Huit petites secondes derrière le vainqueur du jour Tejay van Garderen, dans les rues pavées d’Ortisei, a déboulé un Thibaut Pinot de retour en forme. Le Français est le grand gagnant du jour. Car derrière, Tom Dumoulin était trop fort pour permettre à Quintana ou Nibali de l’attaquer vraiment. Au détriment du spectacle, au profit des outsiders.

Ressuscité

Thibaut Pinot a pratiquement passé toute sa journée au fond du groupe maillot rose. Une attitude qui rappelait forcément ses déclarations à l’issue de la première étape dans les Dolomites, quand il se plaignait de sa méforme, de sa fatigue et même du tracé. Au point que l’on se demande ce qu’il fallait penser du leader de la FDJ. Son positionnement aujourd’hui était dès lors un signe alertant. Pourtant, après 99% d’une étape franchement décevante, il a tenté, il a attaqué et il a gagné du temps. Thibaut Pinot a ressuscité aujourd’hui.

« J’ai bien dormi cette nuit, je me sentais bien , expliquait-il à la fin de l’étape au micro de la chaîne L’Equipe. Je suis un peu court pour la victoire et c’est un peu décevant. Mais si on m’avait dit hier soir que je finirais troisième, j’aurais signé tout de suite ! » Si en plus on lui avait dit qu’il reprendrait une minute sur le podium, il se serait certainement pincé un peu plus fort. Ce soir, le Français a rassuré sur sa forme et clairement fait la bonne opération. Revenu à 1’36 de Tom Dumoulin et à 24 secondes de Nibali pour la troisième place, Pinot est de retour dans le jeu. Alors certes, il n’échoue qu’à huit petites secondes de Van Garderen et du malheureux Mikel Landa, de quoi nourrir des regrets, mais les points positifs sont bien trop importants pour lui tenir rigueur du reste.

Le vaillant lieutenant Reichenbach

Si Pinot a réussi à prendre cet avantage conséquent, donnant un peu de relief à cette journée, c’est aussi grâce à son équipe. Aujourd’hui, il est devenu évident que les vingt premiers jours de course avaient usé les organismes. Les équipiers ont très vite sauté et seule la Movistar, qui avait intelligemment placé deux coureurs (Anacona et Amador) à l’avant, a eu une force d’effectif pour aider son leader. Inefficacement. Car les deux latino-américains, lessivés, n’ont pas pu augmenter le rythme de la course. De même, Quintana n’avait pas les jambes ni la force pour mettre en difficulté Dumoulin, Nibali ou Zakarin. Finalement, un seul équipier a réellement aidé son leader aujourd’hui : Sébastien Reichenbach.

Excellent depuis le début de ce Giro, le Suisse a encore répondu présent pour soutenir Thibaut Pinot dans le dernier col. C’est lui qui est allé chercher Quintana à cinq kilomètres du but, lui qui s’est occupé de ravitailler, de protéger le Franc-Comtois. « Ça fait du bien d’avoir un équipier comme ça, c’est rassurant », lui rendait hommage Thibaut Pinot à l’arrivée. Un remerciement mérité, tellement le Français lui doit sur ce Tour d’Italie. Avec ce garde suisse d’élite, peut-on désormais rêver de voir le protégé de Marc Madiot se parer de rose d’ici dimanche ? On aurait presque pu y croire s’il n’y avait eu devant lui que Quintana et Nibali. Sauf qu’il y a aussi Dumoulin…

Dumoulin reste intouchable

« Le podium c’est mon objectif, Dumoulin est trop fort », avouait Thibaut Pinot, fataliste, à Ortisei. Il est vrai que le Batave est au dessus du lot. Si Pinot se montre aussi péremptoire, c’est qu’il a bien vu Quintana, dégoûté, incapable de faire la différence, pratiquement resté accroché à sa radio toute la journée. Il a vu le Colombien en plein doute. Il a aussi pu observer l’attitude de Vincenzo Nibali, l’homme du panache, plus invisible que jamais aujourd’hui et qui s’est laissé piéger. Quand, à la fin du col, Dumoulin les a marqué à la culotte, les empêchant de partir et laissant Zakarin, Pozzovivo et Pinot prendre de précieuses secondes. Le Néerlandais a accepté le jeu du bluff avec ses deux plus grands rivaux, scotchés à la route, à la manière de Contador et Schleck sur le Tour en 2010.

Dumoulin peut se le permettre tant il semble facile, presque arrogant. Une pointe de déception accompagne quand même sa journée, quand on aurait aimé le voir insister lors de ses deux escarmouches. Car malgré sa facilité, la sensation qu’il soit intouchable, le maillot rose n’a même pas deux minutes d’avance sur le cinquième. Et les deux derniers jours ne sont pas si aisés. Même lui, comme pour se refroidir la tête, a rappelé à l’arrivée : « Souvenez-vous de la Vuelta en 2015, j’étais en rouge la veille de l’arrivée et on se rappelle comment ça s’est terminé. » Il serait bien que lui-même s’en souvienne et tente de creuser l’écart dès demain pour fournir un matelas convenant à sa suffisance.

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