, de rallier Rome, et pouvoir tirer un trait sur cet acte manqué. Son apprentissage passait par là et c’est comme s’il en était conscient. Il ne pouvait pas gagner à sa première tentative. Il venait de mettre un pied dans la cour des grands, celle où l’on se joue la victoire finale. Il devait forcément échouer avant de l’emporter.

Au moment d’aborder la Vuelta, logiquement, beaucoup doutaient donc de Yates. Pas lui. Il savait désormais pourquoi il avait perdu en mai et comment il allait gagner en septembre. On a cru qu’il faisait parfois les mêmes erreurs, notamment en prenant la tête de la course assez tôt, mais on avait sûrement mal compris. Le garçon savait ce qu’il faisait. Sur les routes espagnoles, jamais il n’a laissé le moindre espoir que se reproduise le scénario italien. Tout en maîtrise, il a montré qu’on pouvait se relever de tous les échecs en seulement quatre mois. A 25 ans, il n’était pas prêt. Mais à 26, alors qu’il avait fêté son anniversaire trois semaines avant le départ de la Vuelta, il l’était plus que tous les autres. Passé d’outsider à référence en moins d’un an. Simon Yates a acquis un statut qui n’a jamais semblé l’effrayer. D’ailleurs, pour 2019, il ne souhaite qu’une chose : retourner sur le Giro. Pas pour réécrire l’histoire, mais pour en écrire une nouvelle qui fera oublier la première.

Et pour vous, qui est le meilleur coureur de l'année ?

Voir les résultats

Simon Yates
23pts
Alejandro Valverde
17pts
Christopher Froome
5pts
yates portrait

Simon YATES

26 ans, Britannique, Mitchelton-Scott

8 en 2018
Classement UCI : 2

paris nice yates

Paris-NiceDeuxième du général et vainqueur de 1 étape

1Yates a toujours couru Paris-Nice depuis qu'il est passé professionnel, mais n'était encore jamais monté sur le podium

yates giro

Tour d'ItalieVainqueur de 3 étapes

21C'est la place finale de Yates à Rome, après avoir perdu son maillot rose dans les derniers jours de course

Vuelta Espana 2018; Etapa 19 Lleida – Naturlandia 154;4 Km ; Viernes 14/09/2018

Tour d'EspagneVainqueur du général et de 1 étape

4A partir de la quatrième étape de la Vuelta, le Britannique n'est plus sorti des 4 premiers du général

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