Même s'il a été très discret cette saison, Rigoberto Uran a pu se rassurer ces dernières semaines, en Slovénie notamment - Photo ASO
Favori TDF #10
2 juillet 2018
Par  Robin Watt 

Uran, roi du cache-cache

L’ensemble de la rédaction de Chronique du Vélo a fait ses pronostics en vue du Tour. Nous avons chacun livré notre top 10, notre maillot vert et notre maillot à pois pour finalement établir notre propre classement. Jusqu’à la veille du départ, nous allons donc revenir sur chacun de ces protagonistes. Premier volet aujourd’hui avec Rigoberto Uran, à la dixième place de notre classement.

Deuxième à Paris il y a onze mois, Rigoberto Uran interroge tellement qu’il n’est arrivé qu’à la dixième place de nos pronostics. Le Colombien reste un mystère, discret pour ne pas dire transparent depuis le début de l’année. Mais comme il avait déjà fait le coup l’an passé, on se méfie un tout petit peu plus, malgré tout.

Sans panache mais philosophe

« Il a mené sa course avec sa propre tactique et ça a payé. Je pense qu’il ne pourra pas contester qu’il a fait la meilleure place possible. » Les mots sont de Romain Bardet, après le contre-la-montre de Marseille, en juillet 2017. Le Français était soulagé parce qu’il venait de sauver, pour une petite seconde seulement, sa place sur le podium du classement général. Mais il ne pouvait pas s’empêcher cette pique, regrettant d’avoir vu le Colombien aussi passif en montagne, ne lui donnant jamais un coup de main pour tenter de faire vaciller le maillot jaune Chris Froome. A l’époque, nous parlions d’Uran en parlant d’un « déserteur », son choix nous paraissait aussi compréhensible que décevant. Difficile de penser autre chose, en vérité. Et ce serait faire preuve de bien peu de lucidité que d’attendre autre chose du garçon, cette année.

Parce que ce n’est pas à 31 ans qu’on va changer Rigoberto Uran. Depuis toujours, le Colombien, grand frère d’une génération dorée toute entière, jure par l’efficacité plus que par la beauté du geste. Pas très bavard – comme beaucoup de ses compatriotes, ceci dit – en temps normal, encore moins en course, l’ancien vice-champion olympique est aussi un homme qui voit au-delà du cyclisme, des résultats. « J’essaie de faire en sorte qu’un résultat ou une course n’influe pas sur mon bonheur et ne m’affecte pas personnellement », disait-il en fin d’année dernière au magazine britannique Cyclist. Uran a vécu deux années très compliquées, avant sa deuxième place sur le Tour, où il a aussi appris à relativiser. « Quand ça arrive, la seule chose que je peux faire est d’attendre et de continuer à travailler », souligne-t-il. La phrase pourrait paraître banale. Compte tenu de sa traversée du désert entre 2015 et 2017, elle ne l’est pas vraiment.

La méthode Uran

Mais surtout, parce que même s’il parle peu, quand il parle, Uran n’a pas l’habitude de faire dans la langue de bois. Quand on lui demande ce qui a changé dans le cyclisme depuis ses débuts, il n’hésite pas : « Le respect s’est perdu », dit-il à Cyclist. Lui, en revanche, conserve des valeurs. Au cœur de l’hiver, quand Cannondale a décidé de ne plus être sponsor de l’équipe, il aurait pu partir immédiatement. Son ancienne équipe, Sky, voulait le faire revenir. Mais il a préféré attendre un peu, et EF Education First est arrivé. Sans lui, il n’y aurait sans doute pas eu de repreneur, et il en est conscient. Grâce à son podium sur le Tour et à sa loyauté, l’histoire continue, donc. Et lui revient sur le Tour avec la même équipe et un potentiel que l’on a du mal à estimer. Refaire le même coup que l’an dernier paraît improbable. Mais ça paraissait déjà improbable l’an dernier.

En fait, avec le temps, il semble écrit que c’est ça, la méthode Uran. L’impossibilité d’être en forme longtemps l’obligerait à l’être seulement sur de courtes périodes. Trois semaines, généralement. Un moyen de vivre des saisons moins stressantes que beaucoup de ses rivaux, il faut le dire. Quand Froome, Bardet, Nibali ou Quintana sont scrutés de janvier à juillet, lui se fait discret, joue à cache-cache. Les autres reprennent, quasi systématiquement, sur le Dauphiné ou au Tour de Suisse. Lui opte pour la Slovénie, loin des projecteurs, des journalistes, des débats sur qui tient la meilleure forme. Là-bas, il ne s’est confronté à personne – si ce n’est Roglic. A croire qu’il se connaît assez bien, qu’il n’a plus besoin de points de repères. Seules les trois semaines du Tour comptent. Beaucoup, avec une telle méthode, se planteraient inlassablement. Uran, lui, ne réussit que comme ça.

Et vous, qui voyez-vous remporter ce Tour de France 2018 ?

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R7814
R7814

« l’ancien champion olympique est aussi un homme qui voit au-delà du cyclisme, des résultats.  »
Uran n’a jamais été champion olympique

Sinon, je ne le vois pas terminer sur le podium, mais il sera quand même en lice pour une belle place au classement général (entre la 5e et la 7e place, plutôt)

DomdeLyon
DomdeLyon

Le roi du cache cache et des… « ratagas » ! Quel coureur calculateur et sans panache ! Je préférerai que son équipier Pierre Rolland en gagne une belle et termine le Tour à la 25 ou 30ème place plutôt que lui finisse sur le podium après avoir « sucé les roues » pendant trois semaines (il a raison : « le respect s’est perdu »)… pas trop classe, pour un « leader » !… Bon, à part ça, j’ai voté Primoz Roglic vainqueur du Tour ! Il faut savoir prendre des risques ! ;)

FGH
FGH

Le type a fait un TDF a un niveau énorme pour lui, et donc n’a pas attaquer comme un demeuré, et on le catalogue directement comme un gars sans panache, sans rien, etc.
Un peu comme Quintana quand ça chante certains…
C’est fou ça.

DomdeLyon
DomdeLyon

Il ne s’agit pas « d’attaquer comme un demeuré » ! Le problème c’est qu’un « leader » déclaré ne peut pas, moralement, courir comme il court ! Si Yoan Offredo (dont j’apprécie énormément la personnalité et le tempérament… lui, il attaque souvent et pourtant ce n’est pas un demeuré), par exemple, avait couru comme ça pour avoir une place sur le podium, je l’aurai pardonné mille fois, mais un gars qui se place dans la peau d’un favori (logique, vu ses qualités !) ne peut décemment pas agir comme il agit…