Pour sa trente-et-unième année de carrière, le charismatique manager général de l’équipe italienne Continentale Professionnelle Androni Giocattoli – Venezuela, Gianni Savio, sera une nouvelles fois aux rênes de son équipe lors du Tour d’Italie 2014, ayant débuté vendredi en Irlande du Nord. Notre consultant premier livre une nouvelle fois une analyse des plus pertinentes quand au possible scénario d’un Giro, comme souvent riches en surprises, et en émotions.. Rodriguez ? Quintana ? Un autre ? Il vous dit tout !

Impossible de faire des pronostics

Moi, je pense que les deux favoris sont avant tout Joaquim Rodriguez et Nairo Quintana, mais il ne faut pas oublier que cela ne se réduira pas à ces deux noms. Personnellement, j’ai été agréablement surpris par les performances de Cadel Evans, au Tour du Trentin. Il était très en forme, très bien physiquement, et a tenu le coup sur des côtes et des cols très durs, raides comme on a sur les routes du Giro. Il sera l’un des prétendants naturels à un bon classement général, je n’en doute pas. Vient ensuite selon moi Michele Scarponi, même si je ne l’ai pas vu dans une forme brillante lors des courses de préparation. J’espère pour lui qu’il pourra retrouver la grande forme qu’il a connu par le passé, et qu’il sera enfin à son meilleur niveau. Il ne faut justement pas oublier qu’un coureur, pas forcément dans une condition optimale lors du départ et des premiers jours, peut progressivement monter en puissance vers la troisième semaine de course, et être là dans les moments clés. Tout dépendra de comment il aura géré ses forces, puisque la dernière semaine du Giro s’annonce sans répit. On assistera à de nombreux enchaînement terriblement difficiles de haute montagne, qui seront très importantes. Qui peut prédire le vainqueur avant l’ascension du Monte Zoncolan ? Mais plus globalement, il est impossible de faire des pronostics sûrs et certains. Personne, moi y compris, n’aurait misé un sou sur la victoire finale de Ryder Hesjedal en 2012. On ne peut vraiment rien prévoir sur un Grand Tour, et peut-être que nous auront droit à une surprise… Cela construit au charme du cyclisme, et du Giro.

Pour ce qui concerne les cinq premiers du classement général final à Trieste, il reste à déterminer les places, mais cela se jouera pour moi entre Joaquim Rodriguez, Nairo Quintana, Cadel Evans, Michele Scarponi et Domenico Pozzovivo. Rigoberto Uran, le dauphin de Nibali l’an dernier, ne sera pas loin non plus, c’est une certitude, il connait bien le Giro et c’est très important. Je fais désormais ma propre pyramide de la hiérarchie probable de ce Tour d’Italie. Purito et Quintana sont un étage au-dessus, et un léger cran en-dessous, je placerais Scarponi, Evans, Pozzovivo et Uran. Enfin, faisons une analyse plus poussée en fonction des équipes et de leurs compositions au départ de Belfast. Bardiani,possède une équipe de talent avec le jeune Zardini, auteur d’un numéro exceptionnel au Trentin, mais qui ne jouera pas le général, et Belkin ne possède pas d’outsiders. BMC, évidemment Evans, Cannondale ! J’ai personnellement beaucoup d’estime pour Ivan Basso et ses faits d’armes passés, mais je ne le vois plus en tant que protagoniste du classement général. Au sein de Colombia, Fabio Duarte est présent, mais il n’a pas encore le petit quelque chose pour tenir sur trois semaines. Ryder Hesjedal défendra l’équipe Garmin, et il faudra le surveiller malgré son début de saison moyen.

On attend beaucoup de Damiano Cunego chez Lampre, vainqueur en 2004, mais c’est un mystère. Il est capable du meilleur comme du pire, et ce serait déjà bien qu’il retrouve de la constance dans ses résultats. A la Lotto-Belisol, personne ne semble être taillé pour le classement général d’un Grand Tour, au contraire de Movistar naturellement avec Quintana, ou Omega avec Uran. Venons à présent à parler d’Orica – GreenEdge. Il serait intéressant de voir Ivan Santaromita jouer le classement, mais je pense qu’il préférera viser les étapes, tout comme Pierre Rolland chez Europcar. Mais on devra se méfier de quelques coureurs méconnus qui pourraient jouer leur carte dans une certaine discrétion. Giant est dédiée à Marcel Kittel et rien d’autre, puis chez Sky, Cataldo devrait être le leader, et il peut faire quelque chose de bien si il réalise les mêmes performances qu’à la Semaine Coppi et Bartali. Enfin, Nicolas Roche sera un sérieux outsider pour le compte de Tinkoff-Saxo, puisque le parcours favorise les purs grimpeurs comme lui.

Prendre l’aspect tactique au jour le jour

Il est très difficile de pense que tout au long des trois semaines, une étape en particulier créera des différences irrémédiables au classement général. Ce qui est fascinant dans un Grand Tour, c’est le fait que chaque étape voit son scénario dicté par les circonstances de course, les conditions, la situation des favoris, des principaux protagonistes, si il y a urgence d’attaquer par exemple, lorsqu’un coureur a pris un avantage conséquent. On est obligé de prendre l’aspect tactique au jour le jour. Et cela est également valable pour le Tour de France, ou bien la Vuelta.

Me concernant, à la tête de l’équipe Androni Giocattoli – Venezuela, nous viserons principalement comme objectif d’entrer dans les dix premiers avec Franco Pellizotti, notre leader attitré. Nous avons déjà remporté trois fois le maillot de meilleur grimpeur, par deux reprises avec Freddy Gonzalez, et une autre grâce à José Rujano. Et même si nous voulions rééditer ce genre de défi, ce ne serait plus possible. Le système de points pour le maillot de meilleur grimpeur a complétement changé. Regardez ce qui c’était passé l’an dernier. Stefano Pirazzi avait remporté son maillot en réalisant de nombreuses échappées et en réalisant une moisson importante au sommet des cols que je qualifie d’intermédiaires, à savoir en milieu d’étape, ou de deuxième et troisième catégorie. Mais maintenant, c’est différent, les organisateurs donnent depuis 2014 moins de points à ceux qui passent en tête des cols des catégories inférieures, mais ils ont doublé les récompenses au sommet des cols de première catégorie, des arrivées au sommet et de la Cima Coppi qu’est le Stelvio. Pour remporter la tunique cette année, il faudra non seulement être un excellent grimpeur, mais être dans le coup pour le classement général.

Un spectacle extraordinaire

Ce Tour d’Italie 2014 s’élance de l’Irlande, et non sans mal pour moi ! J’ai du passer une matinée à régler la question épineuse des passeports de deux de mes coureurs vénézuéliens, Yonder Godoy et Jackson Rodriguez, afin de finaliser quelques formalités pas si simples. Pour revenir à l’originalité de ce départ à l’étranger, le troisième en cinq ans après Amsterdam et Herning, je reste malgré tout d’accord avec le choix de RCS d’aller à la découverte d’autres territoires. Toutefois, c’est un problème pour nous, nous avons du partager nos voitures, les camions et nos bus en envoyant la moitié en Irlande, tandis que l’autre est déjà prête pour nous accueillir à Bari, en Italie. Je suis en phase avec ces décisions puisque je pense que le cyclisme quand même besoin d’une mondialisation au cours du temps. Sur la place de l’Hôtel de Ville de Belfast pour la présentation des équipes, il y avait une foule incroyable, et le spectacle fut extraordinaire. Il y a plus d’un mois, je m’étais rendu avec mon équipe au Tour des Flandres, sur la Grand-Place de Bruges, ou les gens respiraient le vélo. Et en Irlande, le spectacle était comparable à celui d’un stade de football. C’est très positif, et cela démontre que la promotion du Giro est réussie.

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