À 25 ans, Marc Sarreau a pris ce week-end le départ de son deuxième Tour d’Espagne. Le sprinteur tricolore a conforté, ces dernières saisons, sont statut de sprinteur n°2 chez Groupama-FDJ. Il ne fait plus partie du train d’Arnaud Démare et commence à enchaîner les bouquets. Cette année, il s’est imposé sur l’Etoile de Bessèges, puis sur Cholet-Pays de a Loire et la Route Adélie. Prochaine étape, gagner en World Tour. C’est l’idée, sur cette Vuelta, où il sait que les occasions seront rares. Mais franchir ce cap est un indispensable pour progresser. Quelques jours avant le départ de la Vuelta, il a ainsi pris le temps de répondre à la Chronique du Vélo pour évoquer cette ascension encore inachevée.

Sur votre première Vuelta, l’an dernier, vous avez terminé deux fois 5e. De quoi vous donner plus de confiance pour cette année ?

J’arrive sur cette Vuelta en étant prêt physiquement et mentalement. Par rapport, à l’an dernier, je sais désormais à quoi m’attendre. J’aborde plus sereinement ce deuxième Tour d’Espagne. Pour les sprints, j’ai une saison de plus avec les meilleurs mondiaux, je connais mon niveau, j’espère que ça va le faire.

Sans Thibaut Pinot, vous êtes le coureur protégé de l’équipe. Comment gérez-vous ce nouveau statut ?

On arrive sur cette Vuelta avec de jeunes coureurs, l’équipe est un peu organisée autour de moi, c’est vrai, même si l’on ne fait pas partie des grosses formations capables d’emmener les sprints. En tout cas, ils me font confiance pour espérer ramener le meilleur résultat possible. Il y a un peu de pression mais elle n’est pas énorme. On sait qu’il y a de grands sprinteurs et de grandes équipes, je sais ce que j’ai à faire.

Depuis quand saviez-vous que vous feriez la Vuelta, et dans ce rôle-là, sans autre leader à vos côtés ?

Dès le début de l’année, on a fait mon programme de courses avec l’équipe, je savais que j’allais faire le Tour d’Espagne et que l’équipe allait être articulée autour de moi. En début de saison, j’étais prévu seul mais on n’est jamais à l’abri d’un changement de programme d’un des leaders. On n’est jamais sûr de rien, si Thibaut Pinot avait fini le Tour de France dans de bonnes conditions, il aurait pu enchaîner. Par rapport à ma préparation, ça n’a rien changé, j’ai fait une bonne coupure après les championnats de France puis un stage à la montagne avec l’équipe avant de reprendre la compétition sur le Tour de Pologne.

« J’ai beaucoup appris en faisant partie du train d’Arnaud. Il savait que je voulais moi aussi gagner des courses au sprint, donc il m’a donné quelques conseils pour gérer la pression et apprendre à me placer. »

– Marc Sarreau

Vous avez déjà dû vous plonger dans le détail des étapes, il y a peu de journées consacrées au sprinteur. Ça ajoute de la pression de savoir que les occasions sont rares ?

L’année passée, c’était déjà pareil. La Vuelta, c’est un grand tour spécial pour ça .Même les jours où il y a des arrivées au sprint, le profil a été difficile avant. Cette année, il y a quand même quatre ou cinq chances pour les sprinteurs, ça reste pas mal. Ce n’est pas ce qui met le plus de pression mais on va dire que l’on a moins de chance de s’imposer, c’est certain.

Depuis deux ans, vous vous affirmez de plus en plus comme la valeur montante du sprint français. Le but, c’est d’atteindre le niveau d’Arnaud Démare, le sprinteur n°1 de Groupama-FDJ ?

C’est ce que je souhaite. Cette année, je voulais vraiment franchir le pas en World Tour en remportant mon premier succès. Le niveau est tellement élevé et la densité de sprinteurs est de plus en plus grande que je n’ai pas encore réussi à trouver l’ouverture. Je n’ai pas eu beaucoup l’occasion de disputer de courses World Tour, non plus. Alors j’espère vraiment que sur cette fin de saison et surtout sur la Vuelta, je vais pouvoir passer ce cap, afin de continuer à avancer et me fixer d’autres objectifs.

Arnaud Démare a gagné de grandes courses, notamment Milan-Sanremo et des étapes sur le Tour et le Giro. À vos débuts, quand vous faisiez partie de son train, quels conseils vous donnait-il ?

J’ai beaucoup appris en faisant partie de son train. Arnaud savait que je voulais moi aussi gagner des courses au sprint, donc il m’a donné quelques conseils pour gérer la pression et apprendre à me placer. Je l’ai aussi beaucoup observé, c’est important pour avancer dans une carrière car c’est un exemple de réussite. On n’a pas connu la même réussite chez les amateurs. Quand je suis arrivé chez les pros, j’avais encore beaucoup de progrès à faire, lui non. Mais sur le sprint pur, on se ressemble, on aime tous les deux les efforts longs.

Vous êtes de moins en moins alignés ensemble, c’est aussi un signe de confiance de la part de l’équipe, non ?

Il y a deux ans, ils ont recruté pas mal de très bons coureurs pour emmener les sprints pour Arnaud. Ils n’avaient plus forcément besoin de moi dans les trains, où mes qualités n’étaient pas pleinement exploitées. Ils ont donc décidé de me laisser ma chance.

« Je viens uniquement pour la victoire donc je me dois de gagner. Je sais que ça va être difficile et que c’est loin d’être gagné, mais je veux y croire. »

– Marc Sarreau

Sans ces recrutements, vous feriez toujours partie du train ?

Je ne sais pas. L’équipe a quand même pris conscience que j’étais rapide, elle voulait vraiment me donner ma chance. Sans ce recrutement, j’aurais peut-être été détaché sur certaines courses, mais pas les plus importantes. Ma carrière aurait pris un autre tournant, j’aurais certainement fini comme poisson-pilote d’Arnaud sur le Tour de France.

Dès votre première année professionnelle, vous remportez une étape du Tour du Poitou-Charentes devant Tyler Farrar. Ça a été un déclic pour vous et l’équipe ?

Un déclic, non, pas forcément. J’attendais cette première victoire chez les pros mais je n’étais pas obsédé par ça. Ce premier succès sur le Tour du Poitou-Charentes m’a permis de me libérer et de franchir des paliers plus facilement. À ce moment-là, l’équipe a pris conscience de mes qualités. Pour gagner plusieurs courses dans une saison, il me manquait un peu de fraîcheur sur la fin des courses, il fallait que je prenne de la caisse, c’est pour cela qu’ils m’ont aligné en World Tour avec Arnaud. Mon premier Tour d’Italie, même si j’ai dû abandonner à cause d’un mal récurrent au genou, m’a fait passer un palier.

Depuis, vous enchaînez les succès sur le circuit européen, mais pas encore sur les épreuves World Tour. Que vous manque-t-il pour franchir ce dernier cap ?

C’est un autre niveau, il y a de très grandes équipes avec des coureurs très rapides, il faut encore que je progresse. Dans les années à venir, il va falloir que je dispute plus de sprints au niveau World Tour pour prendre confiance et trouver l’ouverture.

En juniors, vous étiez l’un des meilleurs pistards français, on sait que c’est un passage important pour les sprinteurs. Vous arrive-t-il encore de vous entraîner sur la piste ?

Oui, je n’habite pas loin de Bourges, donc ça m’arrive d’y faire un saut. L’hiver, je continue de faire des compétitions. La piste, c’est complémentaire de la route surtout pour les sprinteurs. L’hiver, c’est important de casser la routine en allant sur la piste. En plus, ça permet de retrouver de la vélocité que l’on a tendance à perdre au fur et à mesure des courses sur route. Il faut profiter de cette période. Après, en saison, avec le programme de courses chargé, on ne plus en faire.

Pour terminer, concluons sur la Vuelta. Pourriez-vous être satisfait si vous arrivez à Madrid sans victoire d’étape ?

Non, je viens uniquement pour la victoire donc je me dois de gagner. Je sais que ça va être difficile et que c’est loin d’être gagné, mais je veux y croire. Si je sors de la Vuelta sans victoire, je serais déçu, forcément.

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