Les sprinteurs français sont en mal de succès dans les arrivées massives. Onze ans déjà qu’un Bleu n’a plus glissé sa roue devant les flèches du peloton. Pourtant, les chiffres montrent qu’il ne faut pas être fataliste.

Ça coince dans le finish

On est le 2 juillet 2006. C’était une autre époque. Celle où Alejandro Valverde jouait le maillot blanc. Celle où les Français se consacraient aux barouds pour exister. À une exception près : la victoire de Jimmy Casper à Strasbourg. Le coureur de la Cofidis a surgi sur la gauche de la route pour surprendre Erik Zabel et Robbie McEwen. L’exploit surprend même le duo de commentateurs qui ne s’imaginait pas voir le Picard à ce niveau-là. Ils n’imaginaient pas encore la portée de ce coup de force, car onze ans plus tard, aucun sprinteur français n’a réussi à en faire autant sur une arrivée groupée.

Il faut dire que ce n’est que tout récemment que la génération Démare-Bouhanni-Coquard a réussi à régulièrement se mêler aux meilleurs. Le premier l’a prouvé sur Paris-Nice ou Milan-Sanremo et le deuxième a déjà remporté des étapes sur la Vuelta et le Giro. Reste que sur le Tour, ça coince. Bouhanni a jonglé avec la malchance (deux abandons en première semaine et un forfait avant le départ), Démare a dû composer avec une équipe dévolue à Thibaut Pinot. Quant à Bryan Coquard, il a échoué à deux reprises à la deuxième place.

En plus de ce trio de purs sprinteurs, quelques coureurs français dotés d’un profil plus polyvalent ont tenté leur chance dans les arrivées massives. Il y a eu des résultats encourageants, mais aucune victoire. Un coureur comme Samuel Dumoulin a souvent accroché des top 10 d’étapes, mais c’est au cours d’une échappée qu’il a obtenu sa seule victoire. Tony Gallopin, avant d’intégrer la Lotto d’André Greipel, a parfois joué les sprints massifs, mais c’est en puncheur qu’il a arraché un bouquet sur le Tour de France.


Un club très fermé

Pas de quoi accabler le sprint français pour autant. Ces dernières années, la domination des Cavendish, Greipel et Kittel sur les arrivées groupées est totale. Sur les 81 sprints massifs recensés depuis 2006, ces trois hommes s’en sont adjugés 51. Depuis 2011, seuls Peter Sagan et Alexander Kristoff ont réussi à prendre une petite part dans ce gâteau. Le Slovaque compte huit étapes sur le Tour, mais il s’est souvent imposé sur des parcours accidentés où les deux Allemands et le Britannique ne s’interposaient pas. D’autres nations, pourtant habituées des victoires aux sprints, se cassent les dents sur le Tour depuis le début de la décennie (Belgique, Italie).


La bonne nouvelle, c’est que l’édition 2017 laisse présager la fin de cette disette. Arnaud Démare possède désormais un train de sprint à la hauteur de ses ambitions. Sa deuxième place à Liège dimanche en était presque frustrante vu l’état de forme du champion de France. C’est un peu plus compliqué pour Nacer Bouhanni, amputé de son poisson-pilote Geoffrey Soupe, mais le Vosgien affiche une forme plutôt rassurante, quelques semaines après une lourde chute sur le Tour du Yorkshire. En l’absence de Bryan Coquard, écarté pour des motifs sportifs contestables, les deux hommes auront à cœur de reprendre le flambeau de Casper.

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