Depuis 2017, la Chronique du Vélo a pris l’habitude de conclure la saison par une consultation de sa rédaction et de ses lecteurs pour noter les principales équipes du peloton. A force d’accumuler ces notes, utilisées pour synthétiser 12 mois dans la vie d’une formation, il est possible d’analyser l’évolution des rapports de force dans le peloton au cours des quatre dernières années. Histoire d’y voir plus clair avant le lancement d’une nouvelle saison.

Cet article prend comme point de départ notre “bilan des bilans” du mois de décembre. Nous vous avions à ce moment-là proposé un graphique sur l’évolution des notes de chaque équipe depuis quatre ans. La lecture de cet article vous aidera à avoir tous les éléments avant de vous plonger dans celui-ci.

La moyenne des moyennes

Si l’exercice de noter une formation est par nature subjectif, nous nous sommes tenus à la même méthodologie sur ces quatre saisons : une simple moyenne des notes attribuées par chaque membre de la rédaction. Les critères pour déterminer la note était à la discrétion de chacun, mais il faut reconnaître qu’ils ont été plutôt constants. La moyenne générale du peloton oscille entre 12 et 12,5 ; la note du meilleur élève va de 17,3 et 18,2 alors que celle du cancre est comprise entre 6,7 et 7,9.

Précisions techniques évacuées, place à l’analyse. Sans grande surprise, deux équipes sortent nettement du lot quand il s’agit de faire la moyenne des notes reçues entre 2017 et 2020 : Decueninck-Quick Step (17,4) et Ineos (16,4). La formation belge a notamment raflé 5 des 19 monuments mis en jeu sur la période et sa concurrente britannique a fait encore plus fort en remportant la moitié des 12 grands Tours. Pourtant, ces deux équipes ont connu de nombreux bouleversements en quatre ans. Patrick Lefevere a dû laisser filer de nombreux coureurs vedettes (Kittel, Dan Martin, Gaviria et Viviani) et Dave Brailsford a dû négocier l’après Froome en installant une nouvelle génération aux commandes (Bernal, Geoghegan Hart).


Inversement, une seule des 20 équipes ayant été notées sur chacune des 4 dernières saisons a toujours été en-dessous de la moyenne, il s’agit de la future Qhubeka ASSOS (ex-Dimension Data puis NTT) qui affiche un piètre 8/20 sur son bulletin quadriennal. En 2016, la formation sud-africaine avait réalisé une belle saison grâce au trio Cavendish-Cummings-Boasson Hagen. L’exercice suivant, loin d’être ridicule, avait sûrement souffert de la comparaison au moment de noter (8,3), mais le déclin amorcé par ce trio s’est amplifié au fil des années et les recrues ambitieuses ont tourné à l’échec (Meintjes, Valgren), laissant une équipe bénéficiant du statut World Tour avec des résultats comparables à ceux des Conti Pro.

Les changeants et les constants

Ces quatre années ont permis également de voir des équipes en difficulté devenir ou redevenir des grosses cylindrées du peloton à l’image de Jumbo-Visma (de 11,1 à 17,7) ou UAE (de 9,2 à 16,5). La formation néerlandaise a évolué au fur et à mesure que ses deux coureurs les plus prometteurs, Primoz Roglic et Dylan Groenewegen, ont progressé, franchissant un palier supplémentaire avec la signature de Wout van Aert à partir de 2019. Du côté de l’équipe émiratie, bâtie sur l’ancienne Lampre, on a enchaîné les recrutements dispendieux mais moyennement rentables sur le plan sportif (Aru, Martin, Kristoff, Gaviria) avant de passer dans une autre dimension grâce au prodige Tadej Pogacar en 2020.


D’autres équipes ont plutôt régressé au cours de ces 4 années. La chute la plus spectaculaire est à mettre à l’actif de CCC (de 13,9 à 7,7) dont la structure vient de mettre la clé sous la porte. L’équipe polonaise avait pris la relève de la BMC, poids lourd du peloton durant une dizaine d’années, sans effectuer le même investissement. Le bilan comptable est sans équivoque : avec 15 succès en deux ans, CCC n’égale même pas le nombre de victoires de la seule année 2018 (23). Côté français, on peut constater aussi la baisse de régime de l’équipe Total-Direct Energie (10,6 à 6,7). L’écurie de Jean-René Bernaudeau brillait sur le circuit continental avec Coquard au sprint et les doyens Voeckler-Chavanel dans les échappées, dont les départs n’ont jamais été compensés par les arrivées de Bonifazio et Terpstra.


Quatre années suffisent parfois à voir le déclin et la renaissance d’une même équipe, à l’image de Sunweb qui a dû apprendre à composer sans Dumoulin, blessé puis transféré chez Jumbo (10 en 2019 puis 15,8 en 2020). Dans le même temps, deux équipes ayant subi des bouleversements comparables au niveau de la valse des leaders, Bahrain et Trek, ont fait preuve d’une belle constance au niveau de leurs notes, sans pour autant crever l’écran. Le meilleur modèle de stabilité est peut-être à l’actif de la Groupama-FDJ, bâtie sur le double leadership Pinot-Démare depuis 2015. Le grimpeur franc-comtois et le sprinteur picard ont connu des hauts et des bas, mais l’un a le plus souvent compensé la méforme de l’autre pour permettre à la structure de Marc Madiot de recevoir les encouragements de la Chronique du Vélo. En attendant le prochain conseil de classe, dans dix mois.

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