Respectivement deuxième et sixième du dernier Tour de France, le duo phare de l’équipe AG2R la Mondiale part avec des ambitions semblables ou presque pour la Grande Boucle 2015. Brillant en montagne sur le Dauphiné, Romain Bardet voudra essayer de faire au moins aussi bien en juillet, tandis que pour Jean-Christophe Péraud, l’objectif final reste un peu plus flou. Alors, avant le grand départ d’Utrecht, faisons le point sur les chances des deux garçons, qui devront s’entendre à la perfection afin de pouvoir disposer d’une tactique collective.

Pourquoi il faut y croire

D’année en année, «Jicé» se bonifie. L’ancien spécialiste du VTT, passé professionnel sur le tard, en est déjà à son sixième Tour de France. Neuvième en 2011, Péraud était pas loin d’améliorer ses référence sur le centième Tour de France avant son abandon malheureux, et a réalisé la meilleure saison de sa carrière l’an passé, en terminant deuxième à Paris, mais également sur le podium de nombreuses courses World Tour d’une semaine très relevées. L’ancien coureur d’Omega Pharma – Lotto ne cesse de repousser ses propres limites et de se surpasser dès que la route s’élève. À aujourd’hui 38 ans, franchir l’ultime marche est presque impossible, surtout au vu de la concurrence qui se présente, mais sa nouvelle dimension pourrait encore une fois le transcender. Le public n’attend que ça.

Un parcours très montagneux, ouvert aux audacieux. Si Romain Bardet n’est pas le meilleur grimpeur intrinsèque du peloton, il n’en est pas moins l’un des plus offensifs lors des étapes clés. Durant le Critérium du Dauphiné, il s’est amusé de la désormais traditionnelle passivité des favoris dans la sinueuse descente du Col d’Allos, lui permettant de filer vers Pra-Loup en solitaire. Et sur le Tour, en plus de cette même étape alpine qui sera répétée à l’identique, les occasions ne manqueront pas. En première semaine d’abord, avec l’enchaînement Cherave-Huy, mais aussi dans les Pyrénées avec une descente toujours difficile du Tourmalet, puis la présence de difficultés nouvelles comme les Lacets de Monvernier et la distance réduite des étapes de haute-montagne en troisième semaine. Avec une si faible présence de kilomètres contre-la-montre, toutes les conditions sont réunies pour lui permettre de s’exprimer.

Pourquoi il ne faut pas y croire

Péraud n’a pas rassuré. Pourtant vainqueur incontestable du Critérium International en Corse, devant Thibaut Pinot, l’expérimenté leader d’AG2R la Mondiale n’a pas confirmé par la suite. Seulement seizième au Pays Basque, il a ensuite fini très loin des meilleurs en Romandie et surtout au Dauphiné, bien plus inquiétant. Le Toulousain a même abandonné sur le chrono des Championnats de France à Chantonnay, jeudi. D’ici samedi prochain, le timing resserré ne lui laisse pas une grande marge de manœuvre, et il lui faudra repartir du bon pied sans traîner, quand on voit l’état de forme de ceux avec qui il se battait il y a exactement un an pour une place sur le podium. Difficile de se prononcer, donc.

Ils seront attendus au tournant. La pression, bonne ou mauvaise chose ? Après l’exceptionnelle cuvée française de 2014, tous les coureurs tricolores feront l’objet de sollicitations particulières, aussi bien médiatiques que populaires. Et forcément, cela pourrait avoir de quoi inhiber le tempérament de certains. Les quatre fantastiques ont clairement annoncé vouloir viser la victoire, et le scénario fou de la première semaine de 2014 aura bien du mal à se répéter. Si on est en droit d’attendre l’effet positif d’un tel engouement autour de l’équipe savoyarde, attention non plus à ne pas partir trop sûr de soi. Leurs adversaires auront eux aussi bien pris note de leurs capacités, et ne pourront plus se faire surprendre comme ce pouvait encore être le cas.

Le chrono par équipes, un facteur handicapant. Au Dauphiné, l’équipe AG2R n’a pas réussi à accrocher la première moitié de tableau sur les vingt-quatre kilomètres tracés entre Roanne et Montagny, prenant une treizième position moyenne. Si l’on remonte auparavant, la copie donnée en Romandie est encore moins glorieuse, finissant dix-huitième et bonne dernière, à 1’22” du Team Sky. La neuvième étape s’annonce donc critique pour la formation de Vincent Lavenu, qui va probablement laisser beaucoup de temps en route. Surtout quand on sait que toutes les équipes de leaders seront emmenées par leurs meilleurs spécialistes du chrono. De Sky à BMC, en passant par Movistar et Astana, les grosses artilleries seront de sortie, et AG2R, elle, laissera filer des secondes qui devraient s’avérer déjà déterminantes pour la suite.

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