Au Tour d'Oman, on a vu Cadel Evans avec les meilleurs. Mais depuis, l'Australien en est bien loin... Photo Getty Images
Au Tour d’Oman, on a vu Cadel Evans avec les meilleurs. Mais depuis, l’Australien en est bien loin… Photo Getty Images

Après une année 2012 en deçà de ses attentes, marquée par un échec cuisant sur la Grande Boucle, Cadel Evans est au pied du mur. De plus en plus contesté au sein même de la BMC, l’Australien se doit de réagir. Pour cela, il a décidé – quelque peu au dernier moment – de prendre part au Giro. Les commentaires vont bon train, et même si on affirme qu’Evans vise toujours le Tour, chacun sait qu’enchaîner les deux grands tours en y jouant chaque fois la gagne est impossible. Mais alors, que nous prépare l’Australien pour ce mois de mai ?

Un parcours favorable en tous points…

Depuis plusieurs mois maintenant, quand une épreuve fait la part belle aux chronos, on a tendance à dire que c’est un parcours qui favorise Bradley Wiggins. Mais n’oublions pas qu’avant l’ascension fulgurante du Britannique, on disait plutôt que c’étaient des tracés parfaits pour Cadel Evans. En 2011, l’Australien remporta notamment le Tour de France grâce au long et difficile contre-la-montre de Grenoble, dépossédant alors le malheureux Andy Schleck du maillot jaune. L’Aussie est très à l’aise sur l’épreuve chronométrée, et en toute logique, il devrait pouvoir tirer profit du chrono de 55 kilomètres autour de Saltara. Sans oubler que dès dimanche, il disposera à Ischia d’une équipe BMC presque spécialiste du si particulier contre-la-montre par équipes. Mais ce n’est évidemment pas là la seule qualité de Cadel Evans. Si son niveau en montagne sur le Tour de l’an dernier s’est révélé énigmatique, la faute à une prétendue maladie, on peut quand même présumer qu’il sera loin d’être calamiteux sur des cols transalpins qui lui réussissent généralement bien.

En effet, ce n’est pas la première fois qu’Evans s’alignera au départ du Giro. En 2003 déjà, sous les couleurs de la Mapei, il avait porté le maillot rose une journée, se révélant aux yeux du grand public. Mais surtout, en 2010, il avait été l’un des seuls adversaires du planant Ivan Basso, remportant même l’étape dantesque de Montalcino. Les pentes abruptes du Monte Zoncolan ne l’avaient à ce moment là pas effrayées, et il est logique de penser qu’il en sera de même pour celles du Jafferau ou des Tre Cime di Lavaredo. Ces deux participations, si elles font pâles figures face à un Basso presque chez lui, donneront à l’Australien un avantage certain par rapport à d’autres, plus novices sur les routes italiennes. Egalement très résistant,  Evans n’aura pas de mal à franchir successivement Gavia, Stelvio et Val Martello dans la même étape. Clairement, le champion du monde de Mendrisio possède de nombreux atouts, mais il reste l’état de forme. Peut-il réellement se sublimer pour l’évènement ?

… mais des limites apparentes

En effet, toutes ces perspectives avantageuses ne sont qu’une façade, et ce serait être de mauvaise foi que de placer Evans parmi les grands favoris. En premier lieu parce que ses dernières performances sont loin d’être glorifiantes, alors que ses rivaux des prochaines semaines ont déjà été très satisfaisants pour certains. Décevant sur Tirreno-Adriatico et invisible sur le Critérium International, il n’y a qu’en début d’année, à Oman, qu’il a laissé entrevoir des signes positifs. A un moment où personne n’était en forme, en réalité… Alors si dernièrement, au Tour du Trentin, sa forme s’est quelque peu améliorée sur les arrivées au sommet, il est tout de même resté très loin d’un aérien Vincenzo Nibali ou d’un surprenant Mauro Santambrogio. Deux possibilités s’offrent alors à nous. Voir cette préparation comme mauvaise, tout simplement. Ou alors penser qu’Evans a voulu brouiller les pistes, pour jouer à fond l’une de ses dernières cartes, car à 36 ans, il n’en aura plus beaucoup.

Peut-être sera-t-il capable de monter très rapidement en puissance dès les premiers jours de course, tout en évitant les pièges de la première semaine. Mais s’il sera bien accompagné pour le chrono par équipes, ce ne sera pas le cas en montagne, où seuls Morabito, Cummings et Santaromita semblent pouvoir l’accompagner. Des équipiers bien faibles comparés aux armadas de Sky ou d’Astana. Au moment où Evans sera donc obligé de se débrouiller seul, ses 36 printemps devraient peser dans ses jambes. Toutefois, même s’il part avec un déficit très net au niveau de la condition physique, sa science de la course, ajoutée à son expérience, seront des atouts non-négligeables. Loin d’être favori, il pourrait malgré tout représenter le parfait outsider enterré un peu trop vite à l’aube d’une grande échéance. De quoi, peut-être, triompher à Brescia, et devenir ainsi le plus vieux vainqueur du Tour d’Italie…

Alexis Midol


 

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