A entendre certaines voix s’élever, Peter Sagan, dont le printemps a jusqu’ici été une suite de déceptions et d’interrogations, serait bon pour la casse, au moins pour cette année. Raccourci dramatique. La campagne du Slovaque ne démarre pas ce dimanche, parce qu’elle avait débuté à Milan-Sanremo. Mais elle reprend, après avoir été mise en sommeil.

Placardisé sur du vent

C’est le propre des champions que de nous habituer à trop et de subir le retour de bâton à la première place d’honneur. Après Milan-Sanremo, on nous a donc expliqué que Peter Sagan, impressionnant dans le Poggio et quatrième sur la via Roma, était complètement à la rue. Que n’a-t-on pas lu, du coup, après le GP E3 et Gand-Wevelgem, où le Slovaque avait encore été incapable de gagner. La dictature de l’instant a encore de beaux jours devant elle. On a beau être trois fois champion du monde, on se fait vite placardiser. Mais comment en vouloir à ce monde qui ne parle plus que de Van der Poel et Van Aert en ayant oublié Vanmarcke ou Terpstra, par exemples, quand on est de ce monde ? Simplement, Peter Sagan est un cas à part. Un coureur que l’on ne s’est jamais vraiment amusé à mettre de côté, tant il s’était appliqué à gagner régulièrement pour rester en haut de l’affiche.

Sa disette des dernières semaines est presque une première. Mais quiconque veut en tirer des enseignements définitifs avant le Tour des Flandres, ce dimanche, risque une déconvenue dans le Koppenberg, le Vieux Quaremont, le Paterberg ou même ailleurs. On n’ira pas jusqu’à dire qu’une quatrième place est un bon résultat, pour Peter Sagan, sur Milan-Sanremo. C’est même une désillusion, tant la course s’était goupillée, une nouvelle fois, pour qu’il puisse conclure. Mais il était là, malgré tout, et on s’offre le droit de lire dans cet échec la pression d’un Monument qui se refuse à lui davantage que des limites physiques. La suite, en toute honnêteté, n’a d’ailleurs pas confirmé les explications de ses plus fidèles détracteurs. Un problème mécanique au pire moment, sur le GP E3, nous a empêché de voir s’il avait les cannes pour suivre Greg van Avermaet, notamment, puis une échappée au long cours sur Gand-Wevelgem a ruiné ses chances de victoire au sprint.

Né pour gagner

Que faire avec tout ça ? Considérer Peter Sagan comme le grand favori du Tour des Flandres, bien sûr. Les bookmakers, d’ailleurs, ne s’y trompent pas. Le Slovaque a la côte la plus faible et ces gens-là parlent d’argent. Ils sont donc sérieux. Alors que personne n’a volé sur les pavés depuis le début de la campagne, en fait, on peut même penser que le bonhomme va en mettre partout, dimanche après-midi. Lui a joué avec les journalistes, plusieurs fois, assurant qu’il n’était pas au mieux de sa forme. Mais c’est Sagan : impossible de savoir s’il bluffe ou s’il est transparent. En revanche, il y a des choses que l’on sait : pour la première fois de sa carrière, il fera courir son printemps jusqu’à Liège-Bastogne-Liège, où il peut nourrir quelques ambitions, encore plus avec le nouveau parcours. Du coup, il a dû, logiquement, retarder son pic de forme.

Et ça tombe bien, le Tour des Flandres, Paris-Roubaix et Liège-Bastogne-Liège se disputent quasiment à la suite – avec l’Amstel intercalée. Après le raté de Sanremo, c’est donc sur ces quatre dimanches que l’on attend Peter Sagan. Ce n’était pas dimanche dernier sur Gand-Wevelgem, ou le vendredi qui précédait sur le GP E3. Là-bas, le Slovaque a déjà gagné, quatre fois en tout. Lui ne pense qu’aux Monuments, où là-aussi, il a déjà connu la victoire. Ce sera un avantage considérable, sur le Ronde et sur Paris-Roubaix, pour faire face à des Stybar, Van Aert ou Van der Poel plus ou moins jeunes mais tous puceaux dans l’exercice. Secret, peu bavard ces derniers jours, Peter Sagan n’a pas perdu son statut en deux petites semaines confuses. Moustache à la Freddie Mercury, depuis quelques jours, il doit rappeler à tous qu’il est né, non pas pour aimer, mais pour gagner les grandes courses.

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