Rui Costa a remporté en 2014 son troisième Tour de Suisse d'affilée, portant haut les couleurs de sa nouvelle équipe Lampre-Merida. - Photo Sky Sports
4 novembre 2014

Lampre, mi-figue mi-raisin

Après plusieurs saisons décevantes, marquées par la stagnation inquiétante de Damiano Cunego, ou encore le déclin amorçé d’Alessandro Petacchi et la solitude d’un Michele Scarponi ayant quitté le navire, il fallait reconstruire du côté de l’équipe Lampre-Merida à l’occasion de cette saison 2014, et le mercato fut réalisé dans ce sens. La venue du champion du monde de Florence, Rui Costa, ainsi que celle du surprenant vainqueur de la Vuelta 2013, Chris Horner, pour ne citer qu’elles, avaient fait naître de grands espoirs chez les tifosi des «fuchsias». A l’heure de faire les comptes, le bilan n’en est pas moins mitigé.

Trois raisons d’être satisfaits

L’influence retrouvée d’un vrai leader. Certes, ce serait faire offense au Petit Prince que de négliger son empreinte à tout jamais ancrée dans l’histoire de la formation, tandis que Scarponi avait pris le leadership interne après sa victoire sur tapis vert au Tour d’Italie 2011. Mais, coup de balai oblige, la formation nouvellement dirigée par Brent Copeland a confié les clés du camion au Portugais Rui Costa, et en dépit de la célèbre malédiction du maillot arc-en-ciel, les résultats ont à peu près suivi. Vainqueur de son troisième Tour de Suisse consécutif, avec une victoire au panache sur la dernière étape de Saas-Fee, l’ancien coureur de Movistar comptait bien articuler son année autour du Tour de France, dont il se voyait offrir la possibilité de jouer pour la première fois le classement général. Cela ne s’est pas passé comme prévu, avec une bronchite le contraignant à l’abandon après une première moitié moyenne, mais on est quand même très loin d’une saison blanche. Troisième en Algarve, meilleur des autres derrière le virevoltant Betancur sur Paris-Nice, également sur le podium du Tour de Romandie, avant de conclure par un podium au Tour de Lombardie, le seul hic restera sa campagne de classiques ardennaises. On pourra toujours mettre ça sur le crédit de son nouveau statut, difficile à assumer.

Le palier franchi par Sacha Modolo. Révélé par une étonnante quatrième place sur Milan-Sanremo en 2009, sous les couleurs de Colnago, Modolo a franchi doucement mais sûrement les échelons au sein de l’actuelle Bardiani, et 2014 était sûrement le meilleur timing qu’il soit pour découvrir le World Tour et un calendrier plus fourni. Avec brio. Irrésistible en début de saison, ouvrant son compteur à San Luis avant de gagner quelques trophées majorquains, il s’est offert par la suite « the man of Man » en Algarve, signe annonciateur de sa domination dans l’exercice aux Trois Jours de la Panne. Entre ces performances, il y a eu un nouveau top 10 sur une Primavera aux conditions exécrables. C’était aussi le temps de la première victoire sur une grande course par étape, à savoir le Tour de Suisse. Finissant en beauté par un bouquet à Pékin, on pourrait lui reprocher cette fin de saison discrète, mais il faut dire que cette fracture au scaphoïde dès le début du Tour l’a stoppé net dans son élan. Avec huit victoires, c’est de loin le meilleur scoreur de la Lampre, qui en compte un total de vingt-six. C’est mieux que les treize de l’an passé, ou des sept faméliques de 2012.

La révélation Niccolo Bonifazio. Cinq victoires pour sa première saison professionnelle, le CV de ce jeune espoir transalpin du sprint peut être envié, même si sur le papier, ses victoires n’ont rien de prestigieuses. Trois victoires sur le désertique Tour du Hainan, une au Japon, mais tout de même cette Coppa Agostoni, en présence d’un plateau plus relevé. Incontournable dans le cyclisme moderne, ses qualités de sprinteur «mais pas que» ne sont pas non plus passées inaperçues en fin de saison sur les dernières classiques de la Botte, comme le Beghelli, la Sabatini, tandis qu’au printemps dernier, il avait déjà essayé de tenir tête à Mark Cavendish sur le Tour de Turquie. On surveillera avec attention sa progression en 2015.

Trois raisons d’être déçus.

Des classiques bien souvent anonymes. Si les garanties offertes par Rui Costa sont belles et bien là sur les courses d’un jour, les principales déceptions de la saison pour la structure italienne et accessoirement de sa figure de proue lusitanienne reposent principalement dans ce domaine. Recruté fin 2012, Filippo Pozzato n’a jamais relevé la tête comme chez Farnese lors de la même année, et ne s’est jamais montré au niveau des meilleurs aussi bien sur les Monuments pavés que un Milan-Sanremo qu’il a déjà remporté, du temps de chez Quick Step. Il y a donc une saison vierge de tout résultat notable à mettre à son triste actif, dont les points forts resteront ce podium sur la dix-neuvième de la Vuelta, et des accessits sur la Coppa Bernocchi ou les Trois Vallées Varésines, en vue d’une illusoire sélection aux Mondiaux de Ponferrada. Dépassé dans son registre par le jeune Colbrelli dans son propre pays, Pippo s’est réveillé bien trop tard, et n’a jamais justifié les attentes placées autour de lui, et de son compère Favilli, révélé lors de leur passage mutuel dans l’équipe de Luca Scinto.

Un Roberto Ferrari a la peine. Là où Modolo fait son trou, Roberto Ferrari, lui, ne décolle pas. Catalogué comme un sprinteur talentueux à la pointe de vitesse ravageuse mais à l’irrégularité chronique, l’ancien vainqueur d’étape au Giro n’a pas fait mieux que de collectionner les places d’honneur. Sur son Tour national d’abord, où le champ était pourtant libre après le désistement de Marcel Kittel en cours de route, puis sur la Vuelta, sans jamais lever les bras, en passant très près d’une victoire salvatrice sur la deuxième étape du Tour de Catalogne. Ayant a chaque fois disputé en majorité des courses par étapes d’une semaine, il a toujours buté sur plus fort que lui. À 31 ans, pas franchement encourageant, surtout quand on se met à la planche pour son jeune second Bonifazio au Hainan.

Le flop Diego Ulissi. En alignant coup sur coup trois démonstrations sur des classiques majeures du calendrier italien à l’automne dernier, le puncheur Ulissi semblait être libéré d’un certain poids, comme il nous l’avait confié. Et en effet, tout semblait converger dans cette idée centrale, créatrice d’une dynamique atteignant son sommet au Tour d’Italie, décrochant deux victoires, à Viggiano dans un sprint en côte, et au sommet du Montecopiolo. Mais en plein cœur du mois de juin, la nouvelle tombe, et n’a plus rien de glorieuse. Le Toscan a été pris la main dans le sac au salbutamol en plein Giro. Il y a bien l’excuse de données litigieuses, expliquables par l’utilisation de Ventoline, mais le tout à sérieusement écorné l’image de l’un des nouveaux fuoriclasse du peloton. On s’en serait bien passé.

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Florian
Florian

Alexis un article sur les Italiens…
Bizarre