Le monde d’aujourd’hui veut qu’on ne recule devant rien. C’est pourquoi le prochain Giro partira d’Israël, à plus de trois mille kilomètres de l’Italie. Jamais le vélo n’avait à ce point ignoré la logique et les traditions. Mais doit-on encore être surpris ? Probablement pas. Choqués, déçus que tout cela aille aussi loin ? Question de point de vue.

Oui, c’est choquant par Baptiste Allaire

La sentence est tombée, ce sera donc Israël. Récemment, il y avait déjà eu des grands départs à l’étranger, justifiés par la culture vélo de l’Irlande ou des Pays-Bas. Mais cette fois, l’excuse ne tient pas. RCS a-t-il oublié le sens des termes “tour” et “Italie” ? L’époque des vrais tours (au sens géographique) est certes révolue, mais ce premier départ en dehors des frontières européennes permet le retour de rumeurs jusque-là farfelues. Si la recherche de nouveauté de la part des organisateurs est louable, il faut veiller à garder une certaine crédibilité auprès des spectateurs, mais aussi des coureurs. Personne ne sait comment se passeront les trois jours en Israël, dans une région dont la première préoccupation n’est pas le cyclisme.

La position des équipes Bahreïn et UAE Emirates sera d’ailleurs à éclaircir, car on voit mal ces deux formations – sponsorisées par des gouvernements – aller courir en territoire ennemi. Le peloton devra encore une fois s’adapter à une course découpée, au rythme bien différent des grands tours classiques. En 2014, RCS avait déjà magouillé avec le règlement UCI en débutant le Giro le vendredi en Irlande, pour placer un jour de transfert en avion après trois étapes. Ce sera certainement la même chose en 2018, au détriment des habitudes du peloton. Mais par dessus tout, la question sécuritaire est la plus inquiétante : comment Israël, inexpérimenté en gestion de courses cyclistes et en proie à de fréquents attentats, a-t-il pu paraître assez crédible aux yeux de RCS pour gérer un tel événement ? Ce grand départ de Jérusalem a tout d’une idée catastrophe.

Non, ce n’est pas choquant par Robin Watt

La course rose a pris l’habitude de s’exporter. Pas vraiment précurseur, elle a du retard sur le Tour de France (22 à 12 au nombre de départs à l’étranger, et le Tour a tenté l’expérience onze ans plus tôt, en 1954), mais elle s’est largement mise au diapason depuis une quinzaine d’années. Le Giro a même osé ce que n’ose pas encore son homologue français, en s’aventurant bien plus loin de ses frontières. Les Pays-Bas à trois reprises, la Belgique, le Danemark et l’Irlande ont, depuis 2002, accueilli le grand départ de l’épreuve. Des étapes intermédiaires avant la folie qui nous attend l’an prochain avec ce départ d’Israël et très probablement de Jérusalem. Si le fait que ce soit une bonne idée reste à débattre – on y a pensé, sans trouver véritablement dans la rédaction quelqu’un qui pense que oui -, ne feignons pas la surprise. Le Giro nous y avait préparé.

Même si Mauro Vegni n’est pas l’organisateur le plus fantasque des dernières années, il est celui qui a voulu mettre en place un prix pour le meilleur descendeur du Giro. Un organisateur italien, en somme, qui ne recule pas devant l’inédit, l’improbable, le spectaculaire. Alors on n’est pas forcés de s’en réjouir, et il n’est pas certain que ce grand départ ait un grand intérêt sur le plan sportif (au même titre que le dernier aux Pays-Bas, soit dit en passant) : mais il est logique que ce soit l’épreuve transalpine qui initie un tel mouvement. Dans quelques années, qui sait, le Tour aura peut-être lui aussi tenté une folie du genre. Et là non plus, il n’y aura rien de choquant. Simplement un peu de déception, peut-être, de voir le cyclisme s’exporter un peu trop.

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