Grand amoureux du territoire suisse et de ses reliefs, Thibaut Pinot ne déroge pas à ses habitudes, et sera l’une des grandes têtes d’affiches du Tour de Suisse, qui débute demain par un prologue le long du Lac de Zoug. Meilleur grimpeur intrinsèque du dernier Tour de Romandie, Pinot bénéficie sans doute d’une fenêtre idéale pour accrocher à son palmarès une grande course World Tour. Froome et Nibali sont sur le Dauphiné, Contador en repos, et les autres spécialistes sont pour la plupart en lice en France. Le Franc-Comtois tiendra t-il son rang ?

Les favoris :

**** Thibaut Pinot : C’est désormais en habitué que le grimpeur de la FDJ pose ses bagages sur le Tour de Suisse. Pour la quatrième fois consécutive, le troisième du Tour de France 2014 part à l’assaut des Alpes helvètes, où il reste sur de solides résultats. Quatrième du général en 2013 notamment, Pinot a changé de dimension depuis le temps, et monte en puissance en vue de la Grande Boucle. Quatrième d’un difficile Tirreno-Adratico, deuxième du Critérium International, dixième au Pays Basque et surtout vainqueur de l’étape reine de la cousine romande en haut de Champex-Lac, qui peut lui résister sur les pentes redoutables du Rettenbachferner de Sölden ? Fort de progrès contre-la-montre non négligeables, Pinot ne doit pas louper le coche.

**** Rafal Majka : Au vu des pentes du monstre autrichien, Rafal Majka, paraît également avantagé. Le fantasque escaladeur polonais fait partie des meilleurs grimpeurs du lot, et reste toujours en quête de référence sur une course d’une semaine. Septième puis sixième du Giro, meilleur grimpeur du Tour, le coureur de Tinkoff sera une nouvelle fois présent sur la Grande Boucle, mais en soutien d’Alberto Contador qui vise un historique doublé. Septième en Romandie et neuvième du chrono final, il serait bien inspiré d’étaler l’ensemble de ses capacités avant le grand départ d’Utrecht. Ne serait-ce que pour rassurer son boss capricieux.

Les outsiders :

*** Robert Gesink : Le Néerlandais a peu couru cette année. Le Tour de Suisse n’est ainsi que sa cinquième compétition de l’année 2015, mais cela lui confère assurément une certaine fraîcheur pour la Grande Boucle. Celui qui partira co-leader avec Steven Kruijswijk aux Pays-Bas en juillet sort d’un bon Tour de Californie. Mais il reste capable du meilleur comme du pire, aussi bien en montagne que dans l’effort solitaire. La relative faiblesse du plateau laisse tout de même présager un bon classement général.

*** Sergio Henao : Comme Robert Gesink, le Colombien se présente au départ du Tour de Suisse après avoir performé outre-Atlantique. Deuxième derrière Alaphilippe dans la sèche montée du Mont Baldy, troisième du général et surtout surprenant septième du contre-la-montre intermédiaire, Henao revient progressivement sur le devant de la scène. Geraint Thomas opérant seulement son retour, le leadership reviendra naturellement au puncheur/grimpeur sud-américain, dans son élément avec un terrain vallonné chaque jour.

*** Michal Kwiatkowski : Très polyvalent, le champion du monde peut-il passer l’arrivée au sommet hors catégorie ? C’est la seule interrogation qui traverse l’esprit des observateurs, car sinon, sur le papier, le Polonais possède le profil idéal pour la victoire finale. Audacieux, rapide en cas d’arrivées groupées, solide puncheur, et excellent rouleur, il lui faudra perdre le moins de temps possible sur des coureurs comme Thibaut Pinot lors de la virée autrichienne.

*** Simon Spilak : Le Slovène est l’image même du coureur spécialiste des courses d’une semaine, pas plus, pas moins. Toujours performant sur le circuit World Tour, coriace grimpeur et rouleur possédant un vrai sens tactique, les épreuves suisses lui ont toujours réussi, même si la Romandie est plutôt sa tasse de thé. Il n’empêche que, sans le trublion Zakarin, Spilak veut sa part du gâteau pour l’année 2015. Bien qu’il semble avoir levé le pied depuis le mois d’avril, il ne faut jamais l’exclure de la lutte pour le gain du général final d’une course. Nous surprendra t-il encore une fois de plus ?

À ne pas sous-estimer :

** Ion Izagirre : Bien que très discret sur le Giro, ou il aura essentiellement ravaillé pour Andrey Amador et Giovanni Visconti, Izagirre demeure très constant sur les épreuves de sept jours, sur lesquelles il peut faire parler ses diverses capacités. Très complet, il a de quoi briller sur ce Tour de Suisse qui n’est pas aussi difficile que certaines années. Troisième au Pays Basque en avril, peut-il rééditer une telle performance ?

** Esteban Chaves : Le petit et frêle gabarit de l’équipe Orica s’était déjà illustré sur le même Tour de Suisse l’an passé. Vainqueur d’étape à Verbier quand les favoris se marquaient, et parmi les meilleurs en haute montagne, il ne devait sa seizième place finale qu’à son piètre résultat lors du contre-la-montre. A t-il corrigé le tir entre-temps ? Cela sera primordial pour un top 10 qui s’annonce des plus serrés.

* Jürgen van den Broeck et Maxime Monfort : Les Belges se sont refaits une santé sur le dernier Giro. Onzième pour le Wallon, et Douzième du général pour le Flamand, il ont de nouveau montré des dispositions intéressantes dans la durée. Un bon résultat en Suisse leur procurerait à coup sûr de la confiance supplémentaire, à l’abri de la pression médiatique du Dauphiné.

* Warren Barguil : Aligné au sein d’une grosse équipe Giant-Alpecin, Barguil aura indiscutablement des libertés dès lors que la route s’élèvera. Mais est-il suffisamment en condition pour prétendre à jouer des coudes avec les autres leaders ? Son Tour de Californie ne joue pas en sa faveur, et il est plus probable de le voir à l’attaque dans l’espoir de remporter une étape. Tout dépendra également du classement de Tom Dumoulin, et des scénarios de course.

Mentions : Darwin Atapuma, Eros Capecchi, Tom Dumoulin, Kristijan Durasek, Jakob Fuglsang, Steve Morabito, Domenico Pozzovivo et Sébastien Reichenbach.

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