Quelle attaque ! On attendait Richie Porte mais l’Australien a été piégé par l’audace d’un homme en vert-blanc-rouge. Le champion d’Italie, après une accélération tranchante, s’impose en haut de la Planche des Belles-Filles. Désormais troisième du classement général, Fabio Aru est dans la position de succéder à Vicenzo Nibali.

La chance sourit aux audacieux

Il a osé, ça a payé. Dans son maillot tricolore, le grimpeur Sarde a placé une attaque éclair et appuyée qui a planté tous les autres favoris, incapables de lui répondre. Il n’y a même pas eu la moindre tentative avortée avant le moment fatidique, Aru n’a pas pris le temps d’observer, il a juste accéléré. La bouche légèrement entrouverte, laissant poindre sa rage, l’Italien s’est envolé vers sa première victoire sur le Tour. Pas n’importe laquelle, celle qui inaugure la lutte pour le jaune version 2017. Une couleur qui remplacerait si bien ce rêve rose, évanoui de son esprit à quelques semaines de son Giro, le centième, qu’il devait démarrer en mai de chez lui en Sardaigne. Après sa deuxième place sur le Giro et sa victoire sur la Vuelta en 2015, Aru était devenu l’un des potentiels vainqueurs du Tour. Sa désillusion l’an passé sur sa première Grande Boucle avait fait oublier cet état de fait. Aru est un grand champion.

Au-delà du résultat, c’est surtout la manière qui a plu. Sans hésiter d’abord, sans réfléchir ensuite, sans flancher enfin, l’attitude du Sarde tranche avec les usuelles petites escarmouches de début de Tour. « Dans ma carrière j’ai toujours essayé de donner du spectacle aux spectateurs », expliquait grand sourire le leader d’Astana en conférence de presse après la course. C’est réussi, les tifosi en profitent. Cette victoire prouve que la déception du Giro est passée, Fabio Aru s’est remobilisé. « Ça a été difficile de digérer mon absence sur le Giro, chez moi. Seule ma famille sait par quels états je suis passé. Mais je me suis vite reconcentré sur la fin de saison. En avril, je n’imaginais pas courir le Tour, alors vous pouvez imaginer mon bonheur aujourd’hui. » Sa forme avait déjà rassuré sur le Dauphiné, mais c’est aujourd’hui confirmé, l’Italien est un candidat sérieux à la victoire finale.

Le successeur de Nibali

Fabio Aru n’avait même pas reconnu le col par lui-même. Cette méconnaissance du terrain rend son coup de panache encore plus glorieux. Un panache digne de ses prédécesseurs transalpins. C’est de l’un d’entre eux qu’il s’est inspiré aujourd’hui : « J’avais vu où Nibali avait attaqué en 2014, donc j’ai essayé de faire la même chose en partant à trois kilomètres. » L’analogie est tellement évidente. Comme Vincenzo Nibali il y a trois ans, Fabio Aru a remporté l’étape de la Planche des Belles-Filles dans le maillot de champion d’Italie. Une inspiration. Le voilà désormais habillé de pois, une tenue qu’il pourrait emmener jusqu’à Paris. Mais le Sarde devrait avoir d’autres ambitions, même s’il essaie pour l’instant de les camoufler : « Je vais d’abord profiter, je sors d’une période difficile, je vais prendre la course au jour le jour. »

Il demeure que la Planche des Belles-Filles, première arrivée au sommet à chacune de ses apparitions, a la vertu de sacrer un protagoniste cinq étoiles. Chris Froome en 2012 et Vincenzo Nibali en 2014 avaient ensuite eu l’opportunité de démontrer leur supériorité en montagne tout au long de la Grande Boucle. Gageons que Fabio Aru en fasse de même cette année, pour disputer le maillot à un Froome déjà paré de jaune. Alexandre Vinokourov nous avait prévenu, « l’objectif c’est le jaune ». Ce soir avant de s’enflammer pour un col de seulement cinq kilomètres, il est temps de dire merci pour le spectacle. Nous avons déjà acheté notre billet pour la prochaine séance, un film italien.

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