Pendant trop longtemps, sans doute, André Greipel a porté sur ses épaules carrées l’équipe Lotto-Soudal. Alors c’est comme si on lui refusait le droit de décliner. A 35 ans, l’Allemand a fait son temps, mais la formation belge n’a personne pour lui succéder : du coup, elle se raccroche à la moindre branche qui passe.

Sans relève

Certaines années, on aurait été tenté de dire que la razzia commençait déjà. Il n’y a pas si longtemps, André Greipel était une machine à gagner, lâchée dans l’arène dès le mois de janvier et qui étanchait sa soif de victoires le plus longtemps possible, souvent jusqu’à ce que l’automne pointe le bout de son nez. Mais pas cette fois. Oui, celui qu’on a pris l’habitude de surnommer le Gorille a remporté en costaud le premier sprint de l’année, sur la première étape du Tour Down Under. Mais il faudrait mettre toute lucidité de côté pour avancer que le garçon se lance dans une nouvelle saison prolifique. A vrai dire, il nous avait déjà fait ce coup-là l’an dernier, vainqueur dès le Challenge de Majorque. La suite avait été non pas un calvaire, mais un exercice teinté de frustration, le premier depuis des lustres. Depuis 2011, l’année où il a débuté dans la bande à Marc Sergeant, il n’avait quasiment jamais baissé le pied.

Une telle régularité était déjà difficile à imaginer lorsque, quelques mois plus tôt, il œuvrait encore dans l’ombre de Mark Cavendish chez HTC-Columbia. Mais il a su prendre ses responsabilités et devenir un leader aussi incontestable qu’incontesté. « Il a sauvé l’équipe tant de fois », soulignait Adam Hansen cette semaine, en Australie, après la victoire de son pote. Il a mille fois raison, et c’est pour ça qu’il faudrait laisser à André Greipel le droit d’être moins fort que durant ses meilleures années. Le poids des ans est implacables. Mais Lotto-Soudal, sur une douce pente descendante depuis quelques temps déjà, n’a pas vraiment d’autre leader à qui s’accrocher. Dominateur ou pas, le triple champion d’Allemagne a donc un rôle à assumer. « Normalement, il décroche de nombreuses victoires tout au long de l’année », ajoute Hansen. C’était vrai, mais ça ne l’a pas été l’an passé, et il est peu probable que ça le redevienne.

Une bande d’anciens

En 2017, Greipel n’a gagné que deux fois en World Tour. Evidemment, il restera ce bouquet sur le Giro, qui lui a au passage offert un maillot rose qui l’a fui pendant longtemps. Mais après douze grands tours consécutifs, depuis 2008, où il avait toujours remporté au moins une étape, l’Allemand a aussi vu sa série prendre fin sur le Tour de France. Alors il n’est pas fini, ses ressources sont énormes et il ne nous a pas attendu pour le montrer. « André veut faire encore quatre, cinq ou six ans, confie d’ailleurs Hansen, 36 ans. Je ne serais pas contre non plus, je suis sûr que Sieberg (35 ans, ndlr) suivrait et Lars (Bak, 38 ans, ndlr), je ne pense pas qu’il veuille partir un jour. » L’esprit d’équipe est fantastique. Mais dans ce quatuor, Greipel est en fait le plus jeune. Pour le bien de Lotto, il serait peut-être temps de penser à leur succession.

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