La nouvelle est venue doucher l’enthousiasme du peloton. A la veille du week-end d’ouverture, Alexandre Vinokourov a confié que l’équipe Astana était dans une « situation critique » et pourrait mettre la clé sous la porte prochainement. Quelques heures plus tard, Michael Valgren a remporté le Het Nieuwsblad. Sans doute pas assez pour résoudre le problème, mais une manière de garder le sourire encore un peu.

Les confidences surprises

Publiée tard dans la soirée de vendredi, sur le site Vesti, l’interview d’Alexandre Vinokourov aurait presque pu passer inaperçue. Mais en plus de revenir sur le début de saison prolifique de ses coureurs, le manager kazakh s’est épanché sur la situation financière de son équipe. Des confidences inattendues, que tout le monde, chez Astana, avait su ne pas révéler depuis le début de saison. Car cela fait en fait plusieurs mois que l’armada bleue ciel attend les fonds censés venir du gouvernement kazakh, en vain. « Nous allons sur les courses avec nos économies, les gars n’ont pas reçu leurs salaires, explique Vino. La situation est critique. Il y a trente coureurs sous contrat, nous avons des obligations envers eux. C’est plus de cinquante personnes si on ajoute le staff qui comprend entraîneurs, masseurs, médecins, mécanos, etc. »

Les stages de pré-saison, les vols en avion, les hôtels sur toutes les courses depuis le Tour Down Under : tout ça est payé avec l’épargne dont disposait Astana. Sans parler, donc, des salaires. « Toutes ces dépenses sont vitales, un nouveau retard de financement entraînera simplement l’arrêt de l’équipe juste avant les courses les plus importantes de la saison, a brutalement souligné Vinokourov. Tout cela mènera inéluctablement à la fin d’un projet entamé il y a treize ans. » Difficile de savoir à quand est fixée la deadline. En attendant, les coureurs, eux, continuent de faire leur travail, et plutôt bien. Sur un Het Nieuwsblad qu’on ne leur promettait pas vraiment, Gatto, Lutsenko et Valgren ont su prendre le bon wagon et sortir du Mur de Grammont dans un groupe d’une douzaine d’hommes qui comptait tous les leaders.

L’optimisme de Valgren

Dans le final, en profitant de leur supériorité numérique, les hommes de Vinokourov ont même réussi à piéger Van Avermaet, Naesen, Vanmarcke, Stybar et les autres. Après une tentative infructueuse d’Alexey Lutsenko, Michael Valgren est parvenu à s’extirper du petit groupe et à conserver quelques secondes d’avance jusqu’à la ligne. Une victoire inattendue pour celui qui avait déjà fait un coup presque similaire il y a deux ans, sur l’Amstel. Mais une victoire qui vient réchauffer les cœurs, surtout, moins de vingt-quatre heures après l’annonce du grand patron. Le Danois, forcément interrogé à ce sujet, refusait d’ailleurs de s’étendre. « Nous avons reçu un e-mail hier, mais je ne sais pas grand chose, assurait-il au micro de Sporza. Je veux me concentrer sur les courses, je ne m’inquiète pas. J’ai déjà reçu mon salaire et c’est le plus important. » On aimerait que Vinokourov soit aussi optimiste que lui. Peut-être le deviendra-t-il, ce soir, en fêtant ce succès.

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