On l’annonçait éloigné de sa meilleure condition, Peter Sagan n’en a décidément que faire. Insolent vainqueur au sommet de la côte de Cadoudal, au prix d’un démarrage ahurissant quand les autres tiraient la langue, le nouveau champion d’Europe est bien plus ambitieux qu’il ne le laisse paraître pour les dernières courses de la saison.

Le classement UCI en ligne de mire

Installé en tête du nouveau classement individuel de l’UCI, le Slovaque a fait un grand pas vers la victoire finale lors du mois de septembre, en allant décrocher son premier Grand Prix de Québec, et une deuxième place au Grand Prix de Montréal, neutralisant par la même occasion son rival van Avermaet, qui accuse toujours 800 points de retard. De quoi repartir du bon pied après l’avoir mis à terre à cause de crevaisons à Rio – lors des Jeux Olympiques, où il a couru en VTT – et d’un virus en Bretagne, déjà, lors du GP de Plouay. Ses performances canadiennes, pourtant, n’avaient pas suscité un grand émoi la semaine dernière. De quoi oublier ou presque sa présence au départ du championnat d’Europe à Plumelec, caractérisé par l’ascension répétée de la côte de Cadoudal, tremplin pour puncheurs.

Imbattable, le natif de Zilina ne semble pas plus que cela attiré par le fait de porter le maillot de champion d’Europe s’il ne réalise pas le doublé Richmond-Doha dans quelques semaines. Peut-être même que la perspective de l’Eneco Tour, qui débute demain à l’extrême-nord des Pays-Bas, lui est plus séduisante. Leader annoncé de l’équipe Tinkoff, qui dispute ses dernières compétitions dans l’élite du cyclisme avant de se retirer définitivement du peloton, il retrouvera le champion olympique Greg van Avermaet, Tom Dumoulin, Tim Wellens, Wilco Kelderman, Alexander Kristoff et Edvald Boasson Hagen pour une lutte qui s’annonce serrée, sur des terrains vallonnés et des pavés inhabituels en septembre. À l’image d’Alejandro Valverde, Joaquim Rodriguez et Chris Froome les années précédentes, courtisant le titre de numéro 1 mondial jusqu’au Tour de Lombardie, Sagan pourrait s’offrir une nouvelle distinction. A une différence près. Il maîtrise a peu près tout ce qui lui passe sous la roue.

Disputera t-il les mondiaux de Doha à 100 % ?

Car en plus d’être dans un formidable état de grâce prolongé après son exceptionnel Tour de France, le quintuple vainqueur du maillot vert ne ressent toujours aucune fatigue après un printemps remarquable. Vainqueur à onze reprises depuis le mois de janvier, son bilan devrait s’accroître après l’arrivée de l’ex-Tour du Benelux, qui devrait le convaincre, ou non, de s’envoler pour le Qatar. Dénué de toute difficulté, le tracé des 83è Mondiaux ne lui est pas aussi favorable que l’an passé. Sa pointe de vitesse dans un sprint massif tend à s’inférioriser par rapport à celle de Kittel, Cavendish ou même du jeune Caleb Ewan.

Mais, sur une course d’un jour, toutes les hypothèses sont à prendre en compte, et avec la folie qui l’anime, Sagan n’a sûrement rien à perdre en essayant de conserver sa tunique mondiale. Une prouesse plus réalisée depuis la dernière décennie, lorsque Paolo Bettini triomphait deux années de suite en 2006 et 2007. Histoire de s’inscrire encore un petit peu plus dans l’histoire d’un sport en pleine mutation, sous sa propre coupe, le Slovaque aurait tort de se priver. Le plus grand succès du garçon est d’avoir déverrouillé des configurations monotones par sa simple présence en course. Les attentes qui pèsent sur lui avant le rendez-vous qatari sont donc d’autant plus légitimes.

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