De retour à la compétition après plus de six mois d’absence et un Tour de France à la conclusion dramatique, Thibaut Pinot a pris goût à la montée en gamme du Tour de la Provence, sans forcément s’y illustrer outre-mesure. Attendu et sollicité, l’essentiel résidait peut-être dans sa capacité à digérer le moment venu.

Une longue course de fond

La performance de Nairo Quintana sur les pentes du Mont Ventoux a sûrement donné le tournis à quelques uns, mais nous ne sommes encore qu’au milieu du mois de février. Performer d’entrée de jeu n’est jamais gage de réussite future sur les grands événements, même si la réciproque s’avère moins vraie. Alors qu’il s’était préparé l’an dernier pour faire son grand retour sur le Tour de France, le Franc-Comtois avait impressionné sur les mêmes routes provençales. Ensuite vainqueur au Haut-Var et placé sur Tirreno-Adriatico, Pinot avait engagé une quantité d’énergie qui pourrait avoir entamé sa fraîcheur musculaire, si fragile, durant la dernière ligne droite alpestre de la Grande Boucle. En ayant affirmé dès la fin de l’été passé sa volonté de retrouver le niveau qui fut le sien dans les pentes du Tourmalet et du Prat d’Albis en juillet 2019, Pinot a de fait axé sa saison autour d’un rendez-vous quasiment unique, même si les Jeux Olympiques de Tokyo et les Mondiaux de Martigny constitueront d’autres temps forts.

Si cette attitude aurait pu être plus encombrante il y a quelques années, elle est somme toute logique, et récolte déjà ses premiers effets. Si les observateurs se délectent facilement des petites phrases de pré-saison, l’ombre de Pinot trotte déjà dans l’esprit du vainqueur sortant du Tour, Egan Bernal : « Je ne sais pas s’il sera mon plus grand rival car il y aura une concurrence très relevée mais je pense évidemment qu’il fera partie de mes adversaires. Thibaut est un grand coureur. Il était mon rival le plus sérieux avant sa blessure sur le Tour 2019. Il m’a impressionné. C’était le plus fort. Je le respecte énormément. ». Qu’il soit question de courtoisie ou de sincérité, beaucoup de ses rivaux ont intégré le facteur Pinot dans leur approche du Tour de France 2020, un environnement où le leader de la FDJ voudra réitérer la domination physique qu’il avait imprimé dans les instants clés l’été dernier.

Paris-Nice comme test mental

Septième à plus de deux minutes de Quintana sur le Tour de la Provence, Pinot reconnaissait avoir été battu par plus fort que lui, sans s’affoler outre-mesure. Présent aux avants-postes sans gaspiller de cartouches dans la raide ascension de la Route des Crêtes, le Français a ensuite rallié l’arrivée du Chalet Reynard au train. « Malgré les résultats qui ne sont pas spécialement là, il faut savoir être patient, et ce n’est pas mon point fort… Ca va revenir tout doucement. […] Il ne faut pas que je m’affole et que je reste calme », confiait-il au Dauphiné Libéré, avec le Tour du Haut-Var et surtout Paris-Nice en ligne de mire. Aussi étonnant que cela puisse paraître, Thibaut Pinot n’a jamais mis les pieds sur la Course au Soleil, réputée cruelle à la moindre déconcentration. Un test important pour l’ensemble des prétendants au sacre sur la Grande Boucle et un bon mélange de pression contre-la-montre, dans les plaines venteuses, et en moyenne altitude.

Un concentré d’ingrédients qui peut vite finir en punition pour celui qu’on pensait désespéré après la bordure d’Albi en juillet dernier, mais le protégé de Marc Madiot se borne à l’envie à nous répéter qu’il n’est plus le même, et que les émotions ébouriffantes de la dernière saison ont transformé à tout jamais le comportement de l’homme en premier lieu. Le récit écrit sur les routes du dernier Tour reprendra véritablement au départ de Plaisir, le 8 mars prochain, et s’incarnera tout particulièrement à l’intérieur des frontières nationales, sur le Dauphiné, et bien sûr au départ de la Grande Boucle à Nice. Habitués à la somme de ses mésaventures historiques, on serait bien heureux de voir l’intéressé franchir sain et sauf ces embûches diaboliques pour entamer l’été au meilleur de sa forme. Ne pas trop en faire tout en validant les étapes intermédiaires, voilà la double peine que s’est infligée malgré-lui Thibaut Pinot au lendemain de son abandon au pied du col de l’Iseran, le 26 juillet 2019. Le jeu en vaut la chandelle.

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