Il est celui que pas grand monde voudrait voir gagner. Parce qu’il cumule les polémiques depuis quelques années, Gianni Moscon est un des personnages les plus sulfureux du peloton actuel. Mais lui se soucie guère de l’opinion publique et prendra le départ de la course en ligne des Mondiaux, dimanche, dans la peau d’un très sérieux outsider.

Au-dessus des tensions

Le garçon n’a jamais vraiment fini de nous surprendre, et pas spécialement dans le bon sens du terme. Il y a une douzaine de jours, à peine revenu d’une suspension de cinq semaines infligée par son équipe, l’Italien s’est étalé dans la Gazzetta dello Sport pour faire part de sa frustration. Sur le Tour de France, pris en flagrant délit de violence envers Elie Gesbert, il jure avoir été sacrifié par la Sky, pour l’image. Le ridicule ne l’effraie pas le moins du monde. Mais dans cet entretien, il disait surtout faire sa route sans se soucier de ce qu’on disait de lui. Pas vraiment le discours d’un repenti, plutôt celui d’un élément perturbateur qui n’a pas l’intention de s’excuser. Moscon répond avant tout sur la route, où ses victoires mettent chaque fois de l’huile sur le feu. Quelques jours seulement après sa sortie médiatique, il remportait ainsi la Coppa Agostini et le Tour de Toscane, puis terminait troisième de la Coppa Sabatini.

Ses détracteurs ont de quoi l’avoir sacrément en travers de la gorge. Parce que ces performances annoncent clairement la couleur : Gianni Moscon sera à prendre très au sérieux, dimanche, sur un circuit qu’il connaît bien puisqu’il vit à Innsbruck depuis plusieurs mois maintenant. Il y a un an, à Bergen, il avait déjà été l’un des acteurs du final, en attaquant avec Julian Alaphilippe. Cette fois, il espère être davantage et la formation italienne semble consciente du phénomène qu’elle a entre les mains. Le sélectionneur Davide Cassani a ainsi fait abstraction des tensions passées au moment de faire sa liste. L’altercation entre Moscon et son compatriote Alessandro De Marchi, il y a quelques mois, a été mise sous le tapis, au même titre que les déclarations piquantes de Vincenzo Nibali à l’égard de son cadet, l’été dernier au moment des championnats d’Italie.

Mettre de la glue

Ces trois-là porteront bien le même maillot, ce week-end, et devront faire avec. Nibali, capitaine de route de la sélection, semble s’en être accommodé. Plus que ça, il pourrait même être tenté de faire de Moscon le leader italien. Ces derniers jours, le Squale a en effet révélé qu’il n’était pas encore dans les meilleures conditions physiques, fatigué par la Vuelta. Et d’ajouter, à propos de son coéquipier : « Il est un pilier de notre équipe et ses résultats montrent qu’il est prêt pour un rôle important, même pour un rôle de leader. » Le Sicilien, 33 ans, est sûrement face à sa dernière chance de revêtir le maillot arc-en-ciel. Alors est-il vraiment prêt à se mettre au service d’un autre, qui plus est avec qui il a des relations loin d’être idéales ? Peut-être Nibali la joue-t-il à l’intox. Mais s’il venait à avoir un souci, ou à réellement travailler pour un autre, Moscon serait clairement la solution de rechange – encore plus depuis le forfait de Fabio Aru.

Son histoire avec les Championnats du Monde, tortueuse depuis ses années chez les jeunes, pourrait être une source de motivation supplémentaire pour le très critiqué Moscon. L’épisode de l’an dernier, où il a cru un instant au titre mondial, n’était que le dernier d’une série démarrée chez les espoirs en 2014 à Ponferrada, où il avait été contraint à l’abandon, et poursuivie à Richmond, où il avait déchaussé au moment de placer son attaque pour finalement se contenter de la quatrième place. Le maillot arc-en-ciel, cette année, ne ferait donc pas oublier toutes ses erreurs du passé, mais l’installerait davantage dans un peloton qui ne le porte pas dans son cœur. « Je vais coller mes mains au guidon avec de la glue, je ne prendrai même pas un bidon », disait-il en rigolant à la Gazzetta. Ce sera déjà un premier pas pour se faire accepter.

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