Wiggins, Froome et Cavendish ont mené le cyclisme britannique en haut de l’affiche. L’équipe Sky a même mis fin, avec la victoire de « Wiggo » en 2012, à une disette historique sur le Tour de France. Mais déjà, une nouvelle génération pousse derrière ces quelques avant-gardistes qui ont remis le Royaume sur le devant de la scène. Tao Geoghegan Hart, 21 ans seulement, en est l’un des chefs de file.

Le vélo plutôt que le foot

Né le 30 mars 1995 à Londres, Tao a grandi dans le Borough londonien de Hackney, situé au nord de la Tamise. Dans une ville qui vit pour le football, l’Emirates Stadium, le stade d’Arsenal, ne se situe qu’à quelques minutes de sa maison d’enfance. Pourtant, ce n’est pas avec un ballon et sur les pelouses qu’il brillera. Parce que très tôt, il a attrapé le virus du vélo. A trois ans, c’est sa grand-mère qui est la première à lui faire poser ses fesses sur une selle. Belle idée, peut-on assurer aujourd’hui. C’est alors avec un vélo rouge, sur lequel ses cousins apprendront eux aussi les joies de la bicyclette, que Geoghegan Hart commence à développer sa passion pour le cyclisme, et accessoirement les qualités qu’on lui connait désormais.

Pourtant, c’est seulement à 14 ans qu’il effectue ses premières courses dans son Londres natal, avec le club cycliste de Hackney. Avant ça, le football et la natation l’avaient beaucoup occupé. Il ne prenait pas le vélo comme un sport à part. Mais rapidement, après ses premières apparitions, les gazettes locales parlent de lui. Ses résultats, déjà, impressionnent. Deux ans après ses débuts, il participe même aux championnats du monde junior avec la Grande-Bretagne. Sous la houlette de Stuart Blunt et Matt Winston, il progresse et emmagasine de l’expérience. Jusqu’à se révéler au-delà des frontières britanniques à partir de ses 18 ans.

Le 7 avril 2013, quelques jours après avoir fêté sa majorité, il accroche en effet un podium sur Paris-Roubaix junior. Puis, tout au long de la saison, il confirme ses bonnes dispositions en s’offrant le Tour d’Istrie ou le Giro Internazionale della Lunigiana. Forcément, Tao attire alors l’œil de quelques observateurs. Dont Axel Merkcx. L’ancien professionnel parvient alors à convaincre Geoghegan Hart de faire le grand saut, jusqu’à rallier les Etats-Unis et l’équipe Bissell Development – future Axeon Hagens Berman, l’appellation actuelle. Sa première année est mitigée, malgré un podium sur Liège-Bastogne-Liège junior et un top 10 sur le Tour de l’Avenir. Mais en 2015, l’Anglais prend une autre dimension. « La seule chose qu’il doit apprendre, et qu’il a en partie fait l’année dernière (en 2014, ndlr), c’est d’être patient, de prendre son temps », assurera Axel Merckx à CyclingTips. Vouloir aller plus vite que la musique reste le pêcher mignon de beaucoup de jeunes coureurs. Tao ne fait pas exception, et Merckx veut le canaliser.

Se mesurer à l’élite

Mais difficile de retenir le garçon, désireux de batailler au plus vite avec les habitués des grands rendez-vous. Sur les sol américain, il ne se fait donc pas prier. En Californie puis dans l’Utah, il s’accroche à des coureurs comme Dombrowski, Bookwalter, Dennis, Gesink ou Zubeldia pour s’offrir de beaux accessits au général. Inattendu, mais révélateur du talent qui habite Geoghegan Hart. En revanche, il aura dû attendre 2016 et el Trofeo Piva pour débloquer son compteur de victoires. Il la dédiera à Lucien Acou, décédé quelques jours plus tôt. Ce Belge de 94 ans était le beau-père d’Eddy Merckx. Le Britannique est un gentleman. Mais le garçon, attachant et à l’aise avec les médias, est surtout un grand ambitieux. « J’espère inspirer d’autres jeunes anglais et représenter un jour le cyclisme britannique aux Jeux Olympiques », lâchait-t-il en 2011 au Hackney Citizen. Il n’avait alors que 16 ans, et la coupe de cheveux de Justin Bieber. Mais il avait déjà une médaille autour du cou.

Aujourd’hui, tout le monde lui a d’ailleurs pardonné cette erreur capillaire. Ses qualités l’ont presque fait oublier chez ses fans de la première heure. Aujourd’hui, on parle de lui comme d’un nom à retenir pour devenir le futur chef de file du cyclisme du Royaume, comme l’ont été Cavendish et Wiggins avant l’avènement de Froome. Il a même eu droit à un stage de quelques mois au sein du Team Sky. Mais l’expérience a été de courte durée : après le Giro du Piémont et la Japan Cup, ses deux seules courses avec l’équipe anglaise, il est retourné chez Axeon. Son aventure se poursuit, pour le moment – et provisoirement – loin des formations World Tour. Le week-end dernier, Tao a terminé deuxième du Tour de Pays de Savoie. Comme Bardet ou Barguil avant lui. Mais ça, Tao Geoghegan Hart n’y prête qu’une attention mesurée. Lui veut tracer son propre chemin. Ecrire sa propre légende. Et au passage, celle de son pays.

Maxime Cazenave

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