A moins de deux semaines du départ du Tour, l’armada Sky est loin d’afficher le même état de forme que les années précédentes. La faute à des dernières sorties pas vraiment bien négociées, où sont apparues au grand jour défaillances physiques et erreurs tactiques. De quoi forcément, attirer l’attention.

Un leader à la condition incertaine

C’était certes il y a une bonne semaine, mais les questions n’ont pas eu l’occasion d’être dissipées. Alors oui, juin n’est pas juillet. Oui, le Dauphiné n’est pas le Tour. Oui, une épreuve préparatoire ne remplacera jamais l’objectif annoncé d’une saison. Mais on doute que Chris Froome soit sorti rassuré de son aventure alpestre, ses adversaires l’ayant le plus souvent décroché à la pédale. L’épreuve de vérité du Plateau de Solaison ayant été impitoyable, l’impression de voir le Britannique encore en rodage fut franche. Sa contre performance dans le contre-la-montre appuie dans cette direction.

Pourtant, à en croire ses déclarations et celles de son staff, l’essentiel est préservé, juillet se présente bien. Méthode Coué ? Difficile à dire. 2017 est clairement une année mystère pour le triple vainqueur du Tour. Pas le moindre bouquet à ramener à la maison, une terrible valise – qui plus est collective – sur le Tour de Catalogne lors de l’étape de Reus, un Tour de Romandie très moyen : le bilan annuel est pour l’instant indigne d’un coureur de ce standing. Même en connaissant ses habitudes et sa façon de dérouler les saisons. Toutefois, tout n’est pas à jeter ces derniers temps. En atteste son tempérament offensif quand la pente s’inverse, notamment dans la descente du Mont du Chat, et sa volonté de « jouer » dans la grande bagarre du dimanche, fatale au bout du compte à Richie Porte.

Une équipe qui interroge

A l’image des profils de course proposés ces dernières semaines, le Team Sky nous a offert des montagnes russes en termes de performances. Sur le Dauphiné tout d’abord, Peter Kennaugh a permis aux hommes de Dave Brailsford de visiter le podium d’arrivée, avec une brillante victoire à l’Alpe d’Huez. Pour le reste, la 9e place au classement par équipes atteste d’une inconstance criante. Seul Michal Kwiatowski a tenu son rang, notamment lors de l’ultime étape, en assurant un gros boulot pour son leader dans la vallée entre le col de la Colombière et la montée vers le plateau de Solaison. Du côté de Ian Boswell et Christian Knees, pas grand-chose à évoquer si ce n’est leur transparence ; quant à David Lopez, Luke Rowe et Ian Stannard, leurs abandons surviennent au bout d’une semaine fantomatique.

Ajoutons à cela la frustration dévoilée au grand jour d’Elia Viviani, le Tour de Suisse assez discret de l’équipe et les menaces de la fédération britannique envers les dirigeants de Sky, tout n’est pas rose en ce moment. Alors la Route du Sud, dernier rendez-vous avant le Tour, pouvait permettre d’égayer un peu ce mois de juin. Et là aussi, ce fut compliqué. Au rayon des satisfactions, on retiendra le train noir emmenant de façon autoritaire son sprinteur Elia Viviani vers la ligne d’arrivée de la 2e étape. Un scénario qu’il leur fut impossible de reproduire dimanche lors de l’arrivée sur le circuit de Nogaro. Lancé à vitesse grand V derrière l’échappée – victorieuse -, le train Sky fut littéralement aspiré par celui de l’Armée de Terre à quelques encablures de l’arrivée. Plutôt inattendu.

Et du côté des cimes, il n’y a pas eu beaucoup de possibilités de montrer les muscles non plus. Avec un Wout Poels absent des débats, la montée vers Gavarnie fut un fiasco : Geraint Thomas et Sergio Henao rentrèrent bien trop tôt en action, explosant au même titre que leur leader d’un jour, Kenny Ellisonde, bien placé au général depuis la première étape. Avec un Gianni Moscon parti en éclaireur, il y avait certainement mieux à faire. Mais malgré cette belle formation sur le papier, Sky n’aura pas convaincu non plus sur les routes pyrénéennes. Pour la confiance, on repassera. Pour l’humeur du patron, Chris Froome, ce ne doit pas être beaucoup mieux. L’équipe britannique doit espérer que les pièces du puzzle se remettent en place d’ici juillet. Mais pour le moment, elles sont toutes bien éparpillées.

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