À la suite d’un Tour de France parfaitement maîtrisé où le leader de la Sky a écrasé un à un ses adversaires dès les pentes redoutables de la Pierre Saint-Martin avant de s’adjuger le classement général final, Chris Froome va doubler de nouveau Tour-Vuelta. Une équation qui ne semble pas impossible à résoudre pour celui qui vient en Espagne dans l’optique d’acquérir enfin la mythique épreuve espagnole et renforcer un palmarès déjà bien garni.

Pourquoi on peut y croire

Une machine sans la moindre anicroche. La grande messe de juillet a permis une nouvelle fois de démontrer l’emprise réelle que le “Kenyan Blanc” a su installer depuis maintenant deux ans sur les courses auxquelles il participait. Dès lors, trouver la moindre faille d’une mécanique parfaitement huilée relève pratiquement de l’exploit. A l’aise sur tous les terrains, Froome possède un bagage presque déroutant pour ses adversaires qui doivent s’employer à la moindre accélération du coureur de l’équipe britannique Sky. Fin tacticien, il a cette facilité à changer le scénario d’une étape l’espace d’un instant afin de conclure le travail de son équipe. Hormis Nairo Quintana lors de l’étape arrivant à l’Alpe d’Huez, personne n’a semblé être en mesure de tordre le cou au moteur britannique sur le denier Tour de France. De ce fait, la complexité de le battre sur n’importe quel profil reste parfois du domaine de l’utopisme.

Une équipe Sky des plus complètes. Si on peut mettre évidence la formidable armada d’Astana composée du trio Vincenzo Nibali, Fabio Aru et Mikel Landa qui sera l’un des acteurs fondamental de la Vuelta, le manager général Dave Brailsford aligne une formation calquée pour reproduire les mêmes schémas tactiques qu’au Tour. La Sky aura de nouveau les moyens de ses ambitions, avec des coureurs aux rôles bien définis pour subvenir aux besoins de leur leader, Chris Froome. Une solidité conçue pour parer à toutes les éventualités et qui de surcroît, s’est amplifiée au fil des années. Désormais, le train noir et bleu asphyxie comme bon lui semble le peloton à un rythme millimétré, où chaque kilomètre pentu a son mot à dire pour dessiner l’objectif premier de la Sky, avoir le natif de Nairobi en parfaite posture. Difficile alors, d’enrayer une équipe dont la stratégie établie est parfaitement négociée.

Plusieurs étapes taillées pour lui. Cette année, le parcours du Tour d’Espagne s’est voué à rétablir une certaine norme et éviter une trop « grande ivresse montagneuse. ». Avec une troisième semaine moins chaotique et plus équilibrée, “Froomey” trouvera un terrain à sa mesure. S’il devait concéder du temps, le chrono sans relief autour de Burgos pourrait copieusement l’aider à se rétablir. Auparavant, l’étape reine de la Vuelta, à savoir celle entre Andorre et Cortals d’Encamp serait un parfait tremplin pour écœurer ses rivaux, où les coureurs devront escalader six ascensions en l’espace de 138 km et sans doute un rythme suffisamment élevé pour faire des écarts. Enfin, la multiplicité des cimes plus ou moins roulants viendra confirmer un parcours taillé sur le bitume pour un Chris Froome qui se verrait bien pour la première fois, être en rouge à Madrid.

Pourquoi on ne peut pas y croire

On veut à tout prix le faire tomber. Nairo Quintana et Alejandro Valverde, le trio Astana, Tejay Van Garderen, Purito Rodriguez, ou encore Domenico Pozzovivo. La startlist de l’édition 2015 s’est fleurie au fil du mois d’août et elle compte une poêlée de prétendants à la victoire finale. Chris Froome fait partie de ce socle, mais le coureur du Team Sky est l’homme à abattre sur ce Tour d’Espagne. Après avoir marqué à tous les niveaux le Tour de France, ne permettant pas ainsi aux autres membres « des 4 fantastiques » de revenir dans la partie dès les Pyrénées, il y a suffisamment de rancœur sportive pour voir Froome succomber aux multiples velléités de ses adversaires. Il n’y a aura aucune minute de répit et qui peut dire si le Britannique ne connaîtra pas un ou plusieurs écueils ? D’autant que la dernière étape alpestre du Tour peut donner notamment des idées aux espagnols, difficile à battre sur leurs terres. Méfiance donc.

La fraîcheur physique et mentale. L’an passé, il avait été contraint à l’abandon avant de rejoindre le premier secteur pavé entre Cambrais et Arenberg, laissant de côté la folie médiatique de la Grande Boucle. De retour à la Vuelta, il était tombé face à un Alberto Contador brillant. Cette année, un autre facteur est rentré en considération, la suspicion autour de ses performances. Un cercle vicieux qui a laissé forcément des traces. Contraint de se justifier moultes fois auprès de la presse, Chris Froome se sait épier et la moindre performance sera décryptée malgré une plus faible médiatisation. Mentalement, l’impact d’une surveillance systématique ait forcément propice à un éventuelle affaiblissement et justement, la rivalité n’attend que ça. De plus, on l’a senti moins saignant lors de la dernière semaine du Tour, Nairo Quintana l’a compris « trop » tardivement malgré plus d’une minute reprise à l’issue de l’ultime assaut montagneux. Le Colombien s’en souvient encore et nul ne doute qu’il prendra un malin plaisir à prendre la mesure de Froome si celui-ci venait à montrer les mêmes signes annonciateurs.

Thomas Bernier

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