Dernier Tour de Thomas Voeckler, premier de Lilian Calmejane. L’histoire est trop belle pour que la France y résiste. Taillé dans la même roche, le jeune espoir de 24 ans a poussé le mimétisme jusqu’à remporter sa première étape treize ans jour pour jour après le premier maillot jaune de son aîné, un 8 juillet 2004. La succession est en marche.

Il en a l’étoffe

« Alors, il est où le gamin ? » Sylvain Chavanel était tout sourire au moment de grimper dans le bus Direct Energie après la splendide étape de son équipe aujourd’hui. La transition générationnelle est assurée. Au même instant, Lilian Calmejane cueillait son premier bouquet sur le podium de la Grande Boucle. Les membres de l’équipe vendéenne se congratulaient, fiers de la victoire de leur poulain. « Quand il s’est retrouvé avec Sylvain à cinquante bornes de l’arrivée, ça sentait bon. Il y avait quand même des clients avec lui mais il l’a fait à la pédale et au courage. C’est un sacré exploit ! » s’enthousiasmait Dominique Arnould, directeur sportif de l’équipe.

En baroudeur. Lilian Calmejane a dompté la station des Rousses en baroudeur, en homme de cœur. Dit-on. Mais surtout très talentueux, serait-on tenté de préciser tant la liste des adversaires que l’Albigeois a éliminé est impressionnante. Warren Barguil, Serge Pauwels, Greg Van Avermaet et Robert Gesink, le dernier des survivants. « Je voulais gagner, mais j’ai donné mon maximum et quelqu’un était meilleur aujourd’hui », s’inclinait d’ailleurs le Néerlandais à notre micro la ligne passée. Tombé face à plus fort, battu par Lilian Calmejane. « L’an passé comme néo-pro, il gagne une étape de la Vuelta, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Et cette année, je ne saurais compter ses victoires ! Aujourd’hui, c’est la confirmation d’un talent, ajoutait avec plein d’emphase Dominique Arnould. C’est le nouveau Thomas Voeckler de l’équipe, c’est clair. » La comparaison est lâchée, la phrase que tout le monde espère entendre depuis que le chouchou des Français a annoncé son départ à la retraite est prononcée.

Une succession déjà entamée

L’héritage est lourd à porter, mais Lilian Calmejane a les épaules pour l’assumer. Il suffisait de le voir aujourd’hui, dans le dernier col vers la station des Rousses, grimaçant comme son aîné. « J’ai commencé le vélo avec beaucoup d’admiration pour Voeckler et partager des moments avec lui depuis deux ans a accéléré ma formation. », expliquait-il en conférence de presse. À quelques kilomètres de la ligne, il écrivait déjà sa légende lorsque, pris de crampes, il redoublait de rage pour continuer à appuyer sur les pédales. Encore lucide, il a su changer de braquet pour l’emporter. Avec en prime le maillot à pois, pour qu’on puisse le distinguer dans le cortège des coureurs. « Il est ce que Jean-René aime. Ces baroudeurs qui ne calculent pas, qui n’ont même pas besoin d’oreillettes, qui sont très intelligents en course », abondait Dominique Arnould. « Thomas et Jean-René m’ont dit de profiter, de courir avec adrénaline, dévoilait alors Lilian Calmejane. Je ne veux pas rentrer dans une case. Gagner me plaît plus que d’aller chercher des points World Tour ou jouer les classements généraux. » Du Thomas Voeckler dans le texte.

Alors, pourquoi ne pas rêver de voir ce passage de témoin sous nos yeux cet été ? Calmejane l’a bien en main et il suffisait d’entendre les “Allez Lilian, vas-y !” sortir de la foule agglutinée dans les derniers hectomètres pour comprendre que l’élève pourrait bientôt succéder au maître dans le cœur des fans. « Je sais bien que je ne suis pas le prochain Bernard Hinault », concluait Calmejane en conférence de presse. S’il pouvait prendre le relais de Thomas Voeckler, la France l’aimera bien assez.

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