Dimanche, Jakob Fuglsang a remporté sur le fil le Critérium du Dauphiné. A 32 ans, le Danois n’est pas un habitué des premières places ; le natif de Genève n’avait d’ailleurs pas remporté une course en individuel depuis 2012. Pour autant, le voir à ce niveau n’est pas une surprise. Illustre coéquipier chez Astana aux côtés des Nibali, Aru ou Scarponi, Fuglsang sait également saisir sa chance, en atteste sa médaille d’argent aux Jeux Olympiques de Rio l’an dernier.

“J’ai manqué d’égoïsme”

Cette médaille est d’ailleurs la plus grande fierté du Danois. Il l’expliquait à Danmarks Radio il y a quelques mois. “Elle m’a fait énormément de bien, elle m’a remotivé et m’a poussé à croire en moi-même, à avoir la conviction que je peux gagner quelque chose. J’avais probablement perdu cet espoir.” Cinq années sans victoire c’est long, même pour un homme à qui on reproche souvent de ne pas être assez égoïste. Fuglsang aime le vélo, mais pas le monde qui l’entoure. “Si vous m’aviez dit il y a neuf ans que j’en serais là aujourd’hui, je ne l’aurais jamais cru. Parfois, je me dis que je ne pourrai pas rester dans le vélo une fois à la retraite. C’est un monde égoïste. Et j’ai manqué d’égoïsme dans ma carrière.” Symbole de cette philosophie, le garçon assure préférer l’entraînement aux courses.

La vraie passion de Fuglsang, c’est l’architecture. Le Danois a même fait ses propres plans pour une maison au Luxembourg, près de chez ses grands amis les frères Schleck, avec lesquels il a couru pendant près de cinq ans. C’est d’ailleurs en 2010, lors d’une séance de dédicaces d’un livre sur les célébrités du Luxembourg, que Fuglsang, invité par Andy Schleck, a rencontré celle qui sera sa future femme. Loulou, animatrice et mannequin de neuf ans de moins que lui. Les deux tourtereaux se sont mariés en octobre 2015 et le couple attend désormais un enfant, auquel Jakob a dédié sa victoire sur la septième étape du Dauphiné. Cette relation a changé beaucoup de choses dans la vie du cycliste : “J’étais beaucoup plus timide il y a quelques années. Il y a beaucoup de gens qui pensent que je suis quelqu’un de mystérieux. Ce n’est pas le cas, mais la presse n’a pas besoin de tout savoir sur moi.” Le couple vit désormais à Monaco, comme de nombreuses familles cyclistes.

Le succès, mais pas à n’importe quel prix

Ainsi, la vie de Fuglsang ne tourne pas uniquement autour du vélo. “En fin de compte, faire du vélo est juste mon métier, pas ma vie, expliquait-il, toujours à Danmarks Radio. Le vélo, c’est une forme de spectacle. Parfois, on peut se dire : je travaille pour faire quoi ? Personne n’en a besoin, ça ne créé rien. Vous faites du divertissement, de la publicité pour une entreprise, mais vous ne faites rien de concret.” Et c’est peut-être justement cette vision de la vie, cette manière de voir son sport, qui l’éloigne du meilleur niveau : “Je pourrais certainement être plus ambitieux. Mon manager croit que je pourrais gagner beaucoup plus si je croyais davantage en moi. Je pense aussi que je n’ai pas exploité tout mon potentiel. Alors j’essaie encore de trouver de nouvelles façons de m’améliorer.”

Mais cette ambition ne le dévore pas nuits et jours. Fuglsang peut vivre sans victoire. “Ce n’est pas que je ne rêve pas de gagner, mais je ne veux pas gagner à tout prix et entrer dans les livres d’histoire.” Alors il en convient : “Si je ne suis pas satisfait de mes résultats, c’est peut-être parce que je n’ai pas assez faim.” La reconnaissance l’effraie presque. Si sa septième place sur le Tour de France 2013 a peu attiré l’attention dans son pays – qui a déjà donné naissance à un vainqueur du Tour avec Bjarne Riis en 1996 – sa médaille d’argent aux Jeux de Rio a braqué les projecteurs sur sa personne. “Une médaille d’argent aux Jeux Olympiques, tout le monde sait ce que ça représente. C’est reconnu dans le monde entier. J’ai été surpris de la façon dont ça a été accueilli au Danemark, c’était… fou.” Fuglsang ne recherche pas la lumière à tout prix. Sur les réseaux sociaux, le Danois est ainsi très discret, sauf sur Instagram, où il publie entre ses entraînements des photos de ses instants de bonheur : un café en terrasse, un week-end à la plage ou même une mouette posée sur son balcon à Monaco. Loin de l’image froide du viking scandinave, le Danois promène un sourire qui fait de lui quelqu’un de très apprécié dans le peloton.

En binôme avec Aru

Et si cette victoire sur le Dauphiné ouvrait la porte à de nouvelles ambitions ? La question mérite forcément d’être posée. Hier, Fuglsang a déclaré qu’il partagerait le leadership d’Astana sur le Tour avec Fabio Aru, avec qui il espère “faire un couple sympa”. Il y arrivera probablement très heureux, puisque sa femme devrait donner naissance à son premier enfant quelques jours avant le grand départ de Düsseldorf. Alors oui, Fuglsang est aujourd’hui optimiste, et porté vers l’avenir. “Je veux disputer le général des grands courses et prouver sur le Tour que je peux être à l’avant. J’espère faire aussi bien que ma septième place en 2013. Sinon, il n’y a aucune raison de poursuivre dans cette voie. Si je réponds présent, je pourrais continuer d’être le leader d’Astana ou d’une autre équipe, explique-t-il. Sinon, j’accepterais facilement de devenir un équipier, ce rôle me va aussi. J’aime être l’équipier d’un leader qui gagne.” Comme une certaine idée de la culture danoise, où l’épanouissement personnel passe devant le succès.

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