Avec ce Grand Départ de Bruxelles, le Tour de France rend hommage à Eddy Merxkx, qui avait décroché le premier de ses cinq sacres il y a 50 ans. L’occasion de revenir sur quelques belles histoires belges du Tour de France intervenues ces cinquante dernières années.

1981 : Maertens-Planckaert, la polémique

Partis de Roubaix pour filer en Belgique dans le cadre de cette 13e étape, le Tour de France est alors déjà bien entamé. Bernard Hinault en est alors le leader, devant Phil Anderson. Il lui convient de gérer l’écart avec son poursuivant dans cette course intermédiaire entre les Pyrénées et les Alpes. Aux autres coureurs d’en profiter, notamment les routiers-sprinteurs qui doivent faire le plein de bouquets. De Roubaix à Bruxelles, c’est Freddy Maertens qui lève les bras, au sprint, lors de la première demi-étape de la journée. Le voici qui décroche sa troisième victoire sur ce Tour, après les succès acquis à Nice et à Narbonne Plage.

Mais l’après-midi, sa razzia est momentanément interrompue entre Bruxelles et Zolder, sur une demi-étape encore aujourd’hui sujette à la controverse. Freddy Maertens affirme en effet avoir vendu la course à Eddy Planckaert. Fâché contre ses coéquipiers, le leader de l’équipe Boule d’Or aurait ainsi sciemment négocié sa défaite. Le lendemain entre Berigen et Hasselt, au terme d’une course sans intérêt significatif, Freddy remet les pendules à l’heure en s’imposant à nouveau au sprint. Des points précieux dans sa quête pour le maillot vert, brillamment remporté pour la troisième fois à Paris, et parachevé par un succès de prestige sur les Champs-Élysées en guise de bouquet final.

1992 : Jaja, la première

Le Tour de France et Laurent Jalabert, c’est l’histoire d’une relation en dents de scie, entre grandes joies et profondes désillusions. Puisqu’il faut toujours une première, c’est sur les terres belges, au terme d’une étape aux airs de Tour des Flandres entre Roubaix et Bruxelles, que le Mazamétain décroche sa première étape sur la Grande Boucle. Focalisé sur son objectif de maillot vert, celui qui est à l’époque l’un des routiers-sprinteurs les plus prometteurs du peloton se révélera pour le coup très opportuniste.

Profitant d’un coup parti lors d’un sprint intermédiaire, le voici qui prend la roue de Brian Holm, mais surtout de Claudio Chiappucci et Greg Lemond, bien décidés à reprendre du temps à Miguel Indurain pour le général. Derrière ces deux meneurs d’allure, Jalabert est le mieux placé pour conclure en beauté ces grandes manœuvres, se focalisant sur le seul autre homme rapide du groupe, Brian Holm. Un premier bouquet sur la Grande Boucle qui en appellera d’autres, mais aussi une vraie relance dans la lutte au maillot vert avec Johann Museeuw. Un Français vainqueur, un Français en jaune avec Pascal Lino : en cette année européenne, le bleu-blanc-rouge est en vogue en Belgique.

1995 : Indurain le fuyard

Au cours de son règne sans partage de cinq ans, qui aurait imaginé Miguel Indurain le métronome faire voler une course en éclat ? Lui, le fin stratège, construisant ses sacres dans les chronos et gérant avec brio en montagne, surprend tout le monde sur les routes vallonnées de Belgique. Il faut dire que sur cette septième étape aux allures de classique ardennaise, entre Charleroi et Liège, la course est intense. Laurent Jalabert est virtuel maillot jaune suite à une bonification grappillée à Theux, et un coup mené par Bruno Thibout, Eric Boyer, Lance Armstrong et Johann Bruyneel se lance.

Indurain embraye alors que Jalabert, à contre-temps, rend les armes par la suite. La course avançant, seul Bruyneel, coéquipier du Français, suit l’avion espagnol. Sans lui offrir le moindre soutien, course d’équipe oblige. Le Belge s’impose à Liège et revêt le maillot jaune. Indurain, lui, se replace en deuxième position du général, avec ses principaux rivaux maintenant derrière lui. Moins impérial dans le contre-la-montre du lendemain entre Huy et Seraing, le leader de la Banesto prend tout de même le bouquet et les commandes de la course. Il ne le lâchera plus son maillot jaune. Teinté cette année d’une petite touche de panache très appréciable dans un règne assez monocorde.

2007 : Geert et Tom, haut les bras

Être le poisson-pilote d’un grand pilote implique un sens du sacrifice aigu, un don de soi sans faille et un un réel opportunisme pour saisir les occasions de lever les bras quand elles se présentent. Prenons le cas de Geert Steegmans, brillant lanceur de Tom Boonen du temps où l’ancien champion du monde était l’un des cadors mondiaux du sprint. Rapide, le grand coureur d’Hasselt aura tout de même pris le temps, en douze ans de carrière, de remplir sa besace, avec l’un de ses plus beaux succès décroché dans les rues de Gand, au terme d’un sprint atypique, lors du Tour 2007.

Emmenant un peloton réduit suite à une chute dans les derniers kilomètres de cette deuxième étape, le train de Quick-Step est en ordre de marche pour placer la fusée Boonen sur orbite. Mais dans ce final en faux plat montant, Steegmans, dernier lanceur, se révèle trop fort : personne ne peut le remonter. Incrédule, le bonhomme lève les bras dans un bonheur partagé avec son leader. Une première de prestige sur le Tour, appelant un succès encore plus notable l’année suivante sur le pavé parisien.

2010 : Cancellara, patron polémique

Maillot jaune au départ de cette deuxième étape entre Bruxelles et Spa, Fabian Cancellara va devenir suite à des circonstances de courses improbables l’acteur principal d’une course quelque peu tronquée. La faute à des traces d’huile dans la descente de Stockeu. De nombreux coureurs goûtent du bitume, dont Armstrong, Evans et Petacchi, mais surtout les frères Schleck, leaders de la Saxo Bank et coéquipiers du maillot jaune.

Fâché de ces événements, le Suisse intime à l’ensemble du peloton de se relever et d’attendre les retardataires. Il prend carrément l’initiative d’aller voir le directeur de course pour l’informer qu’il n’y aurait pas de course pour la deuxième place. Polémique immédiate. Nombre de coureurs ne partagent pas cet avis, mais il est trop tard. Sylvain Chavanel sera le seul grand bénéficiaire de cette étape. Échappé du jour, le Français termine avec quatre minutes d’avance sur le peloton. Victoire et maillot jaune, il peut exulter. Le Poitevin exhibera fièrement sa tenue lors de l’étape des pavés.

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