Quand une équipe aussi importante que celle d’Oleg Tinkov s’apprête à se retirer du circuit, les transactions en coulisses pour s’attirer les nombreuses stars se pratiquent généralement bien avant le coup d’envoi officiel du mercato cycliste. Le premier août, au matin, le service presse de l’équipe Bora-Argon 18 annonçait ainsi la venue du champion du monde Peter Sagan dans la formation allemande pour les trois prochaines années. Une vraie révolution.

Toujours plus dans l’originalité

Cela sautait déjà aux yeux dès ses succès d’étapes en costaud sur le Paris-Nice 2010, le Slovaque est un homme qui est fait pour briser les codes du milieu dans lequel il évolue. Un temps incapable de se spécifier vraiment dans un registre en particulier, celui qui a opté pour un design capillaire excentrique s’est fait bien plus qu’un nom dans les pelotons. Sagan, c’est désormais une icône populaire, un modèle, et un homme maniant l’aisance médiatique, la réactivité dans le domaine du marketing, tout en ayant su conserver une part d’enfant qui séduit tant. Courtisé chaque année, même lorsque son contrat ne se termine pas durant l’année en cours, les équipes du World Tour à sa botte ne manquaient pas. Astana, BMC, le projet bahreïni, Etixx, Trek, et le petit poucet Bora étaient sur les rangs. Et comme cela revenait avec insistance depuis le dernier Tour de France, c’est bien la marque allemande qui a raflé le gros lot, obtenant la signature de « Peto » jusqu’en 2020.

Accompagné par ses amis Erik Baska, Maciej Bodnar, Michael Kolar, et son frère Juraj, le vainqueur du Tour des Flandres décide donc de quitter l’élite du World Tour pour une écurie montante, jouissant d’un nouvel apport financier avec le sponsoring d’Hansgrohe, entreprise spécialisée dans la robinetterie, qui s’allie avec son cousin Bora, renommé pour ses cuisines. Depuis 2009 et le sacre de Cadel Evans sur les routes de Mendrisio, aucun maillot arc-en-ciel en exercice n’avait décidé de rejoindre la Continental Pro, même si dans le cas actuel, la montée en première division de la structure germanique paraît inévitable. Dans un environnement en pleine mutation, le quintuple détenteur du maillot vert devra reprendre ses marques, et porter les espoirs d’Outre-Rhin vers les sommets de la hiérarchie. Risqué ? On est plutôt persuadé du contraire.

Un marché déverrouillé qui s’annonce fou

Un si gros transfert dès le premier jour ne laisse personne indifférent. Surtout, cela ouvre de grandes fenêtres aux franchises concurrentes, qui vont maintenant pouvoir aligner leurs pions, et se lancer dans une grande course aux affaires. Ralph Denk, manager général de l’équipe Bora, se félicite bien évidemment de la venue de Peter Sagan pour remporter des classiques, mais s’est empressé d’annoncer son intention de jouer la gagne rapidement sur les Grands Tours. D’après les dernières indiscrétions, Rafal Majka, sans contrat pour l’année prochaine, serait sur ses tablettes. Tout comme Tony Martin, également approché par Katusha, ou encore Leopold König. Le Tchèque, pur produit d’une maison qui s’appelait auparavant NetApp, a écrit de belles pages pour le compte de son ancien employeur. Neuvième d’une Vuelta et septième de la Grande Boucle, son statut actuel chez Sky n’est pas du tout enviable.

Tant d’éléments qui apporteraient beaucoup de confiance au team Bora-Hansgrohe, qui compte bien s’immiscer sur le devant de la scène en faisant le grand saut au meilleur des moments, à l’image de Dimension Data, portée par Mark Cavendish. La planète cyclisme, elle, est condamnée à changer encore un petit peu plus. L’annonce officielle stipulant la création du Bahreïn-Merida Cycling Team, n’est qu’une question de jours. Nibali, Meintjes, ou le même Majka font partie des étoiles ciblées par les grands princes du Moyen-Orient, sportivement aidés par la diaspora italienne. RCS Sport, société organisatrice du Giro, ne cesse depuis cinq ans de se lancer à la conquête de nouveaux terrains. Après Abu Dhabi et Dubaï, Bahreïn fait office de suite logique. La Botte, elle, n’attire plus guère, et l’historique équipe Lampre, à l’appel depuis 1991, risque fort de redescendre d’un échelon. Quant à l’équipe Orica, raillée à ses débuts pour son manque criant de grimpeurs, l’arrivée de Kreuziger en soutien des frères Yates et du prodige Chaves, s’inscrivent dans une volonté de domination à court terme sur les courses par étapes. Les spectateurs devront s’accrocher.

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