Chez lui, Charles De Gaulle sert la main des principaux coureurs du peloton au cours de l'édition de 1960 - Photo ASO
6 juillet 2017

Le Tour De Gaulle

Cet après-midi, le Tour de France rendra hommage à l’un des plus grand des personnages de l’histoire de France, Charles de Gaulle. Le peloton fera un passage et disputera le sprint intermédiaire de l’étape à Colombey-les-Deux-Eglises, son petit village. En 1960, les quelques six cent habitants de la commune de Haute-Marne avaient assisté à une drôle de cérémonie : la neutralisation de la course en hommage au Général.

Un simple spectateur

Rien n’était pourtant prévu ce 16 juillet 1960. Si le passage à Colombey dans cette vingtième étape, reliant Besançon à Troyes, était programmé de longue date, jamais le président de la nouvelle cinquième République n’avait confirmé sa venue. Le matin-même au départ, le secret demeurait. Mais le directeur de la course, Jacques Goddet, entend dire que finalement, le Général aurait décidé d’aller assister à la course en simple spectateur. Antoine Blondin, la célèbre plume de , résumant ainsi : « Le Général De Gaulle est le président des Français onze mois sur douze. En juillet, c’est Jacques Goddet ». Alors en ce jour de Tour de France, le président est bien au bord de la route, avec sa femme, pour voir passer les coureurs comme nombreux de ses concitoyens.

Mais la nouvelle se propage vite dans le peloton. Jacques Goddet et son adjoint, Félix Levitan, préviennent le champion de France, Henry Anglade, qui fait passer le mot d’ordre : on s’arrêtera devant le Général ! Lorsque le peloton arrive, Goddet s’empare de son porte-voix et rend alors hommage au Général : « Le Tour salue affectueusement le président De Gaulle. » Celui-ci avance alors sur la route, et vient saluer les coureurs pied à terre, certains enlevant même leur casquette… « Certains coureurs étrangers se tenaient au garde-à-vous, racontait Jean Coussy bien des années plus tard, en 1972. Ils avaient compris qu’il fallait rendre une minute de silence à la mémoire du président de la République décédé. » Preuve de la démesure de l’instant : c’est la première fois que le Tour s’arrête pour un spectateur. De Gaulle félicite tout particulièrement André Darrigade, champion du monde en titre, Jean Graczyk, maillot vert et Gastone Nencini, maillot jaune. Il leur serre la main et glisse même à Nencini : « Félicitations, vous allez gagner le Tour. » Le Général fut clairvoyant… le Tour se terminait le lendemain à Paris.

Au garde-à-vous

Rapidement, la course reprenait cependant son cours : on remettait les casquettes, on enfourchait les vélos et Colombey-les-deux-Eglises était déjà derrière le peloton. Mais un homme n’avait pas participé à cet hommage et manquait à l’appel. Un coureur de l’équipe Centre-Midi (le Tour se courait alors par équipes nationales), Pierre Beuffeuil, était parti aux avant-postes pendant la neutralisation et remportera même l’étape à Troyes. Le Charentais, en réalité, ne savait rien de ce qui s’était passé à Colombey : lorsque Anglade prévenait le peloton, Beuffeuil s’était arrêté pour changer sa roue. En arrivant à Colombey, il avait bien vu le peloton arrêté, mais ne s’était pas posé de question et avait filé vers l’arrivée, où le scandale explosa. Le pauvre Beuffeuil fut obligé de se justifier : « J’ai toujours voté De Gaulle ! »

De Gaulle n’était pas un grand spécialiste du cyclisme. Les récits de ce 16 juillet n’ont ainsi pas laissé trace d’un quelconque hommage du président au malheureux Roger Rivière, tombé dans la descente du Perjuret et paralysé à vie. Mais « l’homme du 18 juin » aimait les grands hommes, ceux qui faisaient la course et marquaient l’histoire. Evidemment, le président ne pouvait qu’aimer Jacques Anquetil. Mais la rencontre entre les deux hommes fut plus tardive, puisque le champion normand, futur quintuple vainqueur du Tour, avait décidé de faire l’impasse sur l’édition 1960 après avoir remporté le Giro. Elle fut cependant d’une grande richesse. Anquetil doit même beaucoup à De Gaulle : son exploit Dauphiné – Bordeaux-Paris 1965 n’aurait jamais été possible sans un Falcon Mystère 20, prêté par le Général lui-même. Grâce à l’avion présidentiel, Anquetil ne mit qu’une heure pour relier Nîmes et Bordeaux. Un an plus tard, malgré la pression de ses proches conseillers dénonçant « des affaires de doping », le président remit à Maître Jacques

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