En 1967, Eddy Merckx dompte déjà le Blockhaus au nez et à la barbe des Italiens - Photo Flickr, Walter Vermeulen
13 mai 2017

A l’assaut du Blockhaus

Après les décors de carte postale offerts par la cité de Peschici, au cœur du Gargano, la majorité du peloton découvrira demain le Blockhaus, juge de paix d’une étape dont on attend beaucoup. L’Etna, vulgairement escamoté, n’a pas permis de décanter le classement général. Alors c’est vers ce sommet du massif de la Majella, dans les Abruzzes, que les regards se tournent. Original à plus d’un titre, ce sommet est pourtant doté d’un passé historique méconnu de notre côté des Alpes, véritable mine d’anecdotes.

Un point de contrôle stratégique à toute époque

Lorsqu’un observateur lambda prend connaissance d’une étape du Giro s’achevant au Blockhaus, il pense logiquement que la course rose est en pleine traversée des Dolomites, dans les provinces germanophones à la lisière de l’Autriche. Mais c’est bel et bien dans le « Mezzogiorno » que le peloton devrait se livrer une bataille des plus précieuses avant de disputer un redoutable contre-la-montre individuel. Le terme même de Blockhaus renvoie à ces forteresses perchées en haut d’une falaise ou d’une colline, couvrant des arsenaux militaires. Sauf qu’ici, il est nullement question de Seconde Guerre Mondiale, mais bel et bien des animosités politiques et sociales ayant bouleversé la Botte durant la période idéalisée du Risorgimento.

Regroupant les actuelles régions du Nord de l’Italie, le Royaume de Piémont-Sardaigne annexe son rival, le royaume des Deux-Siciles, en 1861, non sans effusion de sang. Un mouvement de résistance. L’heure est au soulèvement armé et aux méthodes de guérilla. La région du Majella, à l’extrême-sud du massif des Apennins, n’est pas exemptée de ces troubles, et l’application de la loi Pica, ordonnant en août 1863 une implacable répression contre les « brigands », se traduit par la construction massive de forteresses loyalistes. Notre blockhaus surgit donc à cette période, avant d’être abandonné quatre années plus tard après la sécurisation des territoires environnants.

Le nom, lui, est resté, et aujourd’hui l’ascension incarne la méfiance voire la peur par son étymologie pesante. Et ce n’est pas la pente de ses lacets qui soulagera les esprits craintifs. Culminant à 2142 mètres d’altitude, la route praticable se termine à un peu moins de 1700 mètres, au terme d’une montée de 13,6 kilomètres à 8,4 % de moyenne. Si l’on prend en compte une déclivité maximale de 14 %, et dix bornes de montée non répertoriée avant le pied officiel, à Roccamorice, on tient peut-être le col le plus difficile de ce centième Giro.

Une difficulté légendaire

Beaucoup moins réputé que le Stelvio, le Mortirolo ou le Monte Grappa, le Blockhaus a vu des affrontements mémorables et s’est même fait surnommer la « Cima Merckx » en raison des exploits du Belge. L’histoire débute en 1967. Acclamé par son public, le régional Vito Taccone, vainqueur du Tour de Lombardie en 1961, attaque à cinquante kilomètres de l’arrivée et réalise un véritable numéro. Mais les conditions météorologiques déplorables l’empêchent de rêver jusqu’au bout et un peloton d’une trentaine d’unités revient sur lui à deux kilomètres du sommet. Schiavon et Zilioli contrent, on pense que ces deux-là vont se disputer la victoire dans le dernier kilomètre, bien plus roulant, mais c’est Merckx qui surgit et les grille sur le fil.

Le spécialiste de Milan-Sanremo venait de prendre une minute sur Felice Gimondi, qui finira quand même par remporter le Giro. Des coups du sort, le Blockhaus sait donc en offrir, comme lorsqu’il couronne un an plus tard l’inconnu Bordrero, déclassé au contrôle anti-dopage quelque mois plus tard, ou lorsqu’un jour de 1984 Moreno Argentin devança Francesco Moser. Un peu de la même manière qu’en Espagne sur les routes de l’Angliru, le brouillard joue souvent un rôle déterminant, et pourrait là encore déstabiliser bon nombre de coureurs. Vincenzo Nibali, favori du centième Tour d’Italie, pourra lui demander à son ami et coéquipier Franco Pellizotti quelques conseils. Celui qui portait le maillot de la Liquigas en 2009 est le dernier vainqueur en date au sommet du Blockhaus. Car, comme le Sicilien, peu ont pu reconnaître la fameuse montée. Mais un nouveau détail a son importance : le Blockhaus sera grimpé par un versant inédit en 2017, ce qui fragilise encore un petit peu plus les certitudes initiales.

Domenico Pozzovivo, grimpeur de poche de la formation AG2R et toujours au rendez-vous sur les cols les plus raides, ne tourne pas autour du pot. « Il s’agit d’une ascension vraiment difficile, et c’est rare de voir ce genre de montées durant la première semaine d’un grand tour, confiait-il récemment à Diretta Ciclismo. Il faudra répondre présent, et quand je m’y suis rendu pour reconnaître la route, j’ai trouvé de la neige tout le long des deux derniers kilomètres. La route est également très étroite à partir de cet endroit, mais je pense que la sélection sera déjà effectuée auparavant. » Pour les coureurs de son profil, rester dans les roues pourrait s’avérer rédhibitoire. Le chrono, vallonné, n’offrira aucun cadeau aux piètres spécialistes de l’exercice. Quiconque subit une défaillance demain pourrait donc amèrement le regretter. Car si les maquisards de l’ « Ottocento » pouvaient compter sur des bergers solidaires pour échapper aux soldats, la course cycliste se fera elle à un contre un.

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1 Commentaire sur "A l’assaut du Blockhaus"

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Clement Aubert
Clement Aubert

Chic chic chic !