A l’entame de la dernière semaine de course, Rafal Majka est un solide porteur du maillot à pois. Il devra certainement encore s’employer pour grappiller quelques points, mais semble en mesure de ramener le paletot à Paris. Alors ce n’est sans doute pas le meilleur coureur du peloton lorsque la montagne pointe le bout de son nez, mais au moins, c’est un vrai grimpeur.

Les pois bradés

Bahamontes, Gaul et Van Impe sont bien loin. Ces anges des cimes, parmi les meilleurs grimpeurs de l’histoire, menaient de front la bataille pour le maillot jaune et le maillot à pois. Ce temps est révolu. Il est aujourd’hui inimaginable de voir un coureur avec des objectifs au général venir batailler pour franchir un col en tête. Question d’époque, peut-être. Alors l’identité des maillots à pois, progressivement, a changé. Jusqu’à sacrer sept fois Richard Virenque, l’homme aux fantastiques échappées dans les Pyrénées et les Alpes. Le paletot blanc à pois rouges, sans doute plus populaire encore que le jaune, ne pouvait dès lors plus être appelé le « maillot du meilleur grimpeur ». Son porteur, incontestablement, n’avait pas besoin d’être un funambule des montagnes. Il suffisait de savoir s’échapper sur les bonnes étapes pour engranger les points. C’est comme ça qu’Egoi Martinez, Anthony Charteau et Thomas Voeckler, grimpeurs moyens mais baroudeurs de l’extrême, ont réussi à ramener le maillot jusqu’à Paris.

Il fallait changer ça, et les organisateurs ont tenté plusieurs formules. A chaque fois, avec une réussite toute mesurée. A partir de 2011, les points lors des arrivées au sommet étaient doublés. Ça n’a pas empêché Voeckler de s’offrir la tunique. Et aujourd’hui, pour la 103e Grande Boucle, on revient au système précédent : c’est les points du dernier col qui sont doublés, arrivée au sommet ou pas. Pourtant, il faut noter une petite évolution. Nairo Quintana en 2013 et Chris Froome l’an dernier ont remporté le classement de la montagne tout en jouant le général. La multiplication d’arrivées en altitude leur a presque indirectement offert ce maillot que d’autres convoitaient. Alors on peut débattre pour savoir qui du Colombien ou du Britannique est le meilleur grimpeur du peloton, mais tout le monde ou presque s’accordera à dire que c’est entre eux que se joue ce titre honorifique. Qu’ils aient chacun remporté un maillot à pois lui redonne une certaine légitimité.

Un nouvel ambassadeur

Mais ça ne veut pas dire que les baroudeurs n’ont plus aucune chance. Simplement, il faut être un peu plus que ça. Rafal Majka, déjà, avait dû s’employer en 2014 pour accumuler plus de points que le leader du classement général, Vincenzo Nibali. A Paris, il comptabilisait 181 unités : seulement 13 de plus que l’Italien. Il avait dû pour ça remporter deux étapes de montagne et terminer deuxième à Chamrousse, notamment. Aujourd’hui, le voilà à peu près dans la même situation avant d’aborder le gros des Alpes. Il a un peu d’avance, mais reste sous la menace de Froome si celui-ci venait à l’emporter sur une voire deux étapes de la dernière semaine. Pour conserver ce maillot à pois qui n’était pas un objectif pour le Polonais il y a encore deux semaines, il va donc devoir s’échapper encore quelques fois. Parce que partir à l’avant de la course est devenu l’essence-même du maillot à pois depuis une vingtaine d’année. Heureusement, Majka, lui, est surtout un véritable grimpeur.

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