Vainqueur du Dauphiné l’an dernier, Jakob Fuglsang était très attendu sur les routes du Tour. Star en son pays, le Danois n’avait pourtant eu d’autre choix qu’abandonner au soir de l’étape de Peyragudes, touché au coude et au scaphoïde. L’occasion de réaliser une grande performance venait de s’évaporer. Mais un léger concours de circonstances l’amène à croire à nouveau en ses chances un an plus tard.

Leader aux mains libres

L’été passé, il s’imaginait doublure de luxe, capable de faire jeu égal avec son coéquipier Fabio Aru le plus longtemps possible avant de lui céder ses faveurs. Son début de Tour de France, sans être aussi explosif que son mois de juin, tenait la corde. Cinquième du général à Chambéry, Fuglsang répondait présent, mieux en tout cas que Brajkovic ou Talansky avant lui, eux aussi vainqueurs surprises du Dauphiné. Mais à cette époque, le Sarde était encore le leader absolu de la formation kazakhe, déjà vainqueur d’un grand tour et qui plus est revenu à son meilleur niveau en s’imposant en solitaire à la Planche des Belles Filles. Sauf qu’une troisième semaine en queue de poisson, la faute à un collectif amoindri – en partie suite à l’abandon du Danois – et à certaines lacunes apparentes, sème le désordre et précipite la fin d’une aventure de six ans sous les couleurs bleu ciel. Désemparés, les dirigeants d’Astana n’avaient plus les moyens de s’offrir un leader de rechange et doivent cette année faire avec ce qu’ils ont sous la main.

Si Miguel Angel Lopez s’affirme progressivement comme un futur lauréat sur trois semaines, Fuglsang fait office de vieux briscard avec onze saisons professionnelles dans les jambes. Sur les courses par étapes du World Tour et donc le Tour de France, les chances de bien figurer au général reposent sur son expérience bienvenue. Et le voilà à nouveau propulsé parmi les outsiders potentiels du Tour pour la seconde année consécutive. Celui qui s’était intégré dans une formation à forte dimension italienne sous l’effet d’un Vincenzo Nibali gagnant alors son unique Tour court maintenant quasiment « à domicile ». Une diaspora en remplace une autre, et les huit soldats d’Astana au départ de Vendée seront pour moitié issus du royaume scandinave. À ses côtés, on dénotera l’excellent Michael Valgren, mis en lumière sur l’Amstel et le Het Nieuwsblad, le sprinteur Magnus Cort Nielsen, ou encore le gregario Jesper Hansen. Un environnement somme toute idéal.

Que peut-il vraiment espérer ?

Conforme à ses standards de première moitié de saison, Fuglsang est petit à petit monté en puissance, à travers les ardennaises et le Tour de Romandie. Quatrième à Genève, sa ville natale, puis dauphin in extremis de Richie Porte sur le Tour de Suisse, à la faveur d’un contre-la-montre bien négocié. D’une habitude modeste, qui l’a parfois amené à se déconsidérer, l’oiseau du Nord estime pouvoir encore s’améliorer d’ici les épisodes montagneux du mois de juillet. Avant de partir pour effectuer d’ultimes reconnaissances du tracé, il confie que son résultat en Suisse aurait pu être un poil meilleur avec une perte de temps moindre sur le chrono par équipes. C’est bien l’un des rares exercices sur lequel on le voit perdre un temps conséquent avant les premiers sommets, en première semaine. Contrairement à certains qui auront tout à perdre sur les pavés roubaisiens, Jakob Fuglsang devrait pouvoir y tirer son épingle – il avait terminé deuxième de l’étape des pavés en 2014.

Celui qui a épaulé Cancellara et les frères Schleck chez CSC, puis Nibali chez Astana, sait à quoi s’en tenir. Après ça, il faudra tenir son rang face aux meilleurs de sa classe, dont Froome, Bardet, Quintana et le Sicilien. Sur son récital du Dauphiné, Fuglsang avait remporté deux étapes marquées de son panache, sur les pentes du Mont du Chat et au Plateau de Solaison. Sa faculté à prendre les devants ne date pas d’hier. C’est même quelque chose qui peut lui jouer des tours, à ne plus trop savoir comment manœuvrer entre la quête des victoires d’étapes et le jeu du général. Septième du Tour en 2013, il n’avait pas couru en leader mais en simple chasseur d’étapes, gaspillant de l’énergie dans les Pyrénées et battu par Dan Martin. Idem sur les courses d’une semaine, qui lui permettent de mieux compenser ces débauches d’énergies. À 33 ans, le médaillé d’argent aux Jeux Olympiques de Rio aborde son huitième Tour de France dans les meilleures dispositions de sa carrière, presque aussi fort mais moins exposé que l’an dernier. L’opportunité de bien y figurer apparaît trop grande pour ne pas la saisir.

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