Soldat resté difficilement fidèle durant tout le mois de juillet, Mikel Landa a fait son travail sur le Tour. Une Grande Boucle au bout de laquelle il a échoué au pied du podium pour une petite seconde. Avec beaucoup de regrets, sans doute. Depuis, le Basque est libéré du poids de Chris Froome, et il dévore ses adversaires avec l’appétit de ceux qui ont jeûné trop longtemps.

Des années à rattraper

Un regard vide, impassible, un masque de fer sévère, des jambes en acier trempé. Mikel Landa est un personnage difficile à cerner. Il traine une réputation d’indépendant, de capricieux même. Pourtant, il a couru le Tour de France avec opiniâtreté, ne laissant transparaitre sa frustration que par de légers éclairs dans un ciel de sacrifices. Sacrifice, le mot n’est pas galvaudé. L’Espagnol aurait certainement pu jouer la victoire au maître de Sky, Chris Froome, si les ordres d’en haut ne l’en avaient pas dissuadé. Pire, il termine à une seconde d’un podium d’une Grande Boucle qu’il goûtait pour la deuxième fois seulement. Le sentiment d’un immense gâchis, d’être passé à côté d’une occasion en or jaune. L’ancien prodige de la formation Euskaltel-Euskadi a déjà perdu trop de temps dans sa carrière. À 27 ans, ce grimpeur plein d’aisance n’a jamais eu l’occasion de jouer sa carte sur un Grand Tour. Premièrement, on a longtemps cru que son talent si brut n’éclorait jamais, puis il a été bridé par des leaders pas toujours meilleurs mais hiérarchiquement et médiatiquement supérieurs. Le Giro 2015 fut la première scène de ce deuxième acte de la dramaturgie qu’est la carrière de Landa. Face à un Contador moins volant que dans ses vertes années, le Basque avait dû soutenir Fabio Aru contre l’évidence de sa supériorité.

Sur la Vuelta suivante, son attaque non autorisée lors de la onzième étape, alors que son leader sarde joue la gagne, fait des remous. Mikel Landa a l’âme d’un général, pas d’un vulgaire lieutenant. C’est aussi pour ça que son transfert vers la Sky surprend l’année suivante. Après une première année galère dans l’équipe Britannique, le Basque croit revivre son cauchemar en mai dernier, lorsqu’il croise le chemin d’une moto négligente sur la sécurité. Il chute, comme son co-leader Geraint Thomas. Le Gallois se retire quelques jours plus tard, pas l’Espagnol. Courageux, celui qui n’a plus aucun espoir au général se jette à corps perdu dans la quête d’une victoire d’étape, lui qui en avait déjà remporté deux en 2015. Elle se refuse à lui tant de fois. Troisième à Oropa, deuxième à Bormio puis à Ortisei, le Basque peut se croire maudit. Finalement, lors de la dernière arrivée au sommet à Piancavallo, il lève les bras et crie sa rage. Landa ne vit que pour ça, la victoire. Alors ce rôle de lieutenant auquel il est cantonné sur le Tour un long mois plus tard ne lui plaît guère. Il joue néanmoins le jeu et assure officiellement que Chris Froome est le leader, qu’il est plus expérimenté, qu’il le respecte. La comédie dure tout le Tour, il ne donnera jamais le baiser de Judas.

Intenable

Au bout des trois semaines, Landa laisse finalement échapper ses véritables pensées. « Je suis satisfait de ma quatrième place, mais pas particulièrement heureux. Le bilan est compliqué à tirer, j’ai été freiné dans ma manière de courir mais je suis content d’avoir aidé l’équipe à atteindre l’objectif fixé, à savoir une quatrième victoire pour Chris. » Bridé, l’Espagnol a laissé filer une possible victoire et plus certainement un podium accessible. La frustration était alors palpable : « Je ne comprends pas pourquoi l’équipe a roulé lors de l’étape de Foix alors que j’étais le mieux placé du groupe de tête. J’aurais pu terminer plus haut. » La déception est compréhensible, d’autant que la forme éblouissante du Basque n’a pas cessé au lendemain du Tour. Encore frais, il a mené Michal Kwiatkowski au succès à San Sebastian la semaine dernière et il dirige désormais seul sa barque sur le Tour de Burgos. Et de quelle manière ! Intenable, inébranlable, il laisse tous ses adversaires reluquer son derrière quand il s’envole vers la victoire. Deux bouquets en trois étapes déjà, le maillot de leader qu’il devrait aisément conserver jusqu’à demain mais surtout une impression de facilité troublante. Si l’adversité n’est pas celle du Tour, le niveau de Landa est malgré tout incroyable.

À déjà 27 ans, il est désormais temps que Mikel Landa décroche des classements généraux plus prestigieux que le Tour du Trentin (2016) et le Tour de Burgos. Déçu de la manière dont s’est déroulé son Tour de France, le Basque évoquait la suite de sa carrière sans tabou fin juillet : « Je sais que je pourrai me battre pour la victoire dans le futur. Désormais, je ne peux plus répéter l’erreur de venir sur un Grand Tour en tant qu’équipier. » Ne plus jamais se limiter à aider, le Basque veut simplement gagner. Il n’a plus de temps à perdre, les années filent si vite. Chez Movistar, formation qui aurait la préférence du grimpeur, on se frotte les mains. Alors que Nairo Quintana pourrait partir, l’équipe devrait récupérer un leader tout à fait capable de truster un grand tour. Enfin.

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