S’il y a bien un homme qui doit maudire Peter Sagan plus que les autres, c’est lui. Michael Matthews, puncheur-sprinteur comme le Slovaque, avait le profil pour devenir champion du monde ces trois dernières années. Mais quand Sagan a monopolisé le maillot arc-en-ciel, l’Australien a dû se contenter des places d’honneur. Rageant.

De l’apprentissage à la frustration

Septembre 2015, Richmond. Peter Sagan est l’ultra-favori des Mondiaux, Michael Matthews n’est lui qu’un outsider parmi d’autres. Le garçon a fêté ses 25 ans la veille de la course et il n’est pas encore un leader indiscutable au sein de sa sélection. L’Australie vient alors avec une seconde carte à jouer : Simon Gerrans, qui refusera de donner un coup de main à son jeune coéquipier dans le final. « Oui, je suis déçu, concédera Matthews, finalement vainqueur du sprint quelques secondes derrière Sagan et donc médaillé d’argent. J’aurais aimé avoir tout le soutient de l’équipe mais c’est comme ça, on est venus avec deux leaders. » A l’époque, le garçon ne revendique pas grand chose. Il est certes champion du monde espoirs, mais jamais il n’avait été aussi proche d’une grande victoire chez les professionnels. Alors il savoure sa deuxième place, se console en se disant qu’il n’avait jamais couru sur des pavés comme à Richmond et que Sagan était trop fort ce jour-là, lorsqu’il a attaqué.

En secret, Matthews pense déjà au prochain rendez-vous. A Doha, il est annoncé un parcours pour sprinteurs où cette fois, la sélection toute entière sera articulée autour de lui. Oui mais voilà, l’Australien est bien plus qu’un pur sprinteur, ce qui veut aussi dire qu’il n’est pas le plus rapide sur une arrivée groupée. Même si certains, les Allemands et les Français notamment, sont passés à la trappe, il ne peut rivaliser avec les purs spécialistes de l’emballage final. Bien placé dans la dernière ligne droite, son effort est remarquable. Mais il ne peut que regarder Sagan battre Cavendish, et se fait même chiper la place sur le podium par Boonen. « Il n’y avait rien que l’on puisse faire de plus », soufflera Bradley McGee, le sélectionneur australien, comme pour expulser tous les potentiels regrets. Sur le papier, oui, il y avait de meilleurs sprinteurs que Matthews. Mais en voyant Sagan l’emporter, l’enfant de Canberra a dû enrager. Il n’est pas dit que le Slovaque soit intrinsèquement plus rapide.

Des regrets, toujours…

Restait donc une opportunité de prendre enfin sa revanche, à Bergen. Mais là encore, Matthews a subi la loi de Sagan. Peut-être à cause de sa précipitation dans le final. « J’ai tenté de suivre pas mal d’attaques, mais ça n’a pas abouti. Le groupe de favoris était encore trop gros et j’ai gaspillé de l’énergie. Sagan lui est resté dans le groupe et c’est revenu, racontait l’Australien après coup. Peut-être que c’est ce que j’aurais dû faire aussi. » Sagan et Kristoff, qui ont su restés au chaud plus longtemps, se sont disputés la victoire. Et c’est encore le Slovaque qui a gagné. Plusieurs longueurs derrière, Michael Matthews a pris la médaille de bronze. Alors, Sagan, un ennemi juré pour Matthews ? « Je crois qu’il l’est pour tout le monde, pas seulement pour moi », nuançait l’Australien. Oui, sans doute, mais Matthews est bien le seul à avoir observé de si près les trois titres mondiaux du phénomène.

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