Le transfert de Richie Porte, qui passe cet hiver de Sky à BMC, est sans doute l’un des plus incompréhensibles de l’hiver. Vouloir sortir de l’ombre de Froome est légitime, mais Van Garderen pourrait prendre autant de place dans sa nouvelle équipe.

Une idée incompréhensible, pour Alexis Midol-Monnet

Révélé chez Saxo Bank, c’est bien chez Sky que Richie Porte est rentré dans une autre dimension. Il y est devenu le meilleur homme de main du patron actuel des courses par étapes, Chris Froome. L’Australien sait donc que l’équipe britannique l’a poussé sur d’excellents rails en lui accordant même le leadership sur certaines des plus grandes épreuves du calendrier. Par conséquent, que pouvait-il trouver de mieux ailleurs ? Tout coureur rêve forcément d’une formation à son entière disposition, mais la logique naturelle de Sky, promouvant souvent la meilleure doublure de l’année précédente, n’était-elle pas totalement à son avantage ? Surtout, le principal blocage interne invoqué pour justifier son départ se posera tout autant chez BMC. S’il n’y aura pas de Christopher Froome ni d’Alberto Contador, Tejay Van Garderen, qui ne demande qu’à poursuivre son ascension, devrait suffire à lui faire de l’ombre. Porte et “TVG” visent en plus tous les deux le Tour de France en 2016. L’équation du leadership s’annonce dès lors très difficile à résoudre pour Yvon Ledanois.

Porte n’aura donc qu’à de très rares occasions un collectif à sa botte. Il lui faudra convaincre, et même tout reprendre de zéro, dès le Tour Down Under. Battu par son compatriote Dennis en janvier dernier, le Tasmanien devra cohabiter avec lui pour un premier rendez-vous qui s’annonce explosif. La liste s’annonce longue puisque l’ambitieux Porte a prévu de s’aligner au départ des courses de préparation les plus prisées de la première moitié de saison. Le Tour d’Oman, Paris-Nice et le Tour de Catalogne pour y défendre ses couronnes, avant le Tour de Romandie et enfin le Critérium du Dauphiné en juin. À l’exception de la Course au Soleil où il semble faire l’unanimité TVG se rendra sur Tirreno-Adriatico, on a du mal à imaginer une évolution par rapport à ce qu’il a connu sous le maillot noir. S’il le souhaitait, Porte aurait fait partie du neuf de Sky sur les mêmes épreuves, et aurait certainement été transcendé par la dynamique ravageuse de Froome, amenant ses équipiers à se surpasser dans les cols les plus difficiles. Or, chez BMC, Porte aura même le poids de la course sur ses épaules, et sera beaucoup plus scruté, observé, et critiqué à la moindre contre-performance. Ses errances sur les grands tours étant identifiées depuis longtemps, BMC n’a t-elle pas non plus réalisé une erreur de casting ? Systématiquement largué en troisième semaine sur le Tour d’Italie, Porte ne vient pas vraiment compléter le profil de l’Américain Van Garderen, abonné au jour sans dans le dernier massif de la Grande Boucle. Alors bien sûr, si le pari de Porte réussit, tout le monde saluera son génie. Mais si c’est un échec cuisant, on ne pourra pas dire qu’on ne l’a pas vu venir…

Une idée compréhensible, pour Robin Watt

Il nous est impossible ici de dire que ce transfert est une “bonne idée”. Mais sur certains points, il se comprend. Chez Sky, Chris Froome prenait toute la place. Cela fait deux ans que Richie Porte se démène sans parvenir à faire bouger la hiérarchie, et son échec sur le dernier Giro a sans doute conforté l’équipe britannique dans son idée : l’Australien peut tenir la cadence sur une semaine, pas sur trois. A bientôt 31 ans et après quatre saisons sous la bannière Sky, le double vainqueur de Paris-Nice a donc pris le pari de partir à la conquête d’un nouveau rôle, et on ne peut que trouver sa légitime. En rejoignant BMC, il va se heurter à Tejay Van Garderen, mais l’Américain est loin d’être aussi indéboulonnable que Froome. Porte va avoir du travail, mais ce nouveau défi prouve qu’il n’est pas prêt à se reposer sur ses lauriers. Sous la houlette de Dave Brailsford, il aurait pu continuer à briller sur les épreuves où Froome n’est pas, tout en aidant son leader au mois de juillet. Une routine dont il a souhaité se détacher, et c’est tout à son honneur. Reste à voir ce qu’il va être capable d’offrir à une formation BMC qui n’avait pas forcément besoin de lui.

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