Il n’a pas eu les honneurs du dossard n°11, le premier de l’équipe Sky, réservé à David De la Cruz, plus ou moins local de l’épreuve. Mais sur le Tour de Burgos, Tao Geoghegan Hart est bien un coureur protégé de l’équipe britannique. Actuellement sixième du général, il fait ses gammes loin des grandes courses. Pour le moment.

Comparé à Wiggins, déjà

Dave Brailsford est un patron qui anticipe, il n’a cessé de le répéter durant le Tour de France, lorsqu’on lui parlait de l’âge avancé de ses leaders actuels, Chris Froome et Geraint Thomas. « En tant que manager, ma responsabilité est de regarder deux ou trois saisons devant nous, dit-il. J’ai déjà l’équipe que je veux dans trois ans. » Quand il parle d’Egan Bernal, le phénomène colombien qui a époustouflé ces dernières semaines un public qui ne le connaissait pas, le manager britannique parle même du « prochain Chris Froome », celui qui serait le « prochain grand leader sur les grands tours ». Avec ce qu’on a vu sur les routes de juillet, il est logique que le grimpeur sud-américain figure en tête de liste pour prendre la succession de leaders qui vont rapidement arriver en fin de cycle. Mais loin des projecteurs du Tour de France, Sky couve d’autres pépites. Dont une qui fait son chemin tranquillement : Tao Geoghegan Hart.

Né dans le centre de Londres, passé par la piste avant de se consacrer à la route et de rejoindre l’équipe Bissell Development (future Axeon Hagens Berman), il a toujours été dans le viseur de Sky. En 2015, déjà, il décrochait un premier contrat de stagiaire avant de retourner courir chez les jeunes une année. C’était sa volonté. Il n’avait encore jamais gagné de course et prenait ça comme un indispensable avant de passer pro. En 2016, il lève donc les bras deux fois et revient chez Sky pour la saison suivante. Forcément, les Anglais s’amusent à le comparer avec Bradley Wiggins. Comme « Wiggo », Geoghegan Hart est grand (1m83) et porte une belle crinière rousse – plus prononcée que son aîné, d’ailleurs, et agrémentée de tâches de rousseur. Comme « Wiggo », il est un « Brit » dans l’âme, londonien qui plus est, formé à l’école de la piste et qui sait lâcher quelques punchlines en interviews. Tout ce qu’il faut pour être adoré.

L’avantage d’être anglais

Quand le magazine Cyclist l’interroge sur l’affaire du colis de Bradley Wiggins ou les AUT, le garçon répond cash : « Ça, c’est votre truc à vous les gars. Mon truc à moi, c’est d’être sur mon vélo et de rouler pendant quatre, cinq, six heures. » Il préfère se concentrer sur ce qu’il maîtrise, son entraînement, son hygiène de vie. Il est presque maniaque, parle des voyages en avion comme d’un « cauchemar » où les risques de tomber malade le rendent fou. Il acquiesce quand on lui parle de sa maturité et met en avant la séparation de ses parents alors qu’il était encore très jeune comme cause probable. A la maison, c’est d’ailleurs lui qui cuisine pour sa copine et il lui laisse des recettes lorsqu’il doit s’absenter. On croirait à peine qu’il n’a encore que 23 ans. L’environnement de Sky l’a peut-être aidé, mais il semblait déjà prédisposé à ce monde professionnel.

Dans quelques semaines, il devrait courir sa première course de trois semaines, la Vuelta, dans un rôle qu’on ne connaît pas encore. Coureur protégé ou simple équipier ? Sur le Dauphiné en tout cas, il y a deux mois, il a rayonné. Tout en travaillant pour Geraint Thomas, qu’il a parfaitement déposé à quelques hectomètres de la ligne lors des étapes de montagne, il a terminé treizième du général. Son aisance dans les cols a interloqué. Le nom de Tao Geoghegan Hart résonnait depuis quelques mois, déjà, parce que ceux qui le connaissaient parlaient beaucoup de son potentiel. Mais on ne l’avait encore jamais vu s’exprimer de cette façon. Dave Brailsford, en cachette, doit se frotter les mains. Il ne s’est pas loupé et tient là un garçon qui présente un avantage par rapport à Bernal : il est Anglais. Pour la Sky, qui a désormais gagné le Tour avec trois coureurs britanniques, pouvoir poursuivre le règne national comptera peut-être, au moment de choisir.

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