A l'heure d'entamer sa cinquième saison chez AG2R La Mondiale, Alexis Vuillermoz est maintenant un élément central du collectif qui entoure Romain Bardet - Photo Vincent Curutchet
Interview
17 janvier 2018

Vuillermoz : « L’équipe commence à bien me cerner »

Réunis début décembre pour leur premier stage exclusivement consacré à la reprise sur le vélo, les coureurs d’AG2R La Mondiale abordent 2018 avec de grosses ambitions autour de leur leader, Romain Bardet. Clin d’œil du parcours du Tour dévoilé en octobre, le peloton retrouvera le Mur de Bretagne, là où, en 2015, un certain Alexis Vuillermoz avait déposé Chris Froome pour décrocher ce qui reste pour l’instant la plus belle victoire de sa carrière. Pour la Chronique du Vélo, le Jurassien, qui reprendra la compétition fin janvier sur le Tour de la Communauté de Valence, apparaît serein à l’aube d’une saison dont il attend beaucoup.

Vous avez fini la saison dernière très en forme avec une belle quatrième place en Lombardie, comment on gère cette reprise pour ne pas perdre la forme que vous affichiez il y a trois mois ?

Il est important de tirer les enseignements d’une saison à l’autre. Maintenant, je sais qu’il ne faut pas courir après une forme optimale pendant 365 jours. Je pense avoir fait une bonne saison à partir de juin jusqu’en octobre, malgré mon accident (fracture de la première vertèbre lombaire, ndlr) qui m’a coûté mon mois de février. Cet hiver, j’ai pris le temps de bien souffler. Il y a eu certains hivers où je prenais moins le temps. Avant, je voulais à tout prix revenir à 100 % et être au niveau tout de suite. Du coup, la conséquence c’est que j’avais une coupure trop chargée. Cette année, j’ai vraiment laissé le temps à mon corps de se régénérer. Je me suis remis en route progressivement en parsemant mes entraînements. L’expérience fait qu’on prend conscience et confiance dans cette stratégie.

Cet accident a finalement été un mal pour un bien ?

C’est clair que ce moment m’a permis de conserver de la fraîcheur pour la fin de saison. Habituellement, après le Tour de France, j’éprouve parfois une certaine lassitude à cause de la fatigue. Cette année, au contraire, j’avais les ressources nécessaires pour continuer à m’impliquer au maximum à l’entraînement et performer jusqu’à la fin de saison.

Quatrième au Québec, quatrième également en Lombardie, est-ce que ces résultats vous incitent à penser que vous faites maintenant partie des cadors sur ce genre de courses ?

Je manque encore en régularité, à mon sens. Au GP de Québec, à 100 mètres de la ligne, j’ai vraiment cru en mes chances de l’emporter, contrairement à la Lombardie où j’étais un peu plus loin. Ces résultats prouvent que je passe de mieux en mieux les courses longues. Après, je ne m’estime pas encore au niveau d’un grand leader. Je sais juste que j’ai les capacités physiques de jouer avec eux quand je suis en forme.

« Depuis gamin, j’ai toujours aimé la montagne. Avoir progressé dans ce domaine, c’est une vraie satisfaction. Les années passant, je suis peut-être un peu plus endurant et un peu moins explosif que par le passé. »

Alexis Vuillermoz

C’est difficile pour vous d’exister dans un collectif qui est quand même construit autour de Romain Bardet ?

Non, j’arrive à avoir un programme bien équilibré. L’équipe commence à bien me cerner. J’ai pas mal d’opportunités tout au long de la saison, que ce soit en Coupe de France ou sur les courses d’un jour. J’aime également être aux côtés de Romain sur le Tour de France où je sais que je n’ai pas les capacités de jouer le podium. C’est un vrai plaisir d’être dans ce groupe qui peut dynamiter la course. J’ai le sentiment de pouvoir influencer la course quand on est dans le money-time avec les grands leaders. C’est accomplissant, d’un point de vue personnel. Même si on va dire que je suis qu’un équipier, je m’épanouis très bien dans ce rôle. Qu’il s’agisse de dynamiter la course ou de l’accompagner le plus loin possible en montagne. Toute façon, je n’ai pas les capacités d’être un leader toute l’année. Il faut être conscient que Romain peut jouer la gagne sur le Tour de France, c’est quelque chose de palpitant !

Le premier grand objectif de votre saison va être d’arriver au top sur les classiques ardennaises…

Le côté négatif de ma blessure, c’est que je suis arrivé un peu court physiquement sur le mois d’avril. En gros, j’ai mis deux mois à retrouver mon niveau. Sur des courses aussi exigeantes, c’est trop compliqué d’aller chercher un résultat. C’est certain que mon début de saison va être axé sur ces classiques ardennaises que j’affectionne.

Une treizième place sur le Tour cette année, c’est de loin votre meilleur résultat au général. Dans un rôle d’équipier, en plus, et en progressant tout au long de la course. Vous avez passé un cap en montagne, on dirait ?

C’est le sentiment que j’ai, oui. C’est un domaine que j’affectionne même si on a tendance à me catégoriser seulement comme un grimpeur-puncheur. Depuis gamin, j’ai toujours aimé la montagne. Avoir progressé dans ce domaine, c’est une vraie satisfaction. Les années passant, je suis peut-être un peu plus endurant et un peu moins explosif que par le passé. J’ai gagné en résistance et c’est cette progression linéaire qui me fait atteindre ce niveau.

A 29 ans, pensez-vous atteindre votre pleine maturité physique ou il y a toujours des marges de progression ?

J’espère avoir encore des marges de progression ! Je suis venu assez tard à la route, à 25 ans. Ça ne fait que cinq ans. Je n’ai pas toutes les bases foncières que d’autres coureurs ont pu avoir chez les amateurs ou depuis leurs débuts chez les pros. Le volume des saisons qui s’accumulent joue sur mon organisme et me permet de progresser. J’espère vraiment avoir une maturité un peu plus tardive.

Lors du stage en Espagne, début décembre, Alexis Vuillermoz a déjà pu porter le nouveau maillot d’AG2R – Photo Vincent Curutchet

Sur quelle base partez-vous pour cette saison 2018 en terme de programme ?

Le détail est encore en discussion. Pour les grandes courses, à priori, ce serait l’enchaînement Paris-Nice, Tour du Pays-Basque et les classiques ardennaises. Ensuite, un peu de repos et des stages en altitude pour préparer le Tour de France, en passant par le Dauphiné.

En bon jurassien que vous êtes, vous suivez aussi assidûment la saison de biathlon…

On a une chance d’avoir une réalisation et une diffusion des courses qui sont vraiment de qualité. On a des athlètes français qui sont soit numéro 1 mondial ou jurassiens comme Quentin Fillon-Maillet et qui jouent avec les meilleurs mondiaux régulièrement. J’avais pu échanger un petit peu avec lui sur le Tour de France 2016. J’aimerais vraiment pouvoir les côtoyer plus et en apprendre davantage. Forcément, ça rend ce sport encore plus intéressant.

Le ski de fond fait-il partie de votre préparation ?

Je suis du Jura donc, forcément, les sports nordiques sont les sports numéros 1. Je pratique le ski de fond régulièrement pour m’entraîner. La veille de partir en stage, d’ailleurs, j’ai été skier. Le fond fait forcément partie de ma préparation hivernale. C’est un sport complet qui fait travailler le gainage, la coordination, le cardiovasculaire… C’est parfait pour nous, en hiver !

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