L’ensemble de la rédaction de Chronique du Vélo a fait ses pronostics en vue du Tour. Nous avons chacun livré notre top 10, notre maillot vert et notre maillot à pois pour finalement établir notre propre classement. Jusqu’à la veille du départ, nous allons donc revenir sur chacun de ces protagonistes. Premier volet aujourd’hui avec Rigoberto Uran, à la dixième place de notre classement.

Deuxième à Paris il y a onze mois, Rigoberto Uran interroge tellement qu’il n’est arrivé qu’à la dixième place de nos pronostics. Le Colombien reste un mystère, discret pour ne pas dire transparent depuis le début de l’année. Mais comme il avait déjà fait le coup l’an passé, on se méfie un tout petit peu plus, malgré tout.

Sans panache mais philosophe

« Il a mené sa course avec sa propre tactique et ça a payé. Je pense qu’il ne pourra pas contester qu’il a fait la meilleure place possible. » Les mots sont de Romain Bardet, après le contre-la-montre de Marseille, en juillet 2017. Le Français était soulagé parce qu’il venait de sauver, pour une petite seconde seulement, sa place sur le podium du classement général. Mais il ne pouvait pas s’empêcher cette pique, regrettant d’avoir vu le Colombien aussi passif en montagne, ne lui donnant jamais un coup de main pour tenter de faire vaciller le maillot jaune Chris Froome. A l’époque, nous parlions d’Uran en parlant d’un « déserteur », son choix nous paraissait aussi compréhensible que décevant. Difficile de penser autre chose, en vérité. Et ce serait faire preuve de bien peu de lucidité que d’attendre autre chose du garçon, cette année.

Parce que ce n’est pas à 31 ans qu’on va changer Rigoberto Uran. Depuis toujours, le Colombien, grand frère d’une génération dorée toute entière, jure par l’efficacité plus que par la beauté du geste. Pas très bavard – comme beaucoup de ses compatriotes, ceci dit – en temps normal, encore moins en course, l’ancien vice-champion olympique est aussi un homme qui voit au-delà du cyclisme, des résultats. « J’essaie de faire en sorte qu’un résultat ou une course n’influe pas sur mon bonheur et ne m’affecte pas personnellement », disait-il en fin d’année dernière au magazine britannique Cyclist. Uran a vécu deux années très compliquées, avant sa deuxième place sur le Tour, où il a aussi appris à relativiser. « Quand ça arrive, la seule chose que je peux faire est d’attendre et de continuer à travailler », souligne-t-il. La phrase pourrait paraître banale. Compte tenu de sa traversée du désert entre 2015 et 2017, elle ne l’est pas vraiment.

La méthode Uran

Mais surtout, parce que même s’il parle peu, quand il parle, Uran n’a pas l’habitude de faire dans la langue de bois. Quand on lui demande ce qui a changé dans le cyclisme depuis ses débuts, il n’hésite pas : « Le respect s’est perdu », dit-il à Cyclist. Lui, en revanche, conserve des valeurs. Au cœur de l’hiver, quand Cannondale a décidé de ne plus être sponsor de l’équipe, il aurait pu partir immédiatement. Son ancienne équipe, Sky, voulait le faire revenir. Mais il a préféré attendre un peu, et EF Education First est arrivé. Sans lui, il n’y aurait sans doute pas eu de repreneur, et il en est conscient. Grâce à son podium sur le Tour et à sa loyauté, l’histoire continue, donc. Et lui revient sur le Tour avec la même équipe et un potentiel que l’on a du mal à estimer. Refaire le même coup que l’an dernier paraît improbable. Mais ça paraissait déjà improbable l’an dernier.

En fait, avec le temps, il semble écrit que c’est ça, la méthode Uran. L’impossibilité d’être en forme longtemps l’obligerait à l’être seulement sur de courtes périodes. Trois semaines, généralement. Un moyen de vivre des saisons moins stressantes que beaucoup de ses rivaux, il faut le dire. Quand Froome, Bardet, Nibali ou Quintana sont scrutés de janvier à juillet, lui se fait discret, joue à cache-cache. Les autres reprennent, quasi systématiquement, sur le Dauphiné ou au Tour de Suisse. Lui opte pour la Slovénie, loin des projecteurs, des journalistes, des débats sur qui tient la meilleure forme. Là-bas, il ne s’est confronté à personne – si ce n’est Roglic. A croire qu’il se connaît assez bien, qu’il n’a plus besoin de points de repères. Seules les trois semaines du Tour comptent. Beaucoup, avec une telle méthode, se planteraient inlassablement. Uran, lui, ne réussit que comme ça.

Et vous, qui voyez-vous remporter ce Tour de France 2018 ?

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