Tom Dumoulin a tenté autant qu’il a pu, espérant sans doute que la douleur passe au fil des heures. Mais sa chute de mardi vers Frascati, où il s’est sévèrement amoché le genou gauche, aura eu raisons de son Tour d’Italie. Le Néerlandais a quitté la course, avec sans doute, déjà, l’idée de prendre sa revanche dans quelques mois, sur le Tour de France.

Si peu d’espoir, depuis sa chute

A voir son coup de pédale heurté, puis surtout, ce genou ensanglanté et terriblement amoché, à l’arrivée à Frascati, mardi, on a vite compris que Tom Dumoulin venait de rendre les armes. Il ne le faisait pas de bon cœur, mais contraint et forcé, la faute à une douleur qu’il ne parvenait à surmonter complètement. « Pour le classement général, c’est foutu, c’est sûr… », lâchait-il après la ligne. Il y avait, bien sûr, ces quatre minutes concédées aux autres favoris, quasiment insurmontables, même pour un garçon en pleine possession de ses moyens. Mais il y avait la douleur, surtout, qui avait empêché le Néerlandais de terminer l’étape à bloc pour tenter de sauver les meubles. Au moment de monter dans le car Sunweb, Tom Dumoulin boitait sérieusement. Son Giro n’était pas encore terminé, mais ses rêves de maillot rose, eux, bien envolés.

Dans la soirée, malgré tout, son équipe a communiqué. Le Néerlandais ne souffrait d’aucune fracture et était donc autorisé à reprendre la route, dès mercredi matin. Avec si peu d’espoirs. Son genou lui faisait si mal qu’il ne savait pas s’il pourrait finir l’étape. « Je peux rouler tranquillement, mais je ne peux pas me mettre en danseuse ou appuyer fort sur les pédales, donc je pense que mes chances ne sont pas bien grandes », expliquait Tom Dumoulin mercredi matin, après une courte séance de home-trainer. Mais il voulait essayer, pour ne rien regretter, pour ne pas se dire qu’il n’a pas tout tenté. Peut-être aussi pour que personne ne lui reproche de s’être exilé trop rapidement, avec toute l’indécence que cela aurait comporté. Après quelques kilomètres, il a donc mis pied à terre. La douleur était trop vive, et sans doute aussi que la tête avait lâché, lui qui venait pour gagner ce Giro et surtout pas pour jouer au baroudeur en troisième semaine.

Embouteillage sur le Tour

Ces routes italiennes, qui ont si souvent mis des favoris hors-course avant même l’arrivée de la montagne – Wiggins en 2013, Porte en 2015, Landa et Péraud en 2016, Thomas en 2017 – a donc encore fait des siennes. Pourtant, une fois n’est pas coutume, ce n’est pas le Néerlandais que l’on aurait naturellement mis en garde avant cette première semaine piégeuse. Lui le gros rouleur, désormais habitué des grands tours et déjà vainqueur sur trois semaines, avait moins de pression et moins à craindre, par exemple, que certains de ses rivaux, Roglic et Lopez en tête. Mais c’est sur lui qu’est tombée l’épée de Damoclès, alors qu’on pensait qu’elle avait déjà frappé, il y a une dizaine de jours, avec le forfait d’Egan Bernal seulement une semaine avant le départ de Bologne. Alors qu’ils étaient six favoris annoncés en préambule de ce Giro, voilà qu’il n’en reste que quatre, en attendant peut-être un candidat surprise quand la montagne pointera le bout de son nez.

Pour Tom Dumoulin, très vite, l’esprit sera tourné vers le Tour de France. Un mois de juillet pour lequel on imaginait une lutte interne, du côté d’Ineos, entre Chris Froome et Geraint Thomas, et qui pourrait devenir un sacré casse-tête. L’équipe britannique devra en effet composer avec la présence d’Egan Bernal, annoncé dans un rôle de coéquipier mais qui, plus frais et moins rassasié que s’il avait couru le Giro, pourrait s’avérer particulièrement difficile à gérer. Enfin, Tom Dumoulin arrivera dans de bien meilleures dispositions que s’il s’était battu pour le maillot rose jusqu’à Vérone. Il y un an, après le Giro, il avait buté sur Geraint Thomas au mois de juillet, et le rapport de force s’apprêtait à être similaire, cette année. Le changement de programme, forcé, pourrait en revanche rebattre les cartes et bouleverser la hiérarchie, alors que le Néerlandais, jusqu’à maintenant, n’a jamais réussi à vaincre la Sky sur trois semaines. Une perspective en guise de maigre consolation pour Dumoulin, qui on le jure, aurait préféré, quoi qu’il arrive, arriver sur le Tour en ayant remporté le Giro.

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